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PARIS : Santé publique – Les experts francophones prô…

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PARIS : Santé publique – Les experts francophones prônent la réduction des risques face au tabagisme

La 3ème édition du Forum Francophone sur la Nicotine a réuni des experts qui appellent à une politique pragmatique de réduction des risques.

Le tabac, responsable de près de 68 000 décès évitables chaque année en France, reste un enjeu majeur de santé publique. C’est dans ce contexte que s’est tenue à Paris, le 9 juin 2026, la troisième édition du Forum Francophone sur la Nicotine. Experts médicaux, chercheurs et acteurs de terrain de plusieurs pays ont partagé un constat unanime : face à un fléau qui touche encore près de 9 millions de fumeurs en France, les stratégies actuelles doivent évoluer vers une approche plus pragmatique, centrée sur la réduction des risques et les réalités vécues par les consommateurs.

Comprendre la dépendance pour mieux agir

Au cœur des débats, le concept de « craving », cette envie irrépressible de fumer qui constitue un des principaux freins au sevrage, a été longuement analysé. Les intervenants, parmi lesquels le Dr Gaétan Barrette (ancien ministre de la Santé du Québec), la Dr Marileine Kemme Kemme (Sous-directeur de la Santé Mentale au Cameroun) ou encore le Dr Gérald Kierzek, ont insisté sur la nature complexe de l’addiction. Loin d’être une simple question de volonté, elle combine des dimensions biologiques, psychologiques et sociales qui exigent un accompagnement individualisé.

Les experts ont collectivement regretté le manque de vision à long terme des gouvernements, appelant à l’émergence d’une « génération prévention » qui bénéficierait d’un accès plus large à des solutions alternatives pour sortir durablement de la dépendance.

Un fossé entre les protocoles et la réalité du terrain

La deuxième table ronde a mis en lumière un écart significatif entre les recommandations officielles et la pratique clinique quotidienne. De nombreux professionnels de santé se sentent démunis, souvent par manque de formation sur les outils de réduction des risques, une approche pourtant couronnée de succès dans des pays comme la Suède ou le Japon. Une méconnaissance qui se retrouve aussi chez les patients, avec des croyances erronées persistantes.

« 77% des Français croient que la nicotine cause le cancer. C’est la combustion. », déplore le Dr Hervé Tarragano, chirurgien oral, tabacologue et maître de conférence.

Cette situation plaide pour une stratégie du cas par cas, abandonnant la logique du « tout ou rien » qui mène souvent à l’échec. La rechute, loin d’être un échec, doit être considérée comme une étape normale du processus de sevrage.

« La rechute fait partie intégrante du processus d’arrêt et ne doit pas être vécue comme un échec ni devenir une source de culpabilité mais comme une étape vers le sevrage durable. », précise la Dr Imane Kendili, psychiatre et addictologue.

Des stratégies internationales pour inspirer l’action

Les retours d’expérience du Québec, d’Afrique et d’Europe ont confirmé la nécessité de renforcer le dialogue entre décideurs, professionnels et associations, ces dernières étant trop souvent écartées des discussions selon les participants. Jean-François Douenne, co-fondateur de la plateforme Nicotine World, a particulièrement dénoncé la diabolisation de certains outils, comme les produits de vapotage, qui freine leur adoption comme aide au sevrage.

« Elle [la vapote] n’est pas présentée comme un outil de sevrage mais comme quelque chose de pire que la cigarette. C’est intolérable. », s’inquiète Jean-François Douenne.

Un manifeste pour une nouvelle approche du tabagisme

Le forum s’est conclu par la signature d’un manifeste commun. Ce texte appelle les pouvoirs publics à adopter une approche pragmatique, fondée sur les preuves scientifiques. Les signataires demandent de reconnaître la complexité de l’addiction, de promouvoir les stratégies de réduction des risques pour les fumeurs qui ne parviennent pas à arrêter, tout en garantissant une protection stricte des mineurs contre toute initiation à la nicotine.

« Si on mettait le fumeur au cœur du débat, alors on y mettrait aussi la réduction des risques. […] Avec ce Forum on veut créer des passerelles au-dessus de frontières qui semblent encore infranchissables. », conclut Jean-François Douenne.

Cette troisième édition réaffirme ainsi la volonté de la communauté scientifique et médicale de faire évoluer le combat contre le tabagisme, en intégrant pleinement la science, l’expérience clinique et le parcours des fumeurs dans les politiques de santé publique.

via Presse Agence (rédigé à partir d’un communiqué de presse transmis à la rédaction).