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PARIS : Astrid BOUCHEDOR : « La bonne gestion des terres es…

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PARIS : Astrid BOUCHEDOR : « La bonne gestion des terres est la véritable urgence agricole »

À la veille des débats sur la loi d’urgence agricole, le mouvement Terre de Liens alerte sur un texte qui ignore la disparition massive des fermes.

Alors que le projet de loi d’urgence agricole doit être examiné à l’Assemblée nationale à partir du 18 mai prochain, le mouvement citoyen Terre de Liens dénonce une approche qui, selon lui, passe à côté des véritables enjeux. En se focalisant sur la balance commerciale comme principal indicateur de performance, le texte ignorerait les causes structurelles de la crise : l’accès à la terre et le renouvellement des générations. Pour l’organisation, sans une action résolue sur ces leviers, l’hémorragie des fermes françaises et la dégradation des ressources naturelles se poursuivront inexorablement.

La balance commerciale, un indicateur en trompe-l’œil

Selon Terre de Liens, la santé de l’agriculture française ne peut se résumer à ses performances à l’export. L’organisation rappelle que si l’excédent agroalimentaire a atteint en 2025 son plus bas niveau depuis les années 1970, ce n’est pas dû à une baisse de production mais à une augmentation constante des importations. « La règle est devenue mécanique, plus on exporte, plus on importe », analyse le mouvement dans son communiqué.

Cette logique enferme le secteur dans une forte dépendance aux prix des marchés mondiaux, de plus en plus instables et volatils. Surtout, cet indicateur économique masque une réalité sociale alarmante : l’effondrement des revenus des agriculteurs et la précarisation croissante du métier. Il ne dit rien des conditions de vie de ceux qui nous nourrissent.

L’hémorragie des fermes, angle mort de la loi

Le constat chiffré avancé par Terre de Liens est sans appel : en seulement trois ans, la France a perdu près de 40 000 exploitations agricoles. Cette disparition s’accompagne d’un phénomène de concentration inédit des terres. Aujourd’hui, 10 % des plus grandes exploitations contrôlent un tiers de la surface agricole utile, absorbant les plus petites structures. Cette dynamique délétère conduit à une hyperspécialisation des territoires, nuisible à la biodiversité et à la résilience alimentaire locale.

Ce phénomène, analysé par les experts, est une réalité vécue sur le terrain, comme en témoigne Sylvain Oxoby, maire d’Ohain (Nord). « Dans ma commune, le nombre de petites fermes ne cesse de décroître au profit d’une agriculture productiviste qui ne contribue en rien à l’alimentation locale. En tant que maire, je cherche à agir pour donner la priorité à une agriculture vivante, qui n’épuise pas les ressources et bénéficie aux habitants : je me bats pour préserver les terres agricoles et développer les installations pour une alimentation locale de qualité, face à de très grandes exploitations qui menacent nos petits agriculteurs », déplore l’élu.

« On assiste à un véritable plan social à bas bruit qui va de pair avec une concentration et une financiarisation inédite des fermes en France », analyse de son côté Coline Sovran, chargée de plaidoyer de Terre de Liens. « La politique agricole que nos gouvernements mènent depuis des décennies creuse la tombe de cette agriculture que la majorité des Français réclame ».

Quatre leviers pour une véritable souveraineté alimentaire

Face à ce qu’elle qualifie d’« occasion manquée », l’association appelle les parlementaires à se saisir du débat pour réorienter la loi vers les causes profondes de la crise. Pour Astrid Bouchedor, responsable du plaidoyer, « la bonne gestion des terres est la véritable urgence. Il faut installer des paysans et garantir une agriculture diversifiée qui n’hypothèque pas son propre avenir ».

Terre de Liens propose d’agir sur quatre leviers concrets :

  1. La transparence foncière : par la création d’un registre national des exploitations et d’observatoires publics pour suivre les transactions.
  2. La régulation de l’accès à la terre : en instaurant des autorisations administratives préalables et en priorisant les projets créateurs d’emplois et respectueux de l’environnement.
  3. Le renforcement des outils existants : en étendant les pouvoirs d’intervention des Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (SAFER), notamment pour mieux réguler les grandes opérations.
  4. L’encadrement des baux de très longue durée (emphytéotiques) : afin d’assurer un contrôle effectif sur leurs conditions et de les subordonner à des objectifs d’intérêt général.

Depuis sa création en 2003, le mouvement Terre de Liens, qui associe un réseau associatif, une foncière et une fondation reconnue d’utilité publique, œuvre à la préservation des terres agricoles. Il a déjà permis l’acquisition de plus de 420 fermes et la sauvegarde de plus de 13 000 hectares sur tout le territoire métropolitain pour y installer des agriculteurs en agriculture écologique.