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LE RAYOL CANADEL : Les déshérités de la TESSONNIÈRE, des rê…

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LE RAYOL CANADEL : Les déshérités de la TESSONNIÈRE, des rêves brisés sur la Côte d’Azur

Au Rayol-Canadel, cinquante-cinq propriétaires voient l’investissement d’une vie réduit à néant par un coup de crayon administratif contesté, transformant un ancien projet résidentiel en sanctuaire intouchable.

C’est l’histoire d’une promesse trahie par le temps et la bureaucratie. Pour Robert Maillet, retraité de 78 ans, et cinquante-quatre autres propriétaires, le nom de « La Tessonnière » ne sonne plus comme la douce mélodie d’une retraite au soleil, mais comme le glas d’une bataille perdue. En 1991, lorsqu’il acquiert la parcelle numéro 74, tout est pourtant clair : la zone est constructible, intégrée dans une Zone d’Aménagement Concerté (ZAC) voulue par la commune. Trente ans plus tard, le rêve s’est ensablé dans les méandres du Plan Local d’Urbanisme (PLU).

Le 12 juillet 2024, le Conseil municipal du Rayol-Canadel a entériné une décision aux allures de couperet. Par la délibération n° 67/2024, l’ensemble du secteur bascule définitivement en zone « NL ». Deux lettres qui signifient « Espace Remarquable » au sens de la loi Littoral, mais qui, pour ces familles, veulent surtout dire : inconstructible, invendable, perdu. Ce qui devait être un quartier habité retourne à la nature, laissant les propriétaires avec des titres de propriété qui ne valent guère plus que le papier sur lequel ils sont imprimés.

« Le moins qu’on puisse dire est que la commune ne paraît pas souffrir d’une densification excessive ! Elle risque de disparaître. »

Le paradoxe d’un village qui se vide.

L’amertume est d’autant plus vive que la décision semble défier la logique démographique locale. C’est là tout le cœur du mémoire déposé devant le Tribunal Administratif de Toulon par Maître François Barry Delongchamps, défenseur des « déshérités ». Les chiffres sont têtus : de 871 habitants en 1982, la population du Rayol-Canadel a chuté à 644 en 2022. Une hémorragie de 26 % en quarante ans. Le village se vide, s’éteint doucement, mais gèle ses dernières réserves foncières au nom d’une protection environnementale que les requérants jugent abusive.

Car sur le terrain, l’incompréhension règne. La Tessonnière n’est ni un site classé, ni un site inscrit, et ne figure pas parmi les sites patrimoniaux remarquables du Var arrêtés par le ministère de la Culture. Aucune inscription aux Monuments Historiques ne vient justifier cette « sanctuarisation » soudaine. Pour les propriétaires, il s’agit d’une spoliation déguisée en écologie, un classement artificiel qui ne repose sur aucune donnée patrimoniale sérieuse, si ce n’est la volonté municipale de verrouiller l’espace.

[IMAGE: vue_tessonniere.jpg – Le maquis a repris ses droits sur les parcelles achetées au prix fort dans les années 90.]

Le silence pour seule réponse.

Le sentiment d’injustice est exacerbé par le mur de silence auquel se sont heurtés les requérants. Un courrier d’alerte adressé au commissaire enquêteur en mai 2024, soulignant les incohérences du projet, est resté lettre morte, absent même du rapport final. Une rencontre avec le maire en juin n’a rien changé à la trajectoire de la délibération.

Aujourd’hui, c’est devant la justice administrative que se joue le dernier acte de cette tragédie foncière. Les 55 familles demandent l’annulation de cette révision du PLU, espérant que le Tribunal de Toulon saura distinguer la protection légitime du littoral de l’abandon administratif de citoyens qui, il y a trente ans, ont cru en la parole de la commune. En attendant, sur les hauteurs du Rayol, les cigales chantent au-dessus de millions d’euros d’investissements transformés en broussailles.