Skip to main content

PARIS : Frédéric PECOUT, archéologue à l’INRAP et m…

Print Friendly, PDF & Email
Floriane Dumont
1 Mai 2024

Partager :

PARIS : Frédéric PECOUT, archéologue à l’INRAP et membre du Souvenir Français

Archéologue depuis plus de 20 ans à l’INRAP et membre du Souvenir Français, Frédéric Pécout travaille sur la présence française en Indochine et en Asie avec notamment plusieurs études sur la navigation sur le Mékong.

Il est également chercheur associé de l’institut de recherches des citadelles impériales du Vietnam et collabore sur l’étude de la citadelle d’Hanoï, sur l’emplacement des hôpitaux militaires. Depuis 2016, en collaboration avec les autorités vietnamiennes, il a lancé une recherche sur la bataille de Dien Bien Phu et le sort des prisonniers français du corps expéditionnaire.

1 – Pouvez-vous présenter votre travail d’archéologue et l’intérêt que vous portez à l’Indochine ?

En tant qu’archéologue, je travaille depuis 2013 en Asie. J’ai réalisé une première étude en 2016 sur les restes d’une chaloupe à vapeur française découverte dans le Mékong côté thaïlandais, cette étude m’a permis de mettre en évidence la présence française civile et militaire sur ce fleuve et dans cette partie de l’Indochine. Dès 2017, je me suis rapproché de l’Institut de recherches des citadelles impériales du Vietnam en tant que chercheur associé, je me suis engagé à étudier la citadelle d’Hanoï sous l’occupation militaire française ainsi que l’implantation des hôpitaux militaires français, j’étudie aussi parallèlement le site de la bataille de Dien Bien Phu.

Ma famille a également séjourné en Indochine, mon arrière-grand-père commandait la flottille des torpilleurs du Tonkin, ma mère est née à Hanoï en 1931, fille d’un artilleur du 1er Régiment d’Artillerie Coloniale.

Raisons donc familiales, professionnelles et mémorielles.

2 – Comment se présente le champ de bataille de Dien Bien Phu en qualité de site archéologique ?

Il faut rappeler qu’à l’époque, Dien Bien Phu (une quinzaine de kilomètres de long pour 6 à 7 kilomètres de large) était une grande plaine en forme de cuvette entourée de collines dans le haut Tonkin en plein pays Taï, une zone de culture de riz avec seulement quelques villages et très peu d’habitants. La ville s’est développée de façon exponentielle avec une population de plus 150 000 habitants en 2020, de très grandes zones de la bataille ont totalement disparu.

Il est difficile de décrire aujourd’hui le site tant l’expansion de la ville et de l’aéroport sont conséquent, néanmoins nous pouvons tout de même préciser que les autorités vietnamiennes ont conservé la colline Béatrice, Eliane 1 (colline A1), le poste de commandement du colonel de Castries, le pont de Bailey (pont Muong Thanh) et la colline Dominique (D1). Le monument Rodel, le monument du colonel Piroth, le musée de la Bataille et le cimetière vietnamien ont été réalisés après la bataille. Plusieurs secteurs du camp demeurent tout de même toujours en friche (l’antenne principale médicale par exemple) et vierge de toute construction. La politique actuelle conduite par les autorités vietnamiennes a évolué vers une reconnaissance et une mise en valeur de leurs propres monuments ainsi qu’une prise en compte des restes des dépouilles des deux camps. C’est à la fois, la collecte de reliques avec la création d’un comité qui chaque année acquiert ce que les habitants apportent au Musée et c’est la prise en compte de la découverte d’ossements et leurs traitements. Les commémorations de la victoire (70ème anniversaire en 2024) génèrent un développement du tourisme et de la mise en valeur des lieux symboliques. Dès lors, nous avons un rôle dans ces projets en tant qu’archéologue (formation, conseil, aide, identifications, études…).

3 – Peut-on encore découvrir des corps de combattants à Dien Bien Phu ?

6 corps ont été rapatriés en France, ces corps proviennent de plusieurs secteurs du camp. En 2012, 2021 et 2022, les autorités vietnamiennes avaient signalé à l’ambassade la découverte de plusieurs restes d’ossements. 3 corps correspondent à 3 parachutistes (un seul identifié par sa plaque d’identification), 2 corps correspondants à 2 sous-officiers ou officiers du 4ème RTM (régiment de tirailleurs marocains, combat collines Eliane, ADN européen), 1 corps non identifiable. L’extension urbaine a particulièrement recouvert une zone importante des combats, les restes des 3 parachutistes ont été retrouvés au fond d’un jardin par exemple. Le camp possédait plusieurs infirmeries correspondant aux différentes unités, para, légion, tirailleurs…et le poste principal du médecin commandant Grauwin. Chacune de ces infirmeries étant prolongée par un lieu d’inhumation. Il convient dans un avenir proche d’effectuer en collaboration avec les autorités vietnamiennes une action de préservation, d’étude et de mise en valeur des lieux encore vierge de toute construction. En prolongement de la Mission Belmont réalisé en 1955 (inventaire des lieux de sépultures français) il est primordial de mettre en place une politique de recherche archéologique. Ces actions communes permettront de localiser les zones de sépultures et de prélever avec méthode et respect, les restes de nos soldats pour les rapatrier en France.

C’est notre devoir de mémoire.

SOURCE : La lettre n°94 du Souvenir Français.