HYÈRES : Art à l’hôpital – Des draps usagés dev…
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HYÈRES : Art à l’hôpital – Des draps usagés deviennent des toiles d’expression pour les patients
Un partenariat unique entre un musée, un hôpital et un lycée donne naissance à une exposition où les draps des patients deviennent des œuvres d’art.
Né en 2024 d’une volonté de créer du lien entre des institutions voisines sur la presqu’île de Giens, le projet « De l’écriture à l’image » s’apprête à dévoiler sa nouvelle édition. Fruit d’une collaboration entre l’hôpital Renée Sabran, le Musée du Niel et le lycée professionnel Golf-Hôtel de Hyères, cette initiative transforme l’art en un puissant outil thérapeutique et social.

Le vernissage de l’exposition se tiendra le mardi 5 mai 2026 à 11h30, dans le hall du Pavillon Kermes de l’hôpital.
Un processus créatif en plusieurs étapes
Le projet, piloté par la professeure Catherine Parayre de l’université Brock au Canada, invite des patients et des membres du personnel de l’hôpital à participer à des ateliers d’écriture créative. De l’automne 2025 à l’hiver 2026, ces sessions se sont tenues une fois par mois dans les réserves du Musée du Niel. Chaque atelier s’est articulé autour d’une œuvre de l’exposition « L’ABSTRACTION EST UNE COULEUR », qui ouvrira au musée le 2 mai 2026.
Les textes poétiques et critiques nés de ces échanges sont ensuite confiés aux élèves de la filière Brevet des métiers d’arts du lycée Golf-Hôtel. Leur mission : illustrer ces écrits, en s’appropriant diverses techniques artistiques et infographiques. Cette année, l’initiative prend une dimension symbolique supplémentaire : les œuvres sont réalisées sur des draps usagés de l’hôpital, recyclés pour devenir des supports de création. Le résultat de ce travail sera exposé à l’hôpital et les illustrations seront également publiées dans des fascicules distribués gratuitement.
Une collaboration exemplaire et solidaire
L’ambition du projet dépasse le simple cadre artistique. Il s’agit d’une aventure humaine qui abolit les barrières hiérarchiques, sociales et médicales, comme le souligne Catherine Parayre, directrice du Centre de Recherche en arts interdisciplinaires et culture créative de l’université canadienne.
« La coopération mise en place entre le Musée du Niel, l’hôpital Renée Sabran et le lycée Golf-Hôtel est d’un professionnalisme exemplaire de la part de l’ensemble des participants. Interdisciplinaire et intergénérationnelle, elle met en relation des individus et des groupes d’origines diverses et les engage dans un parcours collectif et solidaire », insiste-t-elle.
Pour elle, cette coopération est « non seulement source de bien-être et de pleine conscience dans des milieux qui posent de nombreux défis à ceux qui les fréquentent, mais elle contribue aussi à des perspectives inédites enrichissant le dialogue intellectuel ».
Pour les lycéens, l’expérience est tout aussi enrichissante, leur offrant une application concrète de leurs compétences dans un cadre professionnel et humain.
« Ce projet tripartite est extrêmement porteur et bénéfique pour nos élèves, il induit bien plus qu’un enseignement purement disciplinaire. Les liens tissés permettent d’appréhender des compétences psychosociales qui sont essentielles pour le développement de notre public adolescent », explique Stephanie Lounas, professeure référente.
Un espace de respiration pour les patients et les soignants
Au-delà de la création, les ateliers offrent un véritable espace de liberté et d’échange, loin du cadre thérapeutique strict.
L’expertise de Justine Merri-Preira, psychologue du service de médecine physique et de réadaptation (MPR) de l’hôpital, est précieuse pour comprendre l’impact du projet : « Cet atelier a été un moment profondément vivant, où professionnels et patients ont pu se rencontrer autrement, dans un véritable espace de partage. À travers le tableau, les mots viennent peu à peu ; on ose dire, faire de la poésie, se livrer, déplacer les lignes. Nous nous retrouvons simplement ensemble dans l’expérience de l’art ».
Ce sentiment de libération est corroboré par les participants. Paumeline, patiente au pavillon Kermès, témoigne de ce besoin : « À l’hôpital et dans notre parcours de soins, nous devons respecter des procédures rigoureuses, il n’y a pas de place au hasard pour réussir notre rééducation. Quand toute la journée, on est dans l’effort, dans le contrôle, on travaille dur pour retrouver nos appuis, ici on a le droit de lâcher prise. C’est déstabilisant forcément ; mais quel soulagement enfin de réapprivoiser notre mental, notre imaginaire ».
Cette « respiration » profite également aux soignants, comme Thibaut Barrois qui confie : « Je me laisse porter par la vague bienveillante du collectif, la liberté de l’artiste […], et je décolle, je laisse danser les mots, je me laisse danser ».
Le drap, un support chargé de symboles
Le choix de peindre sur des draps d’hôpital n’est pas anodin.
Il est porteur d’une forte charge symbolique, comme l’analyse Catherine Parayre : « Le drap c’est l’hôpital et son nombre de lits disponibles mais c’est aussi l’intimité ; le seul morceau de tissu qui nous accompagne tout au long de notre vie du couffin jusqu’au linceul. C’est aussi la relation amoureuse, les enfants, les rêves… la porte et l’imaginaire s’ouvrent encore une fois ».
Recycler ces draps dans un processus créatif devient alors une métaphore puissante de la renaissance, à la fois physique et morale. Une manière de transformer le symbole du soin en une ode à la vie et à l’imagination.
via Press Agence.


