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PARIS : Numérique – Les municipales 2026 ciblées par…

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PARIS : Numérique – Les municipales 2026 ciblées par une vaste campagne d’influence russe

À l’approche des municipales, Recorded Future révèle comment le réseau russe Storm-1516 clone des médias locaux pour manipuler le scrutin de mars.

Alors que la campagne pour les élections municipales de mars 2026 bat son plein dans l’Hexagone, une menace invisible mais structurée pèse sur le débat démocratique. Les analystes de Recorded Future (https://www.recordedfuture.com/), géant mondial du renseignement sur les menaces, tirent la sonnette d’alarme dans une nouvelle étude percutante. Leur constat est sans appel : les infrastructures de désinformation russes, déjà observées lors de précédents scrutins en Occident, se réactivent avec une cible précise : l’échelon local français.

Le mimétisme comme arme de confusion massive.

Le rapport met en lumière les agissements du réseau d’influence « CopyCop », également identifié sous le nom de code Storm-1516. La stratégie de ce groupe est aussi simple que redoutable : le clonage. Plutôt que de créer de toutes pièces des sites de propagande identifiables, les opérateurs russes imitent l’apparence de médias régionaux et locaux légitimes.

Clément Briens, analyste pour Recorded Future, décrypte cette mécanique : « Nous estimons qu’un grand nombre de sites pro-Russes liés à Storm-1516 font partie de l’infrastructure initialement identifiée en septembre 2025. L’objectif reste le même : imiter des médias locaux et régionaux afin d’amplifier des narratifs pro-Russes cherchant à déstabiliser le gouvernement local ».

Cette technique du caméléon ne s’arrête pas à la presse quotidienne régionale. Le réseau usurpe également l’identité de médias nationaux, créant de faux sites miroirs comme « france-soir[.]net » ou imitant des plateformes d’investigation, pour donner une patine de crédibilité à leurs fausses nouvelles.

L’Ukraine et la corruption au cœur des récits.

Si le vecteur est local, le message, lui, est résolument géopolitique. L’objectif premier demeure l’érosion du soutien public à l’Ukraine. Pour y parvenir, Storm-1516 inonde les réseaux sociaux et ses sites miroirs d’histoires fabriquées de toutes pièces, visant à discréditer le président Volodymyr Zelensky et son entourage. Les analystes ont répertorié pas moins de 35 opérations d’information spécifiquement conçues pour nuire à l’image de Kiev. Les narratifs sont souvent extravagants mais viraux : on y accuse les dirigeants ukrainiens d’avoir détourné l’aide occidentale pour acquérir des biens de luxe. Parmi les rumeurs propagées, on trouve l’achat supposé d’un casino à Chypre, d’un hôtel à Courchevel, de la villa du chanteur Sting en Toscane, ou encore, comble de la provocation, de l’ancienne résidence de Joseph Goebbels ou de la voiture d’Adolf Hitler. Ces fables, relayées par de faux lanceurs d’alerte et des comptes jetables sur les réseaux sociaux, visent à susciter l’indignation des électeurs français : pourquoi financer une guerre lointaine quand les services publics locaux manquent de moyens ?

Une machinerie industrielle utilisant l’IA.

L’analyse technique de Recorded Future dévoile une chaîne de distribution complexe. Le réseau ne se contente plus de textes ; il produit des contenus multimédias sophistiqués. Vidéos deepfakes générées par intelligence artificielle, faux reportages impliquant des acteurs amateurs, et manipulation de photos sont monnaie courante.

« Le réseau d’influence CopyCop essaie non seulement de viser les échéances politiques comme les élections locales, mais aussi de réagir aux événements du jour », précise l’étude.

Cette réactivité permet aux opérateurs de surfer sur l’actualité immédiate, comme la sortie de documents judiciaires internationaux, pour tenter d’éclabousser des responsables politiques français.

La filière russe identifiée.

L’attribution de ces attaques ne laisse guère de place au doute selon les experts. L’enquête pointe vers des acteurs spécifiques, notamment John Mark Dougan, un ancien policier américain exilé à Moscou, qui jouerait un rôle pivot dans l’architecture de CopyCop. Plus inquiétant encore, les liens s’étendent vers l’écosystème d’Evgueni Prigojine et, potentiellement, vers les services de renseignement militaires russes. Le rapport mentionne Yury Khoroshenky, soupçonné d’être un officier de l’unité 29155 du GRU, qui serait impliqué dans le financement et la coordination de ces opérations de guerre hybride.

À quelques semaines du premier tour, la vigilance est donc de mise pour les citoyens comme pour les élus, face à des tentatives de manipulation qui cherchent à transformer les enjeux municipaux en tribune de désinformation internationale.