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LE RAYOL CANADEL : L’imbroglio administratif de la TE…

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LE RAYOL CANADEL : L’imbroglio administratif de la TESSONNIERE

Votée au cœur de l’été, la révision du PLU du Rayol-Canadel cristallise les tensions : opacité procédurale et documents introuvables dénoncent une véritable stratégie de l’usure administrative.

C’est une histoire qui ressemble à s’y méprendre à un thriller bureaucratique, où le suspense ne tient pas à une arme du crime, mais à une annexe manquante dans un fichier PDF. Le décor est planté le 12 juillet 2024. Alors que le Var s’enfonce dans la torpeur estivale et que les regards sont tournés vers les plages, le Conseil Municipal du Rayol-Canadel vote une délibération cruciale : la révision n°1 de son Plan Local d’Urbanisme (PLU). Une décision lourde de conséquences pour l’avenir de la commune, et plus particulièrement pour les cinquante-cinq propriétaires du secteur de la Tessonnière.

Pourtant, ce qui aurait dû être un acte de transparence démocratique s’est transformé en une course d’obstacles pour les citoyens. La date, d’abord, interroge. Choisir le milieu du mois de juillet pour acter une telle modification, c’est s’assurer que l’affichage légal en mairie rencontrera un public clairsemé. Mais c’est dans les jours qui suivent que la machine administrative semble s’être grippée, ou peut-être trop bien huilée, selon le point de vue.

Le coup de la panne numérique.

Lorsque le conseil des requérants, représentant M. Robert Maillet et ses voisins, tente d’obtenir le texte officiel de cette délibération fin juillet, il reçoit un document étrange. La délibération est là, mais elle est coquille vide : l’annexe, qui contient la substance même du nouveau PLU, a disparu. Sur le site internet de la commune, c’est le silence radio. Les documents préparatoires sont toujours en ligne, mais la version définitive, celle qui fait foi et contre laquelle les délais de recours commencent à courir, reste invisible jusqu’au mois d’août.

« Ce comportement s’apparente à une manœuvre en vue de contrarier un recours »

Pour les requérants, la pilule ne passe pas. Comment contester une règle du jeu dont on ne peut lire les lignes ? Cette chronologie suspecte dessine les contours d’une volonté d’obstruction, une « stratégie de l’usure » visant à décourager toute contestation en jouant la montre et la confusion.

La nature comme alibi ?

Sur le fond, l’affaire prend des allures de querelle d’experts où la réalité du terrain semble se distordre. La municipalité justifie le classement de la Tessonnière en zone inconstructible (NL) en invoquant un « espace remarquable » au sens de la loi Littoral. Pour étayer cette thèse, elle s’appuie sur un constat d’huissier datant de 2018, décrivant une forêt dense de chênes verts centenaires et une biodiversité foisonnante.

Or, les contre-enquêtes menées en 2024 et 2025 peignent un tableau radicalement différent, accusant le document initial de travestir la réalité. Là où l’administration voit un sanctuaire écologique, les experts mandatés par les propriétaires découvrent une garrigue envahie par les mimosas, des dépôts sauvages et une absence notable d’espèces protégées. Plus troublant, certaines photos du rapport de 2018 sembleraient avoir été prises… en dehors du secteur concerné.

[IMAGE: friche_tessonniere.jpg – Loin du sanctuaire annoncé, le secteur alterne mimosas envahissants et traces d’anthropisation.]

Bitume et paradoxes.

L’argument de la « zone naturelle vierge » se heurte surtout à la matérialité des lieux. Car la Tessonnière n’est pas une forêt sauvage, mais le fantôme d’un projet urbain avorté. Le sol y garde les cicatrices d’aménagements coûteux réalisés dans les années 90 : routes bitumées, réseaux d’assainissement souterrains, transformateurs électriques et bornes incendie sont bien là, opérationnels, attendant des maisons qui ne viennent pas.

C’est tout le paradoxe de ce dossier. La commune, qui perd ses habitants au rythme de 1,8 % par an et manque cruellement de logements, gèle sa seule réserve foncière viabilisée. Elle transforme un quartier prêt à bâtir en une « friche doublée d’un dépotoir », selon les termes mêmes de la défense municipale, créant un risque incendie majeur aux portes des habitations existantes.

En voulant protéger une nature qui, selon les experts, n’a plus rien de remarquable sur ces parcelles anthropisées, l’administration semble s’être enfermée dans une impasse juridique et logique. Reste cette impression tenace laissée par l’été 2024 : celle d’une décision prise dans l’ombre, où l’accès à l’information est devenu un luxe que le citoyen doit arracher de haute lutte.