MONTREUIL : Justice – L’évaluation professionne…
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MONTREUIL : Justice – L’évaluation professionnelle se généralise dès l’entrée en prison
L’Atigip et l’Afpa déploient nationalement un dispositif d’entretien socio-professionnel systématique pour chaque nouvel incarcéré afin de préparer sa réinsertion.
C’est un changement de paradigme dans la prise en charge des personnes placées sous main de justice. Depuis Montreuil, l’Agence du travail d’intérêt général et de l’insertion professionnelle (Atigip) et l’Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes (Afpa) ont officialisé la généralisation de l’entretien socio-professionnel à l’entrée en détention. Ce dispositif, qui concerne les majeurs en maison d’arrêt, vise à transformer le temps de la peine en un temps utile pour l’avenir.
Une expérimentation d’envergure
Avant ce déploiement national, une phase pilote rigoureuse a été menée entre janvier 2024 et juin 2025. Durant dix-huit mois, 24 établissements pénitentiaires ont testé ce protocole, permettant la réalisation de 10 000 entretiens. Les retours de terrain sont positifs : les personnes détenues se disent « soulagées d’avoir un espace de parole centré sur leur avenir », tandis que l’administration pénitentiaire salue une démarche facilitatrice.
Cette phase probante a validé la méthodologie conçue par l’INETOP-CNAM. L’objectif est clair : réaliser un diagnostic rapide des compétences et des freins à l’emploi pour orienter efficacement le parcours de détention. Ugo Douard, directeur national des relations institutionnelles de l’Afpa, estime que ce projet prouve la capacité de l’agence à « répondre à une mission de service public exigeante, dans un contexte sensible ».
Un diagnostic complet en une heure
Concrètement, l’entretien se déroule en face-à-face durant une heure, peu après l’arrivée en détention. L’échange permet de reconstruire le parcours scolaire et professionnel de la personne, souvent chaotique, et d’identifier ses acquis. Pour faciliter la communication, les conseillers de l’Afpa utilisent des outils pédagogiques spécifiques comme le photolangage ou des frises chronologiques.
Dans les cinq jours suivant cette rencontre, une synthèse est transmise aux équipes pénitentiaires. Ce document devient la pierre angulaire de l’accompagnement. Bruno Clément-Petremann, directeur de l’Atigip, insiste sur l’importance stratégique de cette démarche : « Il est essentiel de mieux connaître les parcours socio-professionnels des personnes qui entrent en détention […] Ce dispositif s’inscrit pleinement dans l’objectif de réinsertion professionnelle, et constitue un levier déterminant de prévention de la récidive ».
Un déploiement par vagues successives
La généralisation du dispositif suit un calendrier précis pour couvrir à terme les 117 maisons d’arrêt et quartiers maisons d’arrêt de l’Hexagone. Après une première vague dans 23 établissements, 26 nouvelles structures intègrent le dispositif en ce début d’année 2026. Une troisième phase, prévue au printemps, concernera 44 établissements supplémentaires.
Pour assurer une qualité de service homogène sur tout le territoire, l’Afpa a mis en place une formation systématique de ses intervenants aux spécificités du milieu carcéral, garantissant ainsi le professionnalisme nécessaire à cette mission d’inclusion.