PARIS : Société – Quitter le foyer parental, un parco…
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PARIS : Société – Quitter le foyer parental, un parcours de trois ans souvent semé de retours
L’INJEP révèle que l’accès à l’autonomie résidentielle est un long processus de trois ans, marqué par des retours et de fortes inégalités.
L’image du jeune adulte quittant le domicile familial pour ne plus y revenir est de plus en plus obsolète. Selon une nouvelle publication de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP), le chemin vers l’indépendance résidentielle est un parcours complexe et rarement linéaire. L’étude, basée sur l’enquête « Entrée dans la vie adulte » (EVA), révèle qu’un écart de près de trois ans sépare l’âge du premier départ de celui de l’installation définitive.
Si la moitié des jeunes connaissent une première décohabitation avant 20 ans (19 ans et 4 mois en âge médian), le départ considéré comme définitif n’intervient en moyenne qu’à 22 ans et 9 mois. Cette période de transition est souvent jalonnée d’allers-retours, transformant le foyer parental en un véritable filet de sécurité face aux incertitudes de l’entrée dans la vie active.
Des trajectoires dictées par le genre et l’origine sociale
L’analyse met en lumière des disparités significatives qui façonnent ces parcours. Le genre est un premier facteur déterminant : les jeunes femmes quittent le foyer plus tôt que les hommes, avec un âge médian de premier départ à 19 ans contre 20 ans pour leurs homologues masculins, une situation souvent corrélée à une mise en couple plus précoce.
L’origine sociale et le niveau de diplôme jouent également un rôle prépondérant. À 26-27 ans, 95 % des jeunes issus de familles de cadres ont pris leur envol, contre seulement 77 % de ceux dont les parents sont inactifs. De même, les titulaires d’un diplôme de niveau bac+5 ou d’un contrat à durée indéterminée (CDI) accèdent plus rapidement à l’autonomie. À l’inverse, les jeunes sans diplôme ou en situation d’emploi précaire voient leur départ retardé, soulignant le poids de la stabilité économique dans ce processus d’émancipation.
La recohabitation, un filet de sécurité fréquent
Le retour temporaire au domicile parental est un phénomène massif. L’étude montre que près de 43 % des jeunes ayant quitté le foyer y sont retournés au moins une fois avant l’âge de 26-27 ans. Les hommes sont davantage concernés (46 %) que les femmes (39 %).
Ces épisodes de « recohabitation » sont souvent liés à des difficultés économiques, comme une période de chômage ou la fin d’un contrat précaire. Le retour au domicile familial apparaît alors comme une solution pour se stabiliser avant de repartir. Fait notable, plus de la moitié des jeunes aidés financièrement par leurs parents pour leur logement autonome finissent par revenir temporairement chez eux. Cette dynamique suggère une forme d’autonomie partielle, où le soutien familial reste une ressource cruciale pour pallier les tensions du marché de l’emploi et de l’immobilier.
Une cohabitation prolongée pour certains profils
Enfin, l’étude identifie un groupe de jeunes pour qui la cohabitation se prolonge durablement. À 26-27 ans, 13 % des jeunes n’ont encore jamais quitté le domicile de leurs parents. Ce profil est majoritairement masculin (deux tiers) et se concentre principalement parmi les jeunes peu diplômés et issus des classes populaires urbaines. Pour eux, l’accès à l’autonomie résidentielle demeure un horizon plus lointain, conditionné par des obstacles structurels plus importants.
L’étude complète « INJEP analyses & synthèses n° 91 » est disponible sur le site de l’institut (http://redirig.ez-moi.com/injep/1798565-22ad532c-lnbod2-24687-2/).