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PARIS : Asterès analyse la stabilité de la note de Moody’s concernant la dette française

Moody’s a décidé de maintenir stable la note de la France à Aa2, une décision qui, si elle est largement commentée, n’a qu’une importance relative.

Les agences de notation évaluent le risque de défaut des emprunteurs, en l’occurrence de l’Etat Français. En théorie, leurs décisions devraient se répercuter sur les taux auxquels s’endettent les Etats. Cela ne semble pas être le cas dans les faits, ce qui implique que les décisions des agences de notation, quoique abondamment commentées, n’ont en réalité pas d’importance notable.

1) Le taux payé par l’Etat est la variable déterminante

Les notes accordées par les agences n’ont d’importance que si elles influencent le taux payé par les Etats. Les agences de notation (dont les trois plus connues sont Fitch, Moody’s et Standard and Poor’s) sont des entreprises privées qui notent des titres de dette selon la probabilité de défaut (plus la note est bonne, plus la probabilité de défaut est jugée faible). Ces notes ne sont que des avis d’analystes privés qui n’ont, en tant que telles, aucune importance concrète. Leur impact ne se matérialise que si les prêteurs, en se basant sur ces notes, changent leurs décisions d’investissement en demandant des taux plus élevés aux emprunteurs les moins bien notés car ils perçoivent alors un risque de défaut plus élevé.

2) Les notes ne semblent plus avoir d’impact notable sur les taux payés par les états sur leur dette

Les notes des pays divergent parfois des taux auxquels ils s’endettent, ce qui leur fait perdre de leur importance aux agences de notation. Il semblerait que les marchés financiers (c’est-à-dire la somme des décisions des épargnants et des prêteurs) conduisent leurs propres analyses de risque souverain et ne suivent pas les décisions des agences de notation.

Plusieurs exemples attestent de l’absence de réactivité des taux souverains aux décisions des agences de notation :

– La dégradation de la note française par Fitch fin avril 2023 n’a pas eu d’impact sur le spread français.

Pour estimer la prime de risque payée par un emprunteur, on compare généralement le taux qu’il paie à celui payé par l’emprunteur le plus sûr 1 :

l’Allemagne dans le cas des dettes publiques. La variation du risque est donc mesurée par l’écart entre le taux payé par un Etat sur sa dette publique et le taux payé par l’Allemagne, appelé spread (écart ou marge). Suite à la dégradation de la note française par Fitch fin avril, le spread de la France n’a pas varié de façon notable dans les semaines qui ont suivi.

– Le Japon qui, affiche une gigantesque dette publique (plus de 200 % du PIB, soit environ le double de la France), est noté par la plupart des agences deux « crans » en dessous de la France. Pourtant, même
si le Japon a subi plusieurs baisses de notes successives depuis une vingtaine d’années, son taux a régulièrement baissé jusqu’à passer momentanément en territoire négatif. Plus récemment, les taux ont augmenté au Japon, mais cela traduit une tendance de fond à l’échelle mondiale et n’est pas la conséquence de la dégradation de la note du pays.

Stabilité de la note de Moody’s : Ce type de décision est-il vraiment important ?

– L’Union Europénne s’endette (notamment pour financer le programme NextGenerationEU) à un taux qui est supérieur à celui de la France alors même que l’Union Européenne est notée AAA2, ce qui n’est
plus le cas de la France.

– Les Etats-Unis ont perdu à l’été 2011 leur « triple A » (la meilleure note possible), sans que cela n’ait conduit à une hausse du coût de l’emprunt. La dégradation des Etats-Unis par Fitch le premier août 2023
pourrait constituer un contre-exemple, puisque les taux ont augmenté par la suite. Cependant, l’ensemble des taux des pays occidentaux sont orientés à la hausse depuis l’été, indépendamment de l’évolution de
leur note.

1 Plus la solidité d’un emprunteur est perçue comme élevée, plus le taux auquel il s’endette est faible, et inversement.

2 https://www.ft.com/content/85ed3082-483a-4637-b755-41844ed0c95f