PARIS : Édition – Le concept de « solognisation » déc…
Partager :
PARIS : Édition – Le concept de « solognisation » décrypte l’accaparement des terres par les ultra-riches
Un nouvel essai, à paraître le 26 août, analyse le phénomène de « solognisation », l’achat de terres rurales par les ultra-riches à des fins de chasse privée.
Un livre-enquête intitulé « Solognisation. Au pays des ultra-riches » s’apprête à introduire un nouveau concept dans le débat public. Porté par un collectif d’auteurs militants, l’ouvrage, qui sortira en librairie le 26 août prochain, vise à nommer et à dénoncer un phénomène d’accaparement des terres rurales par les plus fortunés, un processus qui, bien que particulièrement visible en Sologne, se généraliserait à l’ensemble du territoire français.
Un concept pour nommer une réalité
Selon les auteurs François Guerroué, Katherine Fauvin et Yvon Chéry, le terme « solognisation », déjà employé dans certains cercles ruraux, méritait d’être défini et popularisé. Il décrit un processus spécifique : l’acquisition à grande échelle de terres agricoles et forestières par des ultra-riches, qui les transforment en vastes domaines privés, entièrement engrillagés. L’objectif est de s’y adonner à la chasse à l’abri des regards, au détriment de la paysannerie locale et de l’accès commun à la nature. Pour le collectif, nommer ce phénomène est la première étape pour le combattre et le faire connaître au plus grand nombre.
La Sologne, laboratoire de la sécession des élites
La région de Sologne est présentée comme le paroxysme de cette dynamique, un véritable laboratoire de ce que les auteurs qualifient de « sécession des classes dominantes ». Ces immenses propriétés fortifiées symboliseraient une France où une élite économique se retranche du reste de la société, créant des « havres prestigieux » où règne une forme radicalisée de la propriété privée. L’ouvrage analyse cette tendance comme l’un des symptômes d’une dérive du capitalisme contemporain, le qualifiant de « devenir totalitaire ». L’enjeu est de traquer ce phénomène là où il prospère, dans ces refuges que les puissants se construisent pour se protéger « du désastre qu’ils préparent ».
Une analyse politique et sociale
L’essai ne se contente pas de décrire, il propose une grille de lecture éminemment politique. Les auteurs établissent un parallèle entre leur démarche et l’action des gilets jaunes « envahissant les beaux quartiers de la capitale », cherchant à rendre visible une fracture sociale et territoriale. L’ouvrage lance également un appel à la « convergence des luttes décoloniales, sociales et écologiques ». Selon eux, la solognisation ne serait que « l’envers des politiques coloniales, exercées par les ultra-riches et leurs barons sur les classes populaires blanches ». Le livre se conclut par un cri de ralliement, destiné à unir au-delà des divisions : « solognisés et colonisés de tous les pays, unissons-nous ! ».
Des auteurs engagés sur le terrain
François Guerroué, Katherine Fauvin et Yvon Chéry sont tous issus du monde rural. Leurs parcours et leurs âges diffèrent, mais ils se sont rencontrés au cœur des luttes locales en Sologne et dans le Val de Loire, mobilisés contre des projets d’infrastructures routières, logistiques ou de loisirs de luxe. Ensemble, ils ont fondé la Coopération des Luttes Locales Centre, une structure au sein de laquelle ils mènent des enquêtes militantes et œuvrent à tisser des liens de solidarité entre les différents fronts de résistance pour « faire front commun contre les baronnies qui règnent sur leurs territoires ».
