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ALIXAN : Vincent LEGRAND : « Recentrer les financements sur les rénovations réellement performantes »

À Alixan, près de Valence, Dorémi analyse la réouverture de MaPrimeRénov’, jugée vitale mais bridée par des contraintes budgétaires strictes.

Le soulagement est palpable, mais la vigilance reste de mise. Après plusieurs semaines de suspension faute de budget, le guichet MaPrimeRénov’ a officiellement rouvert ses portes ce lundi 23 février 2026. Pour les acteurs de la filière, notamment l’entreprise solidaire d’utilité sociale Dorémi, basée dans la Drôme, cette reprise était attendue tant par les professionnels que par les ménages. Elle marque le retour du soutien public aux « rénovations d’ampleur », un segment qui avait été mis à l’arrêt alors que seuls les travaux isolés (monogestes), jugés moins efficaces pour la performance énergétique globale, continuaient d’être financés.

Cependant, cette réouverture s’accompagne de nouvelles règles du jeu qui inquiètent les experts de la rénovation performante. Le dispositif semble désormais soumis à une politique de rigueur qui pourrait freiner la dynamique enclenchée ces dernières années.

Des incohérences techniques persistantes

Depuis octobre dernier, l’accès à la rénovation d’ampleur a été drastiquement restreint aux logements les plus énergivores, classés E, F et G au Diagnostic de Performance Énergétique (DPE). Une décision qui exclut de fait une partie du parc immobilier nécessitant des améliorations. Si les travaux d’isolation des murs ou l’installation de chaudières biomasse ne sont plus éligibles lorsqu’ils sont réalisés seuls, une exception notable subsiste : les pompes à chaleur.

Ces équipements restent financés, y compris lorsqu’ils sont installés dans des passoires thermiques non isolées. Pour Dorémi, il s’agit d’une incohérence majeure dans la politique publique : installer un système de chauffage puissant dans une maison non isolée oblige à surdimensionner l’équipement, augmentant ainsi la consommation. Une fois l’isolation réalisée ultérieurement, ce chauffage deviendra inadapté, créant un non-sens technique et économique.

Des objectifs et des budgets revus à la baisse

Le cadre budgétaire pour l’année 2026 est désormais fixé : 3,6 milliards d’euros de crédits de l’État, abondés par 500 millions d’euros via les Certificats d’Économie d’Énergie (CEE). Si la rénovation énergétique demeure un pilier affiché, les ambitions chiffrées marquent un net recul. Les objectifs annoncés tablent sur 150 000 monogestes et seulement 120 000 rénovations d’ampleur.

Ce chiffre est bien en deçà des ambitions précédentes du gouvernement, qui visait 200 000 rénovations d’ampleur en 2025. Le volume réel prévu pour 2026 pourrait même être encore plus faible, aux alentours de 52 000 logements pour les rénovations d’ampleur, alors même que 45 000 dossiers déposés en 2025 seraient encore en attente de traitement. Ce ralentissement intervient paradoxalement alors que les ménages semblent se détourner des monogestes, dont le nombre baisse structurellement, signe d’une prise de conscience de leur efficacité limitée.

Un parcours administratif complexifié

Autre frein identifié : l’instauration d’un rendez-vous obligatoire avec un conseiller France Rénov’ avant tout dépôt de dossier. Officiellement justifiée par la volonté de limiter les fraudes, cette mesure laisse sceptique. Les niveaux de fraude sur MaPrimeRénov’ sont en réalité très bas, notamment grâce à l’intervention des Accompagnateurs Rénov’. Pour les acteurs de terrain, cette étape supplémentaire risque surtout d’engorger le système et de ralentir le dépôt des nouveaux dossiers.

Parallèlement, les subventions ont été rabotées depuis octobre 2025. Les plafonds de dépenses éligibles ont été ramenés à 30 000 € hors taxes pour un gain de deux classes énergétiques, et 40 000 € pour un gain de trois classes. Pour les ménages très modestes, le taux de financement atteint 80 %, mais le reste à charge augmente mécaniquement. Les projets risquent ainsi de glisser de la « rénovation performante » vers de simples « premières étapes », repoussant l’atteinte des objectifs climatiques.

La preuve par l’exemple

Pourtant, la faisabilité technique et l’efficacité de la rénovation globale ne sont plus à prouver. Les suivis réalisés par Dorémi montrent qu’après travaux, la consommation moyenne de chauffage chute à 34 kWhEP/(m².an), soit une performance supérieure à l’objectif national de 50 kWhEP/(m².an). Cela se traduit concrètement par une division par 4 à 8 des factures de chauffage.

« La rénovation performante repose sur une approche globale : visualiser la maison quand elle sera rénovée et donc performante, en isolant l’enveloppe, en assurant une ventilation, et un chauffage performant, puis mettre en œuvre le maximum de postes de travaux, en gérant les interfaces postes. C’est cette cohérence technique qui permet de transformer durablement une passoire énergétique en logement très économe, confortable et sain, et de sortir les ménages de la précarité énergétique », souligne Vincent Legrand, président de Dorémi.

Pour l’entreprise drômoise, l’heure est à la consolidation. Après les « stop & go » successifs de 2025 qui ont fragilisé les entreprises de travaux et les accompagnateurs, la filière réclame de la stabilité et un recentrage des aides sur les projets réellement performants.