Passer au contenu principal

PARIS : Économie – L’océan reste l’angle…

Partager :

PARIS : Économie – L’océan reste l’angle mort des stratégies malgré une dépendance massive

Le cabinet UTOPIES révèle que 40 % des emplois en France dépendent de l’océan, une ressource pourtant absente des priorités stratégiques des sociétés.

À l’approche de la Journée mondiale de l’eau et du sommet Change Now, le constat dressé par le cabinet de conseil en stratégie durable UTOPIES (https://utopies.com/) est sans appel. Alors que l’année 2026 marque l’entrée en vigueur du Traité sur la protection de la haute mer (BBNJ), l’océan demeure le grand oublié des modèles économiques. Dans son étude intitulée « L’océan, angle mort des stratégies d’entreprise », réalisée en partenariat avec le Crédit Mutuel Arkéa, la Mauritius Commercial Bank (MCB) et Seafoodia/Pure Ocean, le cabinet met en lumière une réalité économique méconnue : la dépendance structurelle de l’économie française aux écosystèmes marins.

Une dépendance qui dépasse largement le littoral

Contrairement aux idées reçues qui limitent l’économie bleue au tourisme balnéaire ou à la pêche, l’étude démontre que près de 40 % des emplois en France (métropole et Outre-mer) dépendent directement ou indirectement de l’océan. Si 14,4 % de ces emplois sont liés à une interaction directe avec les milieux maritimes, 26 % le sont de manière indirecte.

Cette dépendance invisible irrigue des territoires situés bien loin des côtes. Le secteur du commerce et du négoce apparaît comme le plus exposé, avec 1,25 million d’emplois concernés, soit 32,3 % des effectifs du secteur. L’industrie agroalimentaire, la cosmétique, la construction, l’énergie ou encore la santé intègrent quotidiennement des ressources ou des services issus de la mer. Les risques sont donc systémiques : l’acidification des océans, qui a augmenté de 30 % depuis l’ère préindustrielle, ou l’effondrement de la biodiversité menacent directement la stabilité des chaînes d’approvisionnement et l’assurabilité des actifs économiques.

Le bassin méditerranéen sous pression

L’analyse géographique proposée par l’étude offre un éclairage particulier sur le bassin versant de la Méditerranée. Les impacts y sont fortement polarisés, se concentrant principalement dans les Bouches-du-Rhône, l’Hérault et la vallée du Rhône. Cette pression environnementale est la conséquence directe de la densité des pôles économiques, de l’intensité de la pêche et du tourisme côtier.

L’interconnexion des territoires est également soulignée : une partie des impacts générés par l’économie méditerranéenne se répercute sur la façade atlantique, via les liens logistiques avec les grands ports de pêche comme Le Havre ou Brest. Cette lecture par bassin versant permet de comprendre que la pollution marine commence souvent loin du rivage, impliquant la responsabilité de filières entières, de l’amont à l’aval.

Vers une « efficience bleue »

Au-delà du constat d’alerte, le rapport invite les entreprises à opérer un changement de paradigme. Il ne s’agit plus seulement de réduire les impacts, mais de passer à une logique d’« efficience bleue ». Ce concept, défendu par UTOPIES, vise à substituer les intrants fossiles ou terrestres par des ressources marines locales (algues, coquilles, enzymes, eau de mer) sans accroître la pression sur les écosystèmes.

Cette approche offre des opportunités d’innovation majeures, notamment pour les territoires insulaires comme ceux de l’Océan Indien, particulièrement vulnérables aux aléas climatiques et logistiques. En valorisant les co-produits halieutiques ou en développant des biomatériaux marins, les entreprises peuvent renforcer leur résilience tout en accédant à de nouveaux marchés de produits dits « clean label ». Comme le souligne l’étude, ce que les acteurs économiques ont appris à faire pour le climat, ils doivent désormais l’appliquer d’urgence à l’océan.