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PARIS : Éducation – ATD Quart Monde dénonce la mécani…

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PARIS : Éducation – ATD Quart Monde dénonce la mécanique de la ségrégation scolaire

L’association présente le 24 janvier une étude inédite révélant comment la grande pauvreté fige les destins scolaires dès le plus jeune âge.

C’est un constat qui bouscule le mythe de l’égalité des chances républicaine. Le samedi 24 janvier prochain, ATD Quart Monde dévoile à l’Académie des sciences les conclusions de son programme de recherche CIPES (Choisir l’Inclusion Pour Éviter la Ségrégation). Fruit de six années d’enquête menée dans une douzaine d’écoles maternelles et élémentaires, ce rapport met en lumière une réalité structurelle : en France, l’origine sociale dicte encore massivement l’orientation et la réussite des élèves.

Un constat statistique alarmant

Les chiffres que s’apprête à rendre publics l’organisation sont sans appel. Loin d’être des cas isolés, les mécanismes d’exclusion apparaissent systémiques. Selon les données compilées, 72,1 % des élèves orientés en SEGPA (Sections d’enseignement général et professionnel adapté) et 80 % de ceux en ULIS (Unités localisées pour l’inclusion scolaire) sont issus de milieux défavorisés.

Ces filières, censées aider les élèves en difficulté, se transforment trop souvent en voies de garage.

Le rapport pointe une statistique accablante : en SEGPA, seuls 5 % des élèves sont inscrits au Diplôme national du brevet, et à peine 1 % l’obtient. L’impact sur l’insertion professionnelle est tout aussi violent. Neuf ans après leur entrée en 6e SEGPA, seuls 37 % de ces jeunes ont obtenu un CAP, une formation qu’ils n’ont d’ailleurs souvent pas choisie. Pour ATD Quart Monde, ces orientations précoces produisent une ségrégation scolaire durable qui contribue directement à la reproduction de la grande pauvreté.

Une méthodologie participative inédite

La force de cette enquête réside dans son approche unique. Contrairement aux études académiques classiques, le projet CIPES s’appuie sur le « croisement des savoirs ». Durant six ans, des chercheurs universitaires et des enseignants ont travaillé main dans la main avec des militants Quart Monde, c’est-à-dire des parents ayant l’expérience directe de la grande précarité.

Cette démarche de co-recherche a permis de briser les barrières habituelles entre l’institution scolaire et les familles les plus éloignées de l’école.

« Grâce au projet CIPES, les choses ont bougé car le monde de l’école a pris plus en considération les parents », témoigne un militant co-chercheur impliqué dans l’étude.

« Souvent nous ne sommes pas écoutés, entendus par les enseignants, mais avec le travail d’ATD Quart Monde, la voix des parents a été entendue grâce aux travaux, aux temps d’échanges et de réflexion ».

Vers de nouvelles pratiques pédagogiques

La restitution prévue le 24 janvier à Paris ne se limitera pas à un état des lieux. Un document de synthèse intitulé « École et grande pauvreté : lutter contre les discriminations » sera remis aux participants.

Il contient des préconisations concrètes pour enrayer cette machine à exclure. L’objectif est de permettre la réussite de tous au sein de la classe ordinaire, via des pratiques pédagogiques renouvelées et, surtout, une relation école-famille apaisée. L’événement bénéficie du soutien de l’Académie des sciences, qui mène parallèlement une réflexion de fond sur l’avenir de l’école via un groupe de travail piloté par l’académicienne Laure Saint-Raymond. En confrontant les savoirs académiques à la réalité vécue des familles, ATD Quart Monde entend placer la lutte contre les discriminations au cœur du débat éducatif de cette rentrée 2026.