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BORMES LES MIMOSAS : À l’atelier « Les Bibis du Midi…

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BORMES LES MIMOSAS : À l’atelier « Les Bibis du Midi », Clémence GRISOT fait vivre l’art du chapeau

Dans le vieux village de Bormes-les-Mimosas, l’atelier-boutique « Les Bibis du Midi » abrite depuis quelques années une nouvelle gérante.

Clémence Grisot, 32 ans, modiste de formation, y fabrique des chapeaux sur mesure et perpétue un savoir-faire artisanal présent dans le village depuis 1999.

Un parcours guidé par les métiers manuels et la mode

Le goût de Clémence pour la création remonte à l’enfance.

« Petite, je dessinais beaucoup, je crayonnais des poupées, des silhouettes avec beaucoup d’accessoires, notamment des chapeaux, des chaussures et des sacs », se souvient-elle.

À la sortie du collège, une conseillère d’orientation l’aiguille alors qu’elle rêve de devenir styliste. Elle s’engage dans un Bac pro métiers de la mode, où elle découvre la couture, le moulage sur mannequin et le contact avec la matière.  À l’issue du baccalauréat, une nouvelle rencontre avec une conseillère d’orientation lui ouvre d’autres horizons. L’enseignement, très orienté vers l’assistance par ordinateur, ne correspond pas à sa recherche d’un travail plus artisanal. Elle bifurque alors vers un lycée de Dole, dans le Jura, qui propose une formation aux costumes de spectacle. Elle obtient ainsi un DTMS (Diplôme Technicien Métiers du Spectacle), option habillage, puis un DMA (Diplôme Métiers d’Art), option costumier-réalisateur, équivalent d’un BTS. Une formation riche, mêlant cours de théâtre et étude du costume historique.

Une année supplémentaire est ensuite consacrée à la broderie perlée, « un bagage complémentaire », même si cette technique n’a finalement pas trouvé sa place dans ses créations actuelles. C’est à ce moment que Clémence se tourne vers le chapeau, après un premier stage effectué en 2013.

« Le chapeau est un univers extraordinaire. Ce qui me plaît, c’est justement toute la diversité des techniques », confie-t-elle, évoquant une dimension de bricolage et d’amusement qui l’a immédiatement séduite.

Son parcours s’achève en 2017 avec l’obtention d’un CAP Chapelier Modiste à Lyon.

De Bormes-les-Mimosas, lieu de vacances, à la reprise de l’atelier

C’est dans le cadre de ce CAP qu’un stage doit être effectué. Bormes-les-Mimosas, où la jeune artiste venait en vacances depuis l’enfance, lui est alors familier : elle connaît, dans le vieux village, l’atelier de création de chapeaux « Les Bibis du Midi », pour y avoir vu travailler l’ancienne gérante. Elle postule pour y faire son stage. Sa candidature est acceptée et les deux femmes passent un mois ensemble en 2017. À l’issue de ce stage, l’ancienne gérante lui propose de reprendre l’atelier-boutique.

À 23 ans, Clémence estime ne pas être prête : « 2017, c’est un peu tôt pour moi. Je ne me sens pas suffisamment mature à l’époque pour reprendre la gérance d’un établissement ».

Elle reste alors dans une dynamique d’études et continue de venir à Bormes-les-Mimosas en vacances. Trois ans plus tard, en 2020, elle décide finalement de tenter l’aventure. Durant la saison 2020-2021, elle apprend la gestion de l’atelier en collaboration avec la gérante, alors en fin de carrière, et découvre le fonctionnement saisonnier de l’activité.

« Elle me laisse un peu les rênes (…) j’avais carte blanche pour avoir un espace de création et, en même temps, je servais les clients », précise-t-elle.

Les discussions autour de la transmission de l’atelier débutent en 2022. La jeune modiste rachète le lieu en juin 2023 et signe le bail la même année. En 2024, elle devient officiellement la nouvelle gérante. En 2026, elle entame sa troisième véritable saison à la tête de l’établissement.

« Je dirais que c’est le métier qui m’a choisi, car j’ai eu cette opportunité, j’ai voulu tenter le coup et, de fil en aiguille, j’apprends à maîtriser le métier », résume-t-elle.

Sa sensibilité pour le travail de finition et la dextérité relèvent presque de l’inné : « Ce sont des choses ancrées dans mon ADN ».

Elle a également développé, sur le terrain, une véritable fonction de visagiste : « J’analyse le teint, les yeux et les cheveux, donc je sais quoi mettre sur la tête de la personne ».

« Le chapeau, c’est vous » : un accessoire pour tous

Pour la jeune femme,  le chapeau est un accessoire à réhabiliter dans le quotidien.

« Tout le monde peut porter le chapeau. C’est un accessoire que l’on a délaissé : vu que c’est sur la tête, on est tout de suite observé, vu », souligne-t-elle.

Elle rappelle qu’il y a un siècle encore, personne ne sortait tête nue.

« Tout l’enjeu pour moi aujourd’hui, c’est de réapproprier le chapeau de manière quotidienne. On peut rester dans le classique, le tout est de se sentir bien. Le chapeau, c’est vous : quand la personne le met, ça doit être une évidence. Il ne faut pas le sentir sur la tête », explique-t-elle.

Les moules en bois, supports essentiels du travail

Au cœur de son atelier, les moules en bois occupent une place centrale.

Ce sont mes supports de travail, et dessus je viens mouler toutes sortes de matériaux : du feutre pour les articles d’hiver, de la paille pour les articles d’été », détaille-t-elle.

La magie du chapeau réside aussi dans cette capacité à détourner la matière : plumes, voilettes, soie et autres textiles peuvent venir habiller une forme. Les moules proviennent en partie de la chine, où Clémence trouve des pièces d’occasion, parfois des formes des années 1930-1940 qui ne se fabriquent plus aujourd’hui, comme certains petits bibis aux formes très particulières. Elle fait aussi fabriquer des moules sur mesure par des formiers, sculpteurs de bois spécialisés dans la confection de moules pour modistes, que l’on retrouve en Hollande, en France ou en Angleterre. Le bois utilisé est le tilleul, un bois tendre dans lequel les punaises s’enfoncent aisément ce qui facilite la confection. Le choix des matériaux suit également le rythme des saisons : l’été, Clémence travaille des matières fraîches comme la paille de blé, le sisal ou la fibre de bananier ; l’hiver, place au feutre et aux lainages, plus chauds.

Une boutique-atelier entre vente, création et conseil sur mesure

L’établissement se divise en deux espaces. Sous la tonnelle, à l’extérieur, se trouve la partie boutique, où sont exposées les créations. À l’intérieur, Clémence confectionne ses chapeaux et reçoit sur rendez-vous une clientèle venue pour des projets sur mesure, principalement des mariages, mais pas seulement. Pour une commande personnalisée, plusieurs critères entrent en jeu : la destination du chapeau, son usage — un accessoire pratique pour le voyage, par exemple, doit-il être pliable ? — ainsi que la saisonnalité. En été, la transpiration impose des matériaux légers, ce qui guide le choix des formes et des couleurs.

Le nom de l’atelier puise ses origines dans l’histoire du chapeau : « À la base, les bibis, c’étaient les petits chapeaux des années 50, qui étaient juste posés sur le côté », rappelle Clémence Grisot, qui s’est notamment formée à la technique de la paille cousue.

Cet article est aujourd’hui phare dans son travail : elle utilise la paille de blé, la paille sisal, la paille papier, le Buntal (tissé aux Philippines), la fibre de bananier. Elle propose aussi bien des créations pour le quotidien que pour les mariages, et réalise elle-même les teintures, avant de composer des associations de couleurs.

« Je suis très observatrice de mon environnement, le botanique, qui est omniprésent dans le village », souligne-t-elle.

Au-delà des chapeaux, Clémence conçoit également des pochettes assorties, dans les mêmes teintes, réalisées notamment en fibre de bananier ou en sisal. Des bijoux, des étoles, des sacs en raphia, des éventails, des bandeaux de tête et des turbans viennent également enrichir la boutique. À titre d’exemple, la jeune modiste coud actuellement un calot en paille de blé. Cette technique débute par ce que l’on appelle le « rontonchon », point de départ de la couture de la tresse de paille en colimaçon, à partir duquel se construit la calotte du chapeau. La couture se poursuit en prenant l’empreinte d’un moule, afin que le résultat soit le plus net possible — ici, pour un petit calot inspiré des années 50. La tresse de paille, quant à elle, se déroule au fur et à mesure depuis un dévidoir. Au-delà de son aspect esthétique, le chapeau reste pour cette créatrice, un accessoire utile au quotidien, qui protège aussi bien des agressions du soleil que du froid.

Sa clientèle se compose à la fois d’habitants du village et de touristes, traités selon la même politique : « Je guide vraiment les personnes, j’adapte les matériaux en fonction du budget », assure-t-elle.

Préserver un savoir-faire et une tradition de créateurs

Pour la jeune gérante, son rôle dans cette boutique répond avant tout à une volonté de préserver un patrimoine et un savoir-faire artisanal présent depuis 1999.

« Bormes-les-Mimosas est un village de créateurs. Il y avait plus de créateurs que ça il y a vingt ans : poursuivre l’artisanat est une valeur qui m’est chère », conclut Clémence.

Laurette PARAY (texte et photo).

A noter :

Les Bibis du Midi

1 montée de l’écureuil

83230 Bormes-les-Mimosas

06 22 70 13 31

Instagram : lesbibisdumidi_

Facebook : Les bibis du Midi_