MONTREUIL : Gaylord Le CHEQUER : « Montreuil n’a pas…
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MONTREUIL : Gaylord Le CHEQUER : « Montreuil n’a pas vocation à être le terrain de jeux des spéculateurs »
La municipalité engage un bras de fer contre la division pavillonnaire et le coliving spéculatif en signant un partenariat stratégique de deux ans avec la SIFAE pour préserver l’habitat abordable.
Face à une pression immobilière qui ne se dément pas, la Ville de Montreuil (Seine-Saint-Denis) muscle son jeu. Ce vendredi 30 janvier 2026, la municipalité officialise un nouvel arsenal juridique et opérationnel pour contrer un phénomène grandissant : la transformation de pavillons familiaux en une multitude de petits logements locatifs onéreux.
Pour endiguer cette dérive, la Ville s’appuie sur un protocole inédit conclu pour une durée de deux ans avec la SIFAE, une société foncière et immobilière issue d’Action Logement et de l’Établissement Public Foncier (EPF) d’Île-de-France. L’objectif est clair : reprendre la main sur le parc privé dégradé.
Le fléau de la découpe pavillonnaire.
L’attractivité de Montreuil et sa desserte en transports ont un revers : la convoitise des investisseurs. Depuis quelques années, la municipalité observe une multiplication des opérations de « découpe ». Des pavillons ou de petits ensembles immobiliers sont rachetés puis divisés à l’extrême pour créer des produits de type « coliving ».
Cette pratique génère des logements souvent exigus, proposés à des loyers déconnectés des revenus des habitants, tout en favorisant la sur-occupation et la dégradation rapide du bâti. Sur le territoire d’Est Ensemble, qui regroupe neuf communes dont Montreuil, près de 9 % du parc privé, soit 8 960 résidences principales, sont considérées comme potentiellement indignes.
Une volonté politique affirmée.
Pour la municipalité, il s’agit de stopper net cette dynamique qui menace l’équilibre social de la ville. Gaylord Le Chequer, premier adjoint au maire de Montreuil, se montre ferme sur la question : « Montreuil n’a pas vocation à être le terrain de jeux des spéculateurs de tout-poil et nos pavillons ou petits ensembles de type faubouriens ont vocation à être préservés des marchands de sommeil et des petits spéculateurs qui tentent de surfer sur le vide législatif qui entoure ce nouveau produit de placement à la mode : le coliving ».
L’élu précise la portée sociale de cette initiative : « Cette convention avec la SIFAE est un outil supplémentaire de préservation de notre tissu pavillonnaire mais aussi de mixité sociale en favorisant les rénovations avec des acteurs du logement social ».
L’intervention directe sur le foncier.
Concrètement, ce partenariat permet à la puissance publique d’intervenir directement sur le marché. La SIFAE est désormais mandatée pour acquérir des biens, bâtis ou non, notamment ceux identifiés comme dégradés, insalubres ou exploités par des marchands de sommeil.
L’organisme aura pour mission de bloquer les tentatives de création de coliving spéculatif et de transformer ces propriétés. Les pavillons rachetés pourront être rénovés pour améliorer leur performance énergétique, ou démolis si nécessaire, afin de produire des logements familiaux de qualité.
Garantir des prix abordables sur le long terme.
Le dispositif vise à remettre sur le marché une offre accessible aux salariés et aux ménages modestes, soit en location (sociale ou intermédiaire), soit en accession à la propriété. Pour éviter que ces biens ne retombent dans la spirale spéculative lors des reventes futures, le protocole s’appuie sur le mécanisme du Bail Réel Solidaire (BRS) via un Office Foncier Solidaire. Ce système dissocie le foncier du bâti pour garantir des prix durablement inférieurs au marché.
Ce nouvel outil vient compléter la panoplie déjà déployée par la Ville, incluant le Plan Local d’Urbanisme intercommunal (PLUi) renforcé, une veille foncière active et la mobilisation des services d’hygiène. Le protocole, adopté par le Conseil municipal fin 2025, cible prioritairement le maintien des classes moyennes et populaires dans le tissu pavillonnaire montreuillois.