PARIS : Institut ILIADE – L’Homme européen, plus qu’u…
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PARIS : Institut ILIADE – L’Homme européen, plus qu’un acteur du marché !
« Seul du travail naît la véritable valeur », estimait le juriste allemand Carl Schmitt dans son ouvrage Tyrannie des valeurs. Cette maxime, à l’âge du capitalisme mondialisé, financiarisé et digitalisé, ne semble plus guère valable.
Le capitalisme, sans rival est le titre d’un best-seller tout récent de l’économiste Branko Milanovic — et il porte bien son nom. Oui, « le » capitalisme a de nombreux visages et s’abrite sous autant de « superstructures ». Il affiche parfois son wokisme, parfois pas ; il a tantôt des traits « asiatiques », tantôt américains, etc. Mais ce lien qui enserre l’ensemble du globe, consiste d’abord à croire :
que la valeur ne naît pas du travail mais de la « valorisation de la valeur » ; – que la valeur – par exemple, spéculative s’accroît d’elle-même ;
que le profit prime ;
que chaque domaine de la vie, chaque région du monde et chaque peuple formé par l’histoire doivent se soumettre aux contraintes du mode de production capitaliste.
Cela signifie, en substance, qu’on ne cesse de réduire l’individu au rôle qu’il joue dans ce grand jeu de la concurrence – une concurrence qui s’appelle le « libre jeu des forces du marché ». La personnalité d’un individu, son intégration à une communauté, à une hiérarchie, la préservation active, créative, de sa famille, de son peuple, de la tradition : rien de cela ne compte. Ce qui compte, c’est ce que chaque individu « produit » ou « rapporte » sur le marché.
Sur cette question au moins, Marx et Engels ont été clairvoyants : « Tout ce qui avait solidité et permanence s’en va en fumée, tout ce qui était sacré est profané ». Et ce n’est qu’aujourd’hui, en cette époque inouïe où tout se désagrège, que nous savons ce que signifie : « ne laisser subsister d’autre lien entre l’homme et l’homme que le froid intérêt » de la maximisation continue du profit.
Ainsi, le libéralisme (ou plutôt le capitalisme, son versant économique) crée une société dans laquelle l’homme est jugé en fonction de ce qu’il rapporte financièrement pendant une durée déterminée — et non en fonction de ce qu’il est. À l’âge du libéralisme triomphant, l’homme est donc réduit, pour ainsi dire, à son rôle d’acteur du marché, et même — à sa valeur marchande. Le parent pauvre du libéralisme, le marxisme aux multiples visages, partage cette vision de l’Homme, à quelques nuances près : car le marxisme est l’enfant terrible du libéralisme, campé, bien solidement, sur les épaules spirituelles de ses parents, les idéologèmes libéraux. Les postulats du marxisme et du libéralisme (Armin Mohler, ancêtre d’une « Nouvelle Droite » germanophone, le savait bien) reposent tous deux « sur une appréciation de l’homme erronée, et une vision erronée du monde ».
Cette erreur d’appréciation s’est insinuée, aujourd’hui, jusque dans les milieux politiques qu’on appelle, à tort, de « droite ». En Allemagne, des hommes de gauche sensés, proches de Wolfgang Streeck et de Wolfgang Fritz Haug, dénoncent que les « conservateurs » ou les « hommes de droite » qu’on nous présente aujourd’hui dans les médias ne sont, en fait, que des libéraux travestis. Ce sont des hypocrites pour qui le profit et la production vaudront toujours plus que le peuple et la famille. Des hypocrites, qui analysent les questions identitaires et migratoires à l’aune, avant tout, d’indices économiques.
Ils sont nés de l’occidentalisation et de l’anglo-américanisation de la droite européenne, dans le sillage de Reagan, de Thatcher et de tous les extrémistes de l’« Economy first! ». Et de nos jours, ces prétendus « conservateurs », ces adorateurs du marché, sont trop rarement contredits par le camp identitaire.
Pourtant, le conservatisme historique, authentique, et le fondamentalisme de marché sont comme l’eau et le feu, pour reprendre l’expression de Wolfgang Fritz Haug : car c’est bien la pensée capitaliste libérale qui, après avoir étendu son hégémonie, s’est affranchie des anciens repères de la droite conservatrice – du peuple et de la communauté. Elle promeut des slogans tels que la « démocratie adaptée au marché », l’individu atomisé, qui se réinvente et se commercialise lui-même, et surtout la transformation d’un monde multiforme de peuples et de cultures en une place de marché globale. La formule bien connue des économistes « There is no alternative » signifie en réalité : le marché est tout, le peuple n’est rien.
SOURCE : Institut ILIADE.
