Skip to main content

PARIS : Accord de libre-échange UE/NZ, quel impact sur le…

Print Friendly, PDF & Email
Floriane Dumont
12 Mar 2024

Partager :

PARIS : Accord de libre-échange UE/NZ, quel impact sur les filières animales européennes ?

Si certains accords de libre-échange sont plutôt favorables aux exportations européennes de produits laitiers, comme le CETA ou l’accord avec le Japon, d’autres devraient augmenter la concurrence entre produits européens et ceux issus de pays tiers exportateurs de produits agricoles, notamment l’accord avec la Nouvelle-Zélande, conclu en juin 2022 et ratifié le 27 novembre dernier.

La petite taille de ce pays limite son intérêt pour les exportateurs européens – la population est de 5 millions d’habitants (90 fois moins qu’en Europe). Par contre, l’agriculture néozélandaise est tournée vers l’export ; le bien le plus exporté est de très loin le lait, suivi de la viande, du bois, des fruits et noix et des boissons.

La balance commerciale avec l’UE 27 est très largement en faveur des européens, qui envoient vers la Nouvelle Zélande des machines, des voitures, des médicaments et réceptionnent de la viande, des fruits et noix, et un peu de produits laitiers. Produits industriels contre produits agricoles en somme.

L’UE27 est ainsi le deuxième partenaire de la Nouvelle Zélande à l’import et seulement son 5ème en termes de débouchés en 2022[1]. Les produits agricoles néozélandais restent en effet peu présents sur le marché européen, encore protégé par des droits de douanes importants, mais qui sont appelés à diminuer avec la mise en application de cet accord de libre-échange. L’accord prévoit une quasi-élimination des droits de douane sur les kiwis, les oignons, les pommes, le poisson, le vin, le miel, ainsi qu’une réduction des droits sur des contingents de fromage, lait en poudre, beurre, viande ovine et bovine.

Quel impact sur la filière laitière européenne ?

Une étude commandée par le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation pour identifier les risques et opportunités de cet accord pour les filières animales européennes concluait ainsi en 2020 : « une levée de ces restrictions [à l’importation] ferait peser des risques significatifs sur les filières françaises et européennes, sans présenter de réelles opportunités. »[2].

Cet accord vise à accorder de nouveaux contingents à la Nouvelle Zélande, ce qui lui permettra de payer moins de droits de douane et donc de rendre ses produits agricoles plus compétitifs sur nos marchés.

Un contingent est un volume qui peut entrer sur le territoire en bénéficiant de droits de douane réduits ou nuls. Il existe deux grands types de contingents : les contingents erga omnes définis dans le cadre des accords de l’OMC, ouverts à tous les pays exportateurs (les contingents sont remplis au fur et à mesure par différents pays fournisseurs), et des contingents spécifiques, réservés aux pays avec lequel des accords bilatéraux ont été signés, qui bénéficient d’autres volumes et de tarifs préférentiels.

Les droits de douane peuvent être établis en proportion de la valeur du produit (droits ad valorem), fixes ou sur la base d’un mélange des deux précédents procédés.

Hors contingents, les droits de douanes qui s’appliquent sont les MFN rates (ou taux NPF pour nation la plus favorisée). La clause de la nation la plus favorisée est une mesure de non-discrimination, permettant à un État de bénéficier des mêmes avantages commerciaux que tout autre État, pour l’importation/l’exportation d’un produit similaire.

En pratique, les contingents ne sont pas toujours remplis. Pour les imports de beurre et de poudre de lait écrémé, le principal partenaire européen est de loin le Royaume-Uni, qui bénéficie de droits de douane nuls avec l’Union. Néanmoins, la Nouvelle-Zélande a la capacité de pénétrer un marché dont l’entrée lui sera facilitée par l’octroi de nouveaux contingents à droits réduits. Le pays est leader mondial sur le beurre et la poudre de lait entier[3] et a été capable d’envoyer jusqu’à 80 500 T de beurre sur le marché européen en 2006 alors que l’UE croulait à l’époque sous les excédents de matière grasse[4]. Depuis, les équilibres ont évolué, la Nouvelle-Zélande a noué de nouveaux partenariats avec la Chine notamment qui représente la moitié de ses exportations de produits laitiers et vers qui elle priorise les envois. Mais le danger que représente la volatilité des achats chinois pour la Nouvelle-Zélande dont le marché laitier est résolument tourné vers l’export la pousse à diversifier ses clients, et à rechercher l’abaissement des barrières douanières en misant sur le succès de sa stratégie « Fit for a better world ». Même si la croissance de la production laitière néozélandaise qui semblait inarrêtable semble aujourd’hui terminée et fait désormais place à une légère réduction des volumes en lien avec la mise en œuvre de nouvelles exigences environnementales et l’impact des sécheresses (la production étant fortement basée sur l’herbe), la conclusion de ce nouvel accord et de celui signé entre la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni pourrait modifier les équilibres en place, en particulier lors en cas de baisse de la demande asiatique.

Le tableau ci-dessous présente les contingents accessibles aux exportateurs néo-zélandais au regard de la situation européenne pour les produits laitiers. Pour analyser l’impact de cet accord sur les filières, il est donc important de considérer à la fois le niveau actuel des importations, les volumes déjà concédés dans le cadre des accords existants, mais aussi l’évolution des taxes à l’importation.

LIRE LA SUITE

SOURCE : Agriculture Stratégies – Newsletter n°57