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PARIS : Asterès analyse les conséquences économiques de l…

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Gilles Carvoyeur
15 Avr 2024

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PARIS : Asterès analyse les conséquences économiques de l’attaque iranienne contre Israël

Dans la présente note, Asterès analyse les conséquences économiques, pour l’instant très limitées, de l’attaque iranienne contre Israël.

L’attaque de missiles lancée par l’Iran contre Israël n’a pas déclenché la panique que l’on aurait pu craindre. Le prix du baril a même légèrement baissé lundi matin, indiquant que cette attaque était attendue et que les marchés étaient presque « soulagés » par son ampleur et par ses destructions. Le prix du fret est également plutôt à la baisse malgré la saisie d’un navire par l’Iran. Cependant, le risque d’un choc pétrolier lié à une extension du conflit ne peut pas être écarté.

Prix du pétrole : pas d’envolée suite à l’attaque de l’Iran

Le prix du pétrole est en légère baisse suite à l’attaque iranienne, ce qui peut sembler paradoxal. Deux éléments expliquent cette tendance : l’attaque était attendue par les marchés, donc déjà « intégrée dans les prix » et le marché pétrolier dispose de capacités supplémentaires qui limitent le risque de hausse de prix.

– L’attaque était attendue. Avec la hausse des tensions entre l’Iran et Israël, une action iranienne était probable et donc intégrée dans les prix par les acteurs du marché pétrolier.
L’ampleur de l’attaque iranienne et fait que la plupart des missiles aient été interceptés a semblé, d’une certaine façon, soulager le marché du pétrole qui aurait pu s’attendre à une attaque plus massive.
– Des capacités de production inexploitées limitent la tension sur le marché du pétrole. Le marché du pétrole, en dehors des tensions géopolitiques, n’est pas tendu. L’Opep, qui a comprimé sa production ces dernières années, garde des capacités de production importantes pour contrer une éventuelle flambée des prix. Les Etats-Unis agissent également comme un stabilisateur puisque la production de pétrole de schiste augmente en même temps que les prix. Les pays producteurs de pétrole n’ont pas intérêt à ce que les prix flambent, car cela conduirait leurs clients à se tourner plus rapidement vers des énergies alternatives.

Coût du transport maritime : une certaine détente

Le prix du transport maritime est plutôt orienté à la baisse. Les attaques de navires marchands en mer Rouge par les Houthis avaient entraîné une chute de la fréquentation du canal de Suez et une hausse du prix transport maritime. La saisie d’un navire par l’Iran dans le détroit d’Ormuz a également fait craindre une hausse des tensions sur le transport maritime1.
Cependant, le coût du transport entre l’Asie et l’Europe (une route qui passe par le canal de Suez et la mer Rouge) est plutôt orienté à la baisse depuis plusieurs semaines2 et se rapproche de son prix moyen de long terme. Le fait que certains navires contournent l’Afrique pour éviter la mer Rouge ne semble pas, à ce stade, paralyser sensiblement le commerce mondial.

Evolutions futures : la prudence reste de mise

Le risque de choc pétrolier reste présent. Les deux chocs pétroliers (1973 et 1979) étaient liés aux tensions géopolitiques au Proche Orient. Le scénario d’un embrasement militaire qui conduirait à l’attaque systématique de navires pétroliers et gaziers entraînerait mécaniquement une envolée du prix de l’énergie. Ce scénario ne semble pas être le plus probable, notamment car la plupart des puissances mondiales ou régionales (Etats-Unis, Europe, Chine, Inde, Arabie Saoudite notamment) n’y auraient pas intérêt. Cependant, dans le contexte de tensions actuel, aucun risque ne peut être définitivement écarté. Un nouveau choc inflationniste et une paralysie du commerce mondial (si les attaques de navires devenaient systématiques) reste un scénario possible, ce qui équivaudrait à un retour à la situation de 2021-2022, quand les délais
d’approvisionnements s’étaient allongés et les prix de l’énergie s’étaient envolés.

Sylvain BERSINGER, chef économiste chez Asterès.