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LA SEYNE SUR MER : Un « Kayakiste dans la gueule d’un req…

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Floriane Dumont
21 Fév 2024

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LA SEYNE SUR MER : Un « Kayakiste dans la gueule d’un requin jaune » jusqu’au 30 mars à Pouillon

L’exposition « Kayakiste dans la gueule d’un requin jaune » d’Alain Pontarelli a été inaugurée le 10 février dernier par Dominique Baviera, adjoint délégué à la culture.

Elle sera visible jusqu’au 30 mars prochain à la Maison Pouillon, parc Braudel aux Sablettes.

Le texte de l’autrice Florence Laude :

“J’ai découvert le travail d’Alain Pontarelli en poussant la porte de la Galerie Jean-François Meyer à Marseille, en février 2016. L’exposition, poétiquement intitulée « Conversation saphique dans une arrière-cour », tenait largement ses promesses de prendre le sujet à rebours de certains codes de la sculpture traditionnelle, de privilégier le discours subversif, de jouer avec le spectateur sur le mode ironique et décalé. J’avais trouvé culoté de la part d’un homme de présenter son œuvre comme « une conversation saphique », mais il s’avéra que ses sculptures représentaient justement de nombreuses culottes, corsets, rubans noués et talons hauts, emblèmes d’une certaine féminité, ou plutôt d’un certain regard, un regard masculin, sur la féminité, avec lesquelles le spectateur avait de quoi satisfaire un penchant pour l’érotisme et trouver plaisir à regarder une œuvre libre et colorée. Pousser la porte d’une galerie d’art et se retrouver dans l’arrière-cour d’un salon de lingerie féminine, était un plaisir qui se révélait, à y regarder de près, très ambigu.

Il ne suffisait pas d’entrer et de voir, mais d’engager la conversation avec les œuvres, au sens ancien, de vivre avec et de les fréquenter. Passer dans l’arrière-cour, c’était quitter une représentation de vitrine, celle qui se contente d’un coup d’œil vite fait, pour comprendre les objets d’un autre point de vue, pour entrer dans le jeu de l’artiste. Ses sculptures sont des artifices séduisants et des œuvres dangereuses à plus d’un titre. Au fil des expositions sans prétendre tout comprendre de l’œuvre d’Alain Pontarelli, j’ai tenté le dialogue et je propose ici une conversation à partir de l’exposition de 30 ans et après… qui s’est tenue fin 2018, début 2019 à l’Hôtel des Arts de Toulon et des œuvres créées pour le musée des Gueules Rouges à Tourves. A Toulon, au rez-de-chaussée, dans la salle à droite en entrant, on découvrait les oeuvres intitulées Papillon du Maroni, Mains courantes du Maroni, L’écorché du Maroni, Sentier du Maroni, Colonie du Maroni.

Maroni, Maroni, Maroni, le nom du fleuve frontière entre la Guyane et le Suriname, grondait d’un mur à l’autre. Maroni, Maroni, Maroni, rythme ternaire envoûtant, le choc du pic des chercheurs d’or, du marteau du forgeron qui, inlassablement, cognent comme les coups de matraque qui font plier l’homme et redressent les torts. Maroni, Maroni, Maroni, les cloisons de la salle dressées comme les murs d’une cellule, renvoyaient le mot, pas d’issue au cachot. Maroni, Maroni, Maroni, l’omniprésence de ces mains géantes, comme les poings serrés du bagnard pour contenir son cri, pendant que les mains du garde chiourme, crispées sur sa trique, égrènent les coups. Maroni, Maroni, des centaines de papillons étoilaient le mur et transperçaient la blancheur immaculée des parois de cette grande boîte d’entomologiste et pas moyen de faire taire le cri lancinant des trois syllabes.

Maroni, aujourd’hui tes eaux rouillées lavent la souillure du bagne, on n’entend plus que ces trois syllabes froissées par le vent dans les feuilles. Là, dans la salle de l’Hôtel des Arts de Toulon, les ossatures de fer tors fermé, soudé, figurant des exosquelettes de mains bourrées jusqu’à la gueule de feuillages séchés, s’inscrivaient comme le trait d’union entre le bagne de Guyane et Toulon qui partageaient une histoire lourde comme l’acier et sauvage comme la végétation de palmes. Avec le silence qui temps qui est passé, les accents douxamers du poème de Verlaine évoquant la prison belge où il purgeait sa peine : « Le ciel est, par-dessus le toit, /Si bleu, si calme ! / Un arbre, par-dessus le toit, / Berce sa palme. / La cloche, dans le ciel qu’on voit, / Doucement tinte. / Un oiseau sur l’arbre qu’on voit / Chante sa plainte -Qu’as-tu fait, Ô toi que voilà / Pleurant sans cesse, / Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà, / De ta jeunesse. » Sagesse (1881) Des mains colossales, seulement des mains, pour évoquer le bagne, le bagnard et le travail forcé, pour signifier que le bagnard perdant sa liberté n’est plus un homme, mais une force de travail à perpétuité, réduite à ses mains. Des mains, pour marquer la brutalité du rapport de force entre celui qui reçoit les coups et celui qui les donne, une histoire de poings dans un enfer vert.

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Cette exposition sera visible jusqu’au 30 mars.

Ouvert du mardi au samedi de 9h à 12h et de 14h à 17h30.

SOURCE : Mairie La Seyne-sur-Mer – Newsletter 21 février 2024