AIX EN PROVENCE : Guillaume NESA : « Sans moyen de contrôle…
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AIX EN PROVENCE : Guillaume NESA : « Sans moyen de contrôle, on laisse prospérer une zone grise »
Face à la recrudescence des accidents liés au protoxyde d’azote, l’entreprise aixoise Olythe propose une solution de détection inédite pour combler le vide juridique actuel.
Le constat dressé par l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) est sombre. Avec 3 260 décès recensés sur les routes en 2025, soit une augmentation de 2,1 % par rapport à l’année précédente, la France peine à endiguer la mortalité routière. Parmi les causes identifiées de cette dégradation, l’usage détourné du protoxyde d’azote, communément appelé « gaz hilarant », inquiète les autorités. Si le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a affirmé qu’« il y a urgence à agir » et souhaite légiférer rapidement pour pénaliser l’usage et le transport de cette substance, l’application concrète de ces mesures se heurte à une réalité technique : l’absence d’outils de dépistage fiables pour les forces de l’ordre.
Une substance invisible aux contrôles classiques
Les effets de ce gaz sur la conduite sont pourtant avérés. Une étude de l’association « 40 millions d’automobilistes » révèle que la consommation de protoxyde d’azote multiplie par trois le temps de réaction, entraînant vertiges et désorientation. Le défi majeur réside dans la volatilité du produit. Contrairement à l’alcool ou aux stupéfiants classiques, ce gaz disparaît très vite de l’organisme, rendant les prises de sang inefficaces quelques minutes après l’inhalation. « Le protoxyde d’azote est rapidement éliminé par l’organisme, ce qui rend les analyses sanguines peu pertinentes dans le temps. Résultat : un conducteur peut avoir consommé quelques minutes auparavant sans pouvoir être inquiété », a expliqué Guillaume Nesa, fondateur d’Olythe.
Une innovation technologique aixoise
C’est pour pallier cette carence que la société Olythe (https://www.olythe.io/), basée à Aix-en-Provence, a développé le dispositif OCIN₂O. Utilisant une technologie infrarouge non dispersive (NDIR), cet appareil fonctionne sur le même principe qu’un éthylotest et permet de détecter la molécule de N₂O dans l’air expiré en une minute, et ce jusqu’à cinq heures après la consommation. « C’est un échantillon simple à prélever, facile à utiliser pour les forces de l’ordre, et surtout adapté à une substance qui disparaît vite de l’organisme », a précisé Guillaume Nesa.
L’enjeu de l’applicabilité de la loi
Déjà testée par les polices belge et danoise, cette technologie pourrait offrir à l’exécutif français le chaînon manquant pour rendre la future législation opérante. Pour le dirigeant de l’entreprise aixoise, l’innovation doit désormais s’accompagner d’une reconnaissance officielle des outils de dépistage. « Sans moyen de contrôle, on laisse prospérer une zone grise extrêmement dangereuse », a alerté Guillaume Nesa, soulignant que la prévention ne pourra être efficace tant que les conducteurs sauront qu’ils échappent aux radars des contrôles actuels.