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PARIS : Asterès analyse la dégradation de la note souvera…

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PARIS : Asterès analyse la dégradation de la note souveraine française par S&P

Dans la présente note, Asterès analyse la dégradation de la note souveraine française par S&P, une décision qui intéresser certainement plus les journalistes et les responsables politiques que les investisseurs qui, eux, ne semblent pas accorder d’importance notable à ces notes.

Standard & Poor’s a dégradé la note de la dette de l’Etat français de AA à AA-, une décision qui ne devrait pas avoir de conséquences économiques notables. Les décisions des agences de notation sont scrutées par les médias et les responsables politiques. Pourtant elles ne se répercutent généralement pas sur les taux payés par les Etats, car les institutions financières réalisent leurs propres analyses et arrivent généralement à des décisions similaires à celles des agences. De ce fait, l’importance médiatique accordée à ces notes surprend, puisqu’elles n’influencent pas les décisions des investisseurs et qu’elles n’ont pas de conséquences économiques notables.

Le taux payé par l’Etat est la seule variable qui ait de l’importance

Les notes accordées par les agences n’ont d’importance que si elles influencent le taux payé par les Etats. Les agences de notation (dont les trois plus connues sont Fitch, Moody’s et Standard & Poor’s) sont des entreprises privées qui notent des titres de dette selon la probabilité de défaut (plus la note est bonne, plus la probabilité de défaut est jugée faible). Ces notes ne sont que des avis d’analystes privés qui n’ont, en tant que telles, aucune importance concrète. Leur impact ne se matérialise que si les prêteurs, en se basant sur ces notes, changent leurs décisions d’investissement en demandant des taux plus élevés aux emprunteurs les moins bien notés car ils perçoivent alors un risque de défaut plus élevé. Du fait de la loi de l’offre et de la demande, si un emprunteur est jugé risqué, moins d’épargnants sont disposés à lui prêter de l’argent (l’offre de financements diminue), ce qui entraîne une hausse du prix de la dette pour cet emprunteur (c’est-à-dire une hausse du taux payé sur sa dette). Le taux payé par un Etat (le taux souverain) est ainsi le seul « baromètre » qui ait une conséquence concrète puisque, s’il augmente, les charges d’intérêt augmentent également, entraînant une hausse des dépenses publiques qui aggrave en retour le déficit public, donc le risque de défaut et le taux payé dans un effet « boule de neige ».

Les notes ne semblent pas avoir d’impact notable sur les taux payés par les états sur leur dette

Les analyses des agences de notation ne se répercutent pas sur les taux effectivement payés par les Etats, ce qui implique que ces notes n’ont qu’un impact très limité. Il semblerait que les marchés
financiers (c’est-à-dire la somme des décisions des épargnants et des prêteurs) conduisent leurs propres analyses de risque souverain et ne suivent pas les décisions des agences de notation.

Plusieurs exemples attestent de l’absence de réactivité des taux souverains aux décisions des agences de notation :

Standard & Poor’s n’est pas plus « puissante » que les autres agences de notation Il est parfois considéré que, parmi les trois principales agences de notation : Moody’s, Fitch et Standard & Poor’s, cette dernière serait la plus influente. Pourtant, lorsque S&P avait dégradé la note de la France en novembre 2013, il s’en était suivi non pas une hausse du taux souverain français (comme on aurait pu s’y attendre si la décision de S&P avait eu un impact sur les choix des investisseurs), mais au contraire une forte baisse : entre novembre 2013 et février 2015, le taux à 10
ans de l’Etat français avait chuté de 2,3 % à 0,5 %.

S&P dégrade la note de la France :

Et alors ?
– La dégradation de la note française par Fitch fin avril 2023 n’a pas eu d’impact sur le spread français. Pour estimer la prime de risque payée par un emprunteur, on compare généralement le taux
qu’il paie à celui payé par l’emprunteur le plus sûr1 : l’Allemagne dans le cas des dettes publiques européennes. La variation du risque est donc mesurée par l’écart entre le taux payé par un Etat sur sa dette publique et le taux payé par l’Allemagne, appelé spread (écart ou marge). Suite à la dégradation de la note française par Fitch fin avril 2023, le spread de la France n’a pas varié de façon notable dans les semaines qui ont suivi.
– Le Japon qui, affiche une gigantesque dette publique (plus de 200 % du PIB, soit environ le double de la France), est noté par la plupart des agences deux « crans » en dessous de la France. Pourtant, même si le Japon a subi plusieurs baisses de notes successives depuis une vingtaine d’années, son taux a régulièrement baissé jusqu’à passer momentanément en territoire négatif. Plus récemment, les taux ont augmenté au Japon, mais cela traduit une tendance de fond à l’échelle mondiale et n’est pas la conséquence de la dégradation de la note du pays.
– L’Union Européenne s’endette (notamment pour financer le programme NextGenerationEU) à un taux qui est supérieur à celui de la France alors même que l’Union Européenne est notée AAA2,
ce qui n’est plus le cas de la France. Cela indique que les notes n’ont pas nécessairement de traduction concrète sur les taux effectivement payés, c’est-à-dire sur les décisions des investisseurs.
– Les Etats-Unis ont perdu à l’été 2011 leur « triple A » (la meilleure note possible), sans que cela n’ait conduit à une hausse du coût de l’emprunt. Au cours de la décennie qui a suivi cette décision,
le taux souverain américain a été orienté à la baisse et n’a augmenté qu’à partir de 2021, une tendance qui s’explique par la hausse de l’inflation et nullement par les décisions des agences de notation.

Sylvain BERSINGER, chef économiste chez Asterès.

1 Plus la solidité d’un emprunteur est perçue comme élevée, plus le taux auquel il s’endette est faible, et inversement.
2 https://www.ft.com/content/85ed3082-483a-4637-b755-41844ed0c95f