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PARIS : Pour un changement de modèle agricole choisi et pos…

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PARIS : Pour un changement de modèle agricole choisi et positif

Au-delà de sa vocation alimentaire, l’agriculture a un rôle environnemental majeur, et un fort potentiel de décarbonation.

Mais le temps des « niches » d’innovation est passé : atteindre une économie bas carbone et résiliente requiert une mobilisation globale autour des atouts du secteur, et de s’affranchir du court terme. Entretien avec Clémence Vorreux, coordinatrice agriculture & alimentation *, et Capucine Laurent, conseillère spéciale agriculture & alimentation, chef de projet « Manger en 2050 », TheShiftProject.

Comment situez-vous l’empreinte de l’agriculture par rapport à celles des autres secteurs que vous avez étudiés ?

Clémence Vorreux : L’agriculture est un secteur bien spécifique. En matière climatique, elle contribue aujourd’hui à 18 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) nationales, avec la spécificité que ces émissions sont très majoritairement d’origine non énergétique, car non issues directement de la consommation de carburants fossiles, mais générées par des processus biologiques (méthane des ruminants, azote des fertilisants). Aux émissions directes des activités agricoles (de l’ordre de 74 MtCO2e – équivalent CO2) s’ajoutent des émissions indirectes (de l’ordre de 25 MTCO2e), parfois non comptabilisées dans le secteur agricole, qui sont essentiellement liées à la fabrication des fertilisants azotés et des autres intrants, à la fabrication des aliments pour animaux importés, au transport des marchandises et aux émissions du secteur énergétique induites par les consommations finales de l’agriculture (raffineries entre autres).

Par ailleurs, les émissions de gaz à effet de serre liées à la transformation et à la commercialisation des produits agricoles par l’industrie agroalimentaire française (sucreries, transformation des céréales, industries laitières…) sont aussi à considérer pour avoir une vision complète des enjeux. En 2015, les émissions de gaz à effet de serre de l’industrie agro-alimentaire représentaient environ 12 % des émissions de l’industrie manufacturière française.

Serait-ce une activité particulièrement néfaste ?

C. V. : Non, car le secteur agricole est dans le même temps l’un des rares secteurs économiques permettant un stockage additionnel de carbone, sous certaines conditions et avec les pratiques adéquates, dans les sols et les parcelles agricoles : l’estimation du potentiel de stockage additionnel est de 30 à 50 MtCO2e/an, à comparer aux émissions directes actuelles du secteur agricole, de 74 MtCO2e. Ce potentiel peut être réalisé en mettant en place les pratiques adéquates, et aussi et surtout à condition de commencer par cesser de déstocker le carbone, par exemple en arrêtant le retournement des prairies et en maintenant l’élevage herbager.

Le secteur agricole permet aussi la production d’une biomasse non alimentaire servant à la décarbonation d’autres secteurs économiques (biomatériaux, bioénergie, biochimie). Cette particularité est aussi un facteur de risque : de nombreux secteurs comptent sur la biomasse agricole pour décarboner leurs activités (produire de l’énergie, des biomatériaux, de l’alimentation domestique ou à exporter). Or nous avons montré qu’il ne sera pas possible de répondre à tous ces besoins à la hauteur des ambitions formulées, tant s’en faut, ce qui risque d’occasionner des conflits d’usages, et ultimement de mettre à mal nos objectifs. En ordre de grandeur, l’estimation des besoins supplémentaires en biomasse (souveraineté, bioénergies, puits de carbone, usages non énergétiques) à l’horizon 2030 est de + 34 MtMS (matière sèche) par an.

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SOURCE : ILEC – La Voix des marques.