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PARIS : Fondation Jean-Jaurès – Stratégie de défense…

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PARIS : Fondation Jean-Jaurès – Stratégie de défense, la France doit acter son pivot vers l’Europe

Par Renaud Bellais et Axel Nicolas.

Face aux bouleversements géopolitiques en cours, le président de la République a proposé que la France revoit sa stratégie de défense. Concrètement, une actualisation d’un document appelé « Revue nationale stratégique » est en cours et doit être remise au président en mai. Pour Renaud Bellais et Axel Nicolas, codirecteurs de l’Observatoire de la défense de la Fondation Jean-Jaurès, la méthode est aussi importante que le résultat : elle doit être inclusive vis-à-vis de la société civile et de nos alliés. Selon eux, la France doit également faire son « pivot vers l’Europe », y compris en assumant en acte la dimension européenne de sa dissuasion nucléaire.

Une nécessité face à un monde en mutation

L’affaiblissement du multilatéralisme, la militarisation croissante de la Chine, l’instabilité du Moyen-Orient et surtout l’agression russe contre l’Ukraine imposent à la France de revoir son approche stratégique. Le désengagement progressif des États-Unis du continent européen, accentué par les incertitudes liées à l’administration Trump, place l’Union européenne face à ses responsabilités. La France doit donc renforcer son autonomie stratégique tout en consolidant la coopération avec ses partenaires européens.

Trois axes prioritaires pour une stratégie claire

Prioriser les zones d’intérêt stratégiques

L’actualisation de la Revue nationale stratégique (RNS) doit distinguer trois cercles d’intérêt géostratégiques qui doivent pondérer les efforts de défense :

– La protection du territoire national, qui demeure la priorité absolue

– La sécurité du continent européen et son voisinage immédiat, notamment l’est, y compris dans ses approches maritimes

– L’Indo-Pacifique, qui reste un enjeu majeur pour les flux commerciaux avec une attention particulière aux détroits et canaux (Suez, Bab-el-Mandeb, Malacca)

Mieux articuler les différentes modalités de dissuasion

Si la dissuasion nucléaire demeure un pilier central de la stratégique française, la France doit également développer une dissuasion conventionnelle plus crédible et efficace. Cela passe, pour les auteurs, par :

– Une capacité à infliger des pertes importantes à un agresseur potentiel

– Un développement de la stratégie de déni d’accès et d’interdiction, soit une augmentation des capacités de frappe et de défense anti-aérienne

– Une meilleure intégration avec les différentes forces européennes pour garantir une réponse collective et efficace

Agir entre Européens pour une défense de l’Europe

La France doit assumer son rôle de moteur dans la construction d’une véritable autonomie stratégique européenne en :

– Le déploiement de troupes et de capacités militaires sur le territoire d’autres pays, notamment sur le flanc est pour compenser le retrait progressif des troupes américaines

– Le dialogue avec nos voisins de l’Union européenne est indispensable pour l’augmentation des budgets nationaux pour que ceux-ci soient pensés de manière cohérente et en adéquation avec les programmes de l’Union européenne

– La mutualisation, dans une certaine mesure, des efforts en matière d’innovation militaire, notamment sur les drones, l’intelligence artificielle et les systèmes autonomes.

Un tournant stratégique indispensable

L’actualisation de la RNS doit être l’occasion d’un véritable virage stratégique, affirmant le pivot français vers l’Europe. Il est temps de traduire dans les faits les déclarations sur l’autonomie stratégique européenne en renforçant les engagements militaires, diplomatiques et industriels entre Européens. Cette démarche ne peut réussir que si elle s’accompagne d’une plus grande transparence vis-à-vis de la société civile et d’un dialogue renforcé avec nos alliés.