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TOULOUSE : Eau et changement climatique, comprendre et agir

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Floriane Dumont
30 Mar 2024

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TOULOUSE : Eau et changement climatique, comprendre et agir

Le 20 mars 2024, le Conseil départemental accueillait un colloque consacré à la ressource en eau en présence de plusieurs experts de renom dont l’hydrologue Emma Haziza, docteur de l’École des Mines de Paris et Jean-Michel Soubeyroux, directeur adjoint de la climatologie au sein de Météo France.

C’est devant un public nombreux réuni au Pavillon République que le colloque « Eau et changement climatique en Haute-Garonne. Menaces pour l’avenir ou opportunités pour se réinventer ? » s’est tenu le 20 mars à deux jours de la Journée mondiale de l’eau. Parmi les experts présents, l’hydrologue Emma Haziza a notamment rappelé : « Nous en sommes au 26e mois consécutif de record historique de température mensuelle en France, alors même qu’il s’agissait initialement d’un pays tempéré qui n’a jamais manqué d’eau. Aujourd’hui on observe une déformation, une accélération du cycle de l’eau ».

Malgré un printemps en trompe l’œil marché par des fortes pluies, les sols s’assèchent. « Ce que nous vivons en 2024 rappelle la situation de 2018, avec une sécheresse hivernale suivie d’un printemps pluvieux avec de forts abats d’eau. Nous avions baissé nos écoutilles avec les 3/4 du pays avec plus de 30% de recharges excédentaires. Il a suffi de 3 semaines de canicule lors de l’été 2018 pour rebasculer dans une année de sécheresse historique. Comprendre ça c’est que les bascules sont très rapides. Nous ne pouvons faire plus autrement que de jouer avec le cycle et pas contre », prévient Emma Haziza. « Pour avoir une longueur d’avance, nous devons nous préparer comme aux échecs, regarder l’horizon et pas nos pieds ».

2022 et 2023 bouleversent les référentiels

Une analyse partagée par le métérologue Jean-Michel Soubeyroux, directeur adjoint à Météo France. « Sur la dernière décennie 2014-2024, les températures ont été de 1 degré supérieures à celles de la décennie précédente. La dynamique est violente. Et sans oublier que l’évaporation a augmenté de 20%. Le stock de neige utile à la fin du printemps a drastiquement diminué, de 30% à la date du 1er mai par rapport à la période entre 1961 et 1990 », corrobore-t-il.

Pour le Département, cette question est centrale et des solutions émergent d’ores et déjà : « Il nous faut agir collectivement et dès aujourd’hui. Le défi climatique qui se dresse face à nous est considérable. La ressource en eau est un levier central de la bifurcation écologique », a déclaré le président Sébastien Vincini.

« Pour agir, il convient de changer de paradigme », a-t-il ensuite exhorté. Les territoires doivent prendre leur place avec des solutions adaptées pour garantir le partage équitable de cette ressource mais aussi limiter les effets du changement climatique sur celle-ci ». Et le président de rappeler que les prévisions, il y a quelques années, envisageaient à l’horizon 2050 une baisse de 50% du débit de la Garonne et un élargissement de la période d’étiage qui pouvait commencer à partir de mai et se poursuivre jusqu’en octobre. Or, ces phénomènes se ressentent déjà en 2022 et 2023 avec deux années qui viennent bouleverser les référentiels avec des températures en hausse de plus de 4°C et des sécheresses ayant eu des impacts dramatiques sur les activités humaines.

Sobriété et mix de solutions

Le président du Département a appelé de ses vœux à une nouvelle donne quant à la gouvernance autour de l’eau pour garantir un accès égalitaire à la ressource, en privilégiant la sobriété. Et de décliner un mix de solutions comme celle de réduire les prélèvements de 10% d’ici 2035, de mieux valoriser les ressources existantes dans les grands barrages comme à Montbel ou à l’Hospitalet, voire d’en créer d’autres, de mieux les connecter entre elles, comme ce fut le cas avec les 2,6 millions de m3 mobilisés sur le bassin du Touch. Sans oublier des solutions fondées sur la nature comme la réalimentation de la nappe de la Garonne en hiver pour permettre le soutien d’étiage en période estivale ou la chasse aux fuites alors que 25% de l’eau n’arrive pas au consommateur haut-garonnais. Autant de solutions qui se déploient dans le cadre d’une coopération renforcée entre les différents acteurs de l’eau, comme avec le Projet de territoire Garonne-Amont.

Pour le président Sébastien Vincini, il s’agit aussi de promouvoir un autre modèle agricole, alors que la culture de maïs, très gourmande en eau, reste encore aujourd’hui rémunératrice pour les agriculteurs. Enfin et alors que le territoire haut-garonnais reste dépendant des ressources superficielles, qui se réduisent, le président a souhaité privilégier une réduction des modes de consommation plutôt que de ponctionner dans les eaux souterraines. Il s’est notamment déclaré favorable à ce que ces dernières soient sanctuarisées, car ce « sont les ressources ultimes pour les générations futures ».

SOURCE : Conseil départemental de la Haute-Garonne