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PARIS : Art contemporain – Le Frac Île-de-France explore l’impermanence des œuvres avec « Le Syndrome de Bonnard »
Jusqu’au 19 juillet 2026, le Frac Île-de-France présente une exposition inédite interrogeant l’évolution constante et infinie des œuvres d’art.
Un processus créatif sans fin
L’institution chargée de la collection d’art contemporain de la région parisienne, le Frac Île-de-France (https://www.fraciledefrance.com), déploie un projet d’envergure baptisé « Le Syndrome de Bonnard Ou l’impermanence des œuvres ».
Cette manifestation, pensée par le collectif curatorial Le Bureau/, prend racine dans une anecdote fascinante de l’histoire de l’art. Il se raconte en effet que le peintre Pierre Bonnard (1867-1947) n’avait de cesse de reprendre et de modifier ses toiles. La légende veut même qu’il ait été un jour appréhendé par un gardien au Musée du Luxembourg alors qu’il tentait de retoucher subrepticement une minuscule feuille d’arbre sur l’un de ses propres tableaux, pourtant déjà acquis et exposé.
C’est cette volonté irrépressible de réécrire l’œuvre, de s’opposer à la fixité imposée par l’acquisition patrimoniale, qui anime cette exposition. L’objectif est de mettre en lumière la part mouvante des créations, entre réactivations, reprises et recyclages, démontrant que les œuvres poursuivent leur propre trajectoire bien au-delà de leur entrée dans les collections officielles.
La complémentarité de deux sites d’exposition
Pour illustrer ce propos, plus de trente créateurs français et internationaux sont réunis. L’événement se déploie sur les deux sites principaux du Frac, soulignant leurs fonctions respectives. D’un côté, Le Plateau, situé dans le 19ème arrondissement de Paris (22 rue des Alouettes), un espace historiquement dédié à la production artistique, met en lumière les trajectoires individuelles des artistes et leur rapport au temps ainsi qu’au contexte sociétal. De l’autre, Les Réserves, implantées à Romainville (43 rue de la Commune de Paris), lieu consacré à la préservation physique de la collection, examinent plus spécifiquement la matérialité des œuvres et les responsabilités de conservation qui incombent à l’institution.
Plus de trente œuvres issues de la collection, produites de 1977 à nos jours, dialoguent avec de nouvelles productions. Certaines pièces évolueront même tout au long de la durée de l’exposition, en suivant un protocole strict établi par leurs auteurs ou simplement par l’évolution naturelle de leurs caractéristiques physiques. Le collectif Le Bureau/, composé de Marc Bembekoff, Garance Chabert, Aurélien Mole, Céline Poulin et Emilie Villez, poursuit ainsi une réflexion fondamentale entamée il y a dix ans sur cette thématique. L’exposition convoque des artistes aux pratiques variées. Des figures contemporaines telles que Núria Güell, Joe Scanlan ou Gaëlle Choisne s’emparent des réécritures des canons esthétiques classiques, tandis que la dimension biographique est explorée à travers les installations de Ryan Gander ou de My-Lan Hoang-Thuy.
Le regard évolutif de l’artiste
Cette approche théorique sur la vie matérielle des œuvres trouve un écho particulièrement concret dans l’expérience intime des créateurs. Le rapport au temps et à la perception modifie profondément la manière dont un artiste appréhende son propre travail, ouvrant la voie à de multiples réinterprétations psychologiques et formelles.
« Le tableau, c’est comme quelqu’un, on a quelquefois l’impression de ne pas l’avoir complètement enregistré, qu’on peut toujours en dire quelque chose de plus. Pour lui donner un reflet dans ce qu’est l’œuvre d’art, ça peut être long. D’où mon désir de revenir dessus, de réécrire, de comprendre mieux, de regarder différemment, de comprendre peut-être moins bien. Avec un autre regard, c’est cela. On pense que l’image est la même, mais le regard qu’on porte sur elle n’est pas le même. Comme ce regard évolue avec le temps, comme il est différent, c’est là que ça perturbe. C’est là qu’il faut soit prendre l’option d’aller au plus près de la chose qui est inscrite, soit d’aller à la découverte de quelque chose qui est en-dessous, en-dessous de cette image là et qui nous échappe parce qu’on est jamais au même endroit pour l’observer », a expliqué Jean-Luc Blanc, artiste dont les œuvres sont présentées au Plateau.
Cette analyse souligne à quel point l’acquisition par un musée n’est qu’une étape. Les tâtonnements propres à la pratique en atelier continuent de hanter les créateurs, remettant en question la notion même d’achèvement.
Une programmation jeune public et hors les murs
En parallèle de cette réflexion centrale, le Frac Île-de-France déploie une riche programmation d’ateliers pour le jeune public, prévue de mars à juillet 2026. Des visites guidées gratuites sont organisées chaque week-end à 17h. Des ateliers spécifiques jalonneront le printemps : « Expo-trotter » (1 à 3 ans) le samedi 28 mars, « Doudous visites » (3 à 5 ans) le mercredi 1er avril, ou encore « Familles d’artistes » (6 à 12 ans) le samedi 4 avril.
L’institution s’exporte également à travers une dynamique « Hors les murs », tissant un maillage culturel sur le territoire francilien. Parmi les temps forts, l’exposition « Il se fait jour, Les Temps d’art -Vol. 15 » s’installera au Château de Rentilly du 21 mars au 19 juillet 2026, avec un vernissage prévu le samedi 21 mars à 15h. Le public y sera invité à reproduire le geste de modification par le biais de pochoirs, en écho au vol d’une toile de Pierre Bonnard en 1965. D’autres partenariats enrichissent cette offre : le Conservatoire Les Lilas-Romainville accueille « Bandes originales » jusqu’au 27 mai, et le Centre culturel Isadora Duncan d’Igny proposera « Mirer Gauguin » du 1er au 18 avril. Au sein même du Plateau, l’espace Project Room accueille Ruoxi Jin jusqu’au 22 mars, avant de laisser place aux œuvres de Lucile Boutin, du 26 mars au 3 mai.


