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PARIS : Jean-Daniel Lévy : « L’IA devient un acteur discret mais réel de la décision électorale »

Un rapport de Terra Nova révèle que 16% des électeurs, dont 35% des jeunes, ont utilisé l’IA pour leur vote aux dernières municipales.

L’intelligence artificielle s’est discrètement invitée dans l’isoloir. Selon un rapport inédit du think tank Terra Nova publié ce lundi 18 mai 2026, l’IA n’est plus un simple outil de recherche d’information mais commence à s’imposer comme un facteur d’influence dans le choix électoral. L’étude, rédigée par Jean-Daniel Lévy et basée sur une enquête Toluna Harris Interactive pour RTL et M6 lors du premier tour des élections municipales du 15 mars dernier, dresse le portrait d’une mutation silencieuse mais profonde du comportement des citoyens face aux urnes.

Une percée discrète mais significative

Si les canaux traditionnels comme les tracts (utilisés par 59% des électeurs), les professions de foi (57%) ou encore le bouche-à-oreille (47%) dominent encore largement, l’IA a déjà dépassé le stade de la simple curiosité technologique. Au total, 16% des électeurs déclarent y avoir eu recours pour les aider à faire leur choix. L’analyse montre que pour 7% d’entre eux, l’IA a conforté une décision déjà prise, tandis que pour 5%, elle a provoqué un changement de vote. Plus révélateur encore, 4% des utilisateurs, en pleine indécision, affirment que l’IA a été l’élément déterminant pour arrêter leur choix. « En touchant plus d’un électeur sur dix, en influençant directement le choix de vote dans près d’un tiers des cas, l’IA s’est imposée comme une nouvelle source non seulement d’information mais d’aide au choix », souligne Jean-Daniel Lévy, directeur délégué de Toluna France.

Un profil d’utilisateur marqué par l’âge et le milieu social

Le recours à l’intelligence artificielle pour le vote est loin d’être uniforme au sein de la population. Le clivage générationnel est saisissant : si seulement 1% des plus de 75 ans ont utilisé ces outils, la proportion explose à 35% chez les 18-24 ans. Les hommes (20%) se montrent également plus enclins à consulter l’IA que les femmes (10%). Fait plus surprenant, l’étude révèle que cette pratique n’est pas l’apanage des catégories socioprofessionnelles les plus favorisées. Au contraire, les électeurs issus des PCS- (24%) et disposant des plus faibles revenus (28%) ont davantage utilisé l’IA que la moyenne. Le phénomène est aussi nettement plus urbain que rural, l’IA jouant un rôle de médiation informationnelle accru dans les grandes agglomérations où le lien avec les candidats est plus distant.

Des motivations de vote décalées des enjeux locaux

L’étude met en lumière une différence notable dans les préoccupations des électeurs selon qu’ils aient utilisé l’IA ou non. Les non-utilisateurs ont priorisé des enjeux de proximité très concrets : la sécurité, l’aménagement de la commune, la santé ou encore le maintien des services publics. À l’inverse, les utilisateurs de l’IA, souvent plus urbains, se sont davantage concentrés sur des thématiques nationales ou transversales, telles que le logement (une préoccupation pour 22% d’entre eux contre 17% des non-utilisateurs), l’immigration (18% contre 14%) ou les enjeux du numérique (11% contre 2%). Cette tendance, observe le rapport, montre que l’IA a pu « déplacer » le regard des électeurs, les rendant moins attentifs aux problématiques purement municipales.

Un signal faible pour les scrutins nationaux à venir

Pour Terra Nova, les résultats des élections municipales de 2026 agissent comme un « signal faible » d’une transformation en devenir qui pourrait prendre une tout autre ampleur lors des prochaines échéances nationales, notamment l’élection présidentielle. « À la présidentielle, quelques points de pourcentage peuvent décider de la configuration de second tour… voire du vainqueur. Dans ce cadre, une influence sur 5% des électeurs peut avoir de fortes conséquences politiques », prévient Jean-Daniel Lévy. La question centrale n’est plus de savoir si l’IA sera utilisée, mais plutôt qui la concevra, comment l’information sera hiérarchisée et quels garde-fous démocratiques seront mis en place. L’IA pourrait ainsi devenir un acteur silencieux mais structurant, capable d’influencer le choix de millions de Français.

Le rapport complet, intitulé « IA et politique : vers un outil d’aide, voire d’influence sur la décision ? », est disponible en libre accès sur le site internet de Terra Nova (www.tnova.fr). Terra Nova est un think tank progressiste indépendant qui produit des analyses et des propositions politiques.