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PARIS : Droits de l’homme et pêche illégale dans le…

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Floriane Dumont
10 Avr 2024

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PARIS : Droits de l’homme et pêche illégale dans le sud-ouest de l’océan Indien

Selon un nouveau rapport publié aujourd’hui par l’Environmental Justice Foundation (EJF), la flotte de pêche chinoise se livre à des pratiques de pêche illégale et de violation des droits de l’homme dans les pays bordant le sud-ouest de l’océan Indien, ce qui remet en cause les déclarations de la Chine qui affirme soutenir le développement durable et la prospérité en matière d’économies bleues dans la région.

Tous les pêcheurs interrogés par EJF, qui ont travaillé sur les navires thoniers chinois dans la région, ont déclaré avoir été victimes ou témoins d’atteintes aux droits de l’homme et/ou de pêche illégale.

La flotte chinoise de pêche lointaine est de loin la plus importante au monde. Elle est de plus en plus accusée de commettre des violations flagrantes des droits de l’homme et de pratiquer des activités de pêche illégales. EJF a mené une enquête approfondie sur sa flotte hauturière au fil des années, révélant une activité illégale et abusive évidente.

EJF suit la flotte chinoise depuis 2020 et a mené de multiples enquêtes sur ses activités illégales et contraires à l’éthique, notamment en réalisant 318 entretiens avec d’anciens membres d’équipage ayant travaillé sur au moins un de ces navires. 96 d’entre ont été réalisés au cours des 6 derniers mois. Cependant, l’étendue des abus criminels dans le Sud-Ouest de l’océan Indien se démarque nettement du prétendu intérêt de la Chine dans la région, indique le rapport. Cette nouvelle investigation révèle, en effet, la découverte de quatre décès survenus sur ces navires chinois entre 2017 et 2023, dont le suicide présumé d’un membre de l’équipage qui se serait jeté par-dessus bord.

Le rapport se base sur des entretiens avec des membres de l’équipage travaillant sur les navires chinois dans la région ainsi que sur un large éventail de sources et de données complémentaires. Ce travail est le premier du genre à se pencher sur les activités de pêche illégale de la Chine dans la région. Entre 2017 et 2023, les navires chinois ont été impliqués dans 86 cas de pêche illégale ou violations des droits de l’homme dans l’océan Indien occidental. Sur les 95 palangriers thoniers actuellement autorisés à pêcher le thon dans ces eaux, près de la moitié sont liés à des cas de pêche illégale et/ou à des atteintes aux droits de l’homme.

Parmi les 44 pêcheurs interrogés, 80 % ont fait état de prélèvement d’ailerons de requins, 100 % de conditions de travail et de vie abusives, 96 % d’heures supplémentaires excessives et 55 % de violences physiques. EJF a également interrogé 16 pêcheurs qui travaillaient sur des chalutiers chinois au Mozambique. Ces derniers ont également fait état de pratiques illégales généralisées, 81 % d’entre eux ayant déclaré avoir subi des violences physiques, la moitié d’entre eux déclare avoir délibérément capturé et/ou blessé des espèces marines vulnérables.

Les produits de la mer provenant de ces navires sont susceptibles d’entrer sur des marchés internationaux clés, notamment en Europe, aux États-Unis, au Japon et en Corée du Sud ; environ 73 % des navires soupçonnés de violations des droits de l’homme et de pêche illégale figurent sur la liste des exportateurs agréés vers l’UE au moment de la réalisation de ce rapport.

Dans le cadre de l’initiative « la Nouvelle Route de la Soie », la Chine a investi massivement dans les pays limitrophes de l’océan Indien occidental, notamment en construisant toute une série de ports et d’infrastructures de pêche. Les conditions de ces investissements sont souvent opaques et, bien que des articles positifs sur les investissements chinois aient été publiés dans divers médias locaux, diverses inquiétudes ont été soulevées par des groupes issus de la société civile ainsi que par des communautés locales concernant l’impact de ces investissements sur les communautés côtières.

Cette nouvelle enquête montre que les investissements chinois, bien loin de profiter à ces communautés, ont un impact direct et indirect sur les moyens de subsistance des pêcheurs artisanaux du fait de la pêche illégale pratiquée par la flotte chinoise.

Steve Trent, PDG et fondateur de EJF, a déclaré : « Nos recherches soulèvent une question simple : ces abus sont-ils le fruit du gouvernement de Pékin ou celui-ci n’assume-t-il pas la responsabilité qui lui incombe de gérer sa flotte ? Les preuves apportées sont tellement irréfutables que l’un des deux points de vue doit forcément être vrai. »

« Nous avons révélé d’effroyables abus commis par la flotte de pêche chinoise dans dans l’océan Indien occidental. Nos enquêtes montrent que ces pratiques ne sont pas le fait d’un seul navire ou d’une seule flotte, d’une seule zone géographique ou d’une seule juridiction, mais de la quasi-totalité des navires de pêche chinois dans toutes les zones géographiques et les juridictions que nous avons examinées. Le gouvernement chinois présente ses investissements dans les pays limitrophes de l’océan Indien comme étant bénéfiques pour tous, mais la réalité est qu’ils sont au contraire terriblement néfastes. L’observation vaut aussi bien pour les communautés côtières dont les moyens de subsistance sont menacés par les activités de ces navires commerciaux, que pour les personnes qui subissent des violences choquantes sur ces mêmes navires, ou encore pour les pays rongés par la corruption et la dette liés aux investissements de la Chine. »

« Il est grand temps que la Commission des thons de l’océan Indien, les États côtiers, les États du marché, les États du port, les États du pavillon et, surtout, le gouvernement de la République populaire de Chine lui-même accordent une plus grande attention aux investissements de la Chine dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture dans la région. Le minimum serait d’améliorer la transparence de la pêche pour permettre à chacun de mieux comprendre qui pêche, comment, où et pourquoi. Bien que la flotte chinoise ne soit pas la seule responsable de pêche illégale dans l’océan Indien occidental, les abus choquants qu’elle commet dans toute la région exigent des mesures significatives dès maintenant. »

Lisez le rapport complet ici [lien] et regardez le film ici [lien].

Afin de protéger l’identité et la sécurité de nos sources, les études de cas des différents navires ne sont pas publiées mais sont disponibles sur demande.

EJF travaille à l’international pour informer les politiques et conduire des réformes systémiques et durables afin de protéger notre environnement et défendre les droits de l’homme. Nous enquêtons sur les abus, les dénonçons et soutenons les défenseurs de l’environnement, les peuples autochtones, les communautés et les journalistes indépendants en première ligne face à l’injustice environnementale. Nos campagnes visent à garantir un avenir pacifique, équitable et durable.