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PARIS : Sylvain Gruelles : « Près de 90 % des petits commer…

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PARIS : Sylvain Gruelles : « Près de 90 % des petits commerces ouvrent sans contrôle de sécurité préalable »

Un maître d’œuvre spécialisé alerte sur un angle mort de la sécurité incendie.

Des milliers de petits établissements reçoivent du public sans visite de conformité en amont, faisant peser un risque majeur sur les clients et les exploitants.

Restaurants, boulangeries, salons de coiffure ou cabinets professionnels : contrairement à une idée répandue, près de 90 % des établissements recevant du public (ERP) en France peuvent ouvrir leurs portes sans avoir fait l’objet d’un contrôle de sécurité physique. Appartenant à la 5ème catégorie, la plus nombreuse, leur conformité repose sur une simple déclaration administrative en mairie, une situation qui soulève de sérieuses questions de sécurité publique.

Chaque année, environ 4 800 incendies se déclarent dans ces petits ERP, prouvant que le risque est loin d’être théorique. Sylvain Gruelles, maître d’œuvre et fondateur de SAS Arcadie – Maîtrise d’Œuvre, tire la sonnette d’alarme face à un phénomène qu’il observe quotidiennement sur le terrain.

Un angle mort réglementaire aux conséquences graves.

La réglementation actuelle pour les ERP de 5ème catégorie (hors locaux à sommeil) n’impose pas de visite préalable de la commission de sécurité. L’exploitant dépose un dossier d’Autorisation de Travaux, dans lequel il atteste lui-même du respect des normes incendie et d’accessibilité.

« Je rencontre fréquemment des établissements ouverts au public alors que les cheminements d’évacuation sont mal conçus, la signalisation inexistante ou les matériaux inadaptés. Ce ne sont pas des cas isolés », témoigne Sylvain Gruelles.

Selon lui, cette procédure est souvent perçue comme une simple formalité, alors qu’elle conditionne la sécurité de milliers de personnes.

« Dans la majorité des situations, les exploitants ne mesurent pas les risques réels, faute d’information et de contrôle en amont », ajoute-t-il.

Une responsabilité partagée en cas de sinistre.

En l’absence de contrôle systématique, la responsabilité de la sécurité des lieux incombe en premier lieu à l’exploitant. Toutefois, elle est partagée avec l’ensemble des professionnels impliqués dans le projet.

« L’absence de visite de sécurité avant ouverture n’exonère personne. En cas d’incendie, les responsabilités pénales et civiles peuvent être engagées, pour l’exploitant comme pour les professionnels ayant participé à la conception, aux travaux ou aux installations techniques », rappelle le maître d’œuvre.

Un sinistre peut ainsi avoir des conséquences judiciaires et financières dramatiques pour toutes les parties prenantes.

Plaidoyer pour une prévention renforcée.

Pour Sylvain Gruelles, le débat ne doit pas se limiter aux grands établissements, déjà soumis à des contrôles stricts et réguliers. Il insiste sur le fait que le danger est tout aussi présent dans les structures de proximité qui accueillent un public dense, souvent en milieu urbain.

« La taille d’un établissement ne réduit ni la vitesse de propagation d’un feu, ni le risque de panique. La prévention ne devrait pas dépendre d’un seuil administratif », affirme-t-il.

Face à ce constat, il préconise une approche en trois points pour améliorer la sécurité : une meilleure information des exploitants dès la phase de conception, un accompagnement systématique par des professionnels qualifiés et la mise en place de contrôles ciblés, notamment lors des ouvertures ou des changements d’activité.

Au-delà des contrôles, de nouvelles solutions émergent.

Le témoignage d’une commerçante illustre la complexité du sujet. Bien que faisant appel chaque année à des organismes de contrôle agréés pour vérifier ses installations, elle rapporte que des manquements, comme l’absence de certains équipements d’alarme ou d’éclairage de sécurité, peuvent passer inaperçus. Cette situation pousse certains professionnels à explorer des solutions complémentaires pour renforcer leur protection. Des innovations technologiques, comme les boules extinctrices qui s’activent automatiquement au contact des flammes (par exemple, le dispositif Block’Fire®), apparaissent comme des outils de prévention supplémentaires. Sans remplacer les obligations légales, ces dispositifs faciles à installer et sans maintenance visent à offrir une protection active contre les départs de feu, en attendant l’arrivée des secours.