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PARIS : Agone – Les vies posthumes de M et Mme Lénine

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PARIS : Agone – Les vies posthumes de M et Mme Lénine

Il y a un siècle, Lénine mourait, au faîte de sa gloire et déifié par l’État qu’il avait participé à créer.

Symbole embaumé de la fin de l’ancien régime russe. Le même jour, cent trente et un ans plus tôt, était guillotiné Louis XVI. Déchéance ultime, et pas seulement symbolique, de l’Ancien Régime, français celui-ci.

En revenant pour ce 21 janvier 2024 sur ce double anniversaire, on doit bien constater que, d’un côté, ne reste rien de l’ancien régime tsariste, non plus que du monde pensé par Lénine et ses camarades – nous ne parlons pas bien sûr ici de l’URSS et du dit “socialisme réellement existant”. De l’autre côté, en Macronie, le régime présidentiel s’éloigne du modèle démocratique à force de singer une restauration royaliste dégradée par une touche Second Empire.

Autant dire que ce double anniversaire est l’anniversaire d’une série de défaites et ses héritages, dont la nouvelle guerre froide entre deux modalités d’État – capitaliste et impérialiste – n’est pas la moindre. Voyons donc ce double anniversaire comme l’occasion de passer au-dessus de tout ça pour retrouver ce qu’il reste à sauver des rêves de changer ce monde portés par les révolutionnaires de tous temps et tous lieux.

Et pour l’occasion, illustrons et corrigeons le proverbe “Derrière chaque grand homme se cache une [grande] femme”. En l’occurrence, derrière Vladimir Ilitch Oulianov, découvrons Nadejda Kroupskaïa, instigatrice négligée du programme soviétique d’éducation publique.

En demandant à nos lecteurs et lectrices de bien vouloir patienter deux mois pour lire la biographie ni-anti-ni-communiste de Lénine par Nina Gourfinkel; et l’histoire de la première tentative d’ampleur, sous la direction Nadejda Kroupskaïa, de “pousser à l’extrême l’expérience d’une école commune”.

“Quel pittoresque roman on pourrait écrire sur la vie de Vladimir Ilitch Oulianov. Pourtant, toutes les tentatives d’en faire un héros de roman sont vouées à l’échec. Cet homme était foncièrement réfractaire au pittoresque. Lénine s’identifie à son œuvre au point de disparaître derrière elle. Et ce qu’il disait en 1886, obscur lycéen de seize ans, restera valable en 1920 pour le créateur de la IIIe Internationale. Ce qui rend malaisée la tâche du biographe. Il lui manque ces notes discordantes, ces déformations infimes qui seules font vivre un portrait. On cherche l’homme et on trouve l’histoire.” (Extrait de la biographie de Lénine par Nina Gourfinkel)

“Se tenant à l’écart des querelles de chapelles académiques ou politiques, Nina Gourfinkel ne se positionne ni pour ni contre le communisme soviétique. Pour raconter la vie du dirigeant d’Octobre avec autant d’équanimité, elle a plutôt étudié les textes en les plaçant dans leur contexte. Qualité rare. Elle conclut sa biographie avec le décès de son personnage principal. Il reste à évoquer la trajectoire post-mortem de Lénine. Devenu objet d’un culte en URSS et source de dogme pour les communistes, il continua et continue de susciter la haine et les calomnies chez les défenseurs du “monde libre”. Peut-on encore distinguer un Lénine révolutionnaire derrière ces différents masques ?” (Extrait de la postface d’Éric Aunoble au Lénine de Nina Gourfinkel)

“Du point de vue pédagogique, les internats ruraux d’éducation sont à bien des égards parfaitement organisés, mais dans leurs objectifs et leur esprit, ce sont des écoles qui répondent aux besoins particuliers de certaines couches de la bourgeoisie. Tant que l’organisation du travail scolaire restera en dehors de la sphère d’influence de la démocratie ouvrière, l’école du travail sera un instrument contre ses intérêts. Seule la démocratie ouvrière peut faire de l’école du travail un instrument de transformation de la société moderne” (Extrait du recueil de textes de Nadejda Kroupskaïa, De l’éducation en temps de révolution)

“La pensée pédagogique de Kroupskaïa est le produit d’une cheminement intellectuel jalonné de lectures et de rencontres qui vont bien au-delà d’un entre-soi marxiste ou léniniste. À certains égards, ses positions sont typiques du renouveau pédagogique de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, mouvance qu’on qualifie communément d’“éducation nouvelle”. Et pour fonder ses propositions, Kroupskaïa s’inspire du projet d’éducation nationale de Lepeletier de Saint-Fargeau porté par Robespierre en 1793, qu’elle interprète comme une volonté de donner une éducation sociale et ouvrière à tous les enfants.” (Extrait de la préface de Laurence De Cock à la pensée de Nadejda Kroupskaïa)

À paraître le 15 mars 2024 :

Lénine

Format papier 12×18 cm
Collection « Éléments »
256 pages, 12€

De l’éducation en temps de révolution

Format papier 12×19,5 cm
Collection « Contre-feux »
272 pages, 17€

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