VIGNEUX-SUR-SEINE : Corinne Vezzoni : « Transformer l’exist…
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VIGNEUX-SUR-SEINE : Corinne Vezzoni : « Transformer l’existant doit devenir un principe de base »
À Vigneux-sur-Seine (Essonne), le projet de démolition d’un quartier relance le débat sur la réhabilitation du patrimoine du 20ème siècle.
Face à l’urgence climatique et à la disparition progressive de nombreux témoins architecturaux du siècle dernier, la question de la transformation du bâti existant s’impose comme un défi majeur. Le cas du quartier des Briques rouges à Vigneux-sur-Seine, où plusieurs édifices sont voués à la démolition, cristallise les tensions entre rénovation urbaine, préservation du patrimoine et impératifs écologiques. L’agence d’architecture Corinne Vezzoni et Associés s’est saisie de ce dossier pour défendre une vision alternative, plaidant pour une réhabilitation intelligente plutôt qu’une destruction systématique.
Un patrimoine remarquable menacé de démolition
Au cœur du débat se trouve l’ancienne Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM), un édifice emblématique réalisé en 1972 par Paul Chemetov et Jean Deroche, deux figures majeures de l’architecture publique de l’après-guerre en France. Ce bâtiment fait partie intégrante du quartier des Briques rouges, un ensemble urbain des années 1960-1970 aujourd’hui distingué par le label « Architecture contemporaine remarquable ». Ce label vise précisément à encourager la réutilisation et l’adaptation de constructions récentes, reconnaissant ainsi leur valeur historique et architecturale.
Pourtant, plusieurs permis de démolir visant ces bâtiments ont été délivrés en août 2025, relançant la question de la fragilité de ce patrimoine moderne. Longtemps peu considéré, le bâti de la seconde moitié du 20ème siècle suscite un intérêt croissant, car il témoigne d’une période décisive de l’histoire urbaine française. Pour de nombreux observateurs, sa disparition progressive constitue une perte mémorielle et culturelle irréversible.
La réhabilitation, une alternative crédible et écologique
En réponse à ce projet de démolition, l’agence Corinne Vezzoni et Associés a démontré qu’une autre voie était possible. Dans le cadre des réflexions sur l’avenir du site, elle a proposé un projet transformant l’ancienne CPAM en un nouveau programme culturel, prouvant la viabilité d’une réhabilitation ambitieuse. Cette démarche interroge les méthodes actuelles d’aménagement, où l’option de la conservation n’est pas toujours étudiée avec la rigueur nécessaire.
« En proposant de transformer plutôt que démolir, l’agence a volontairement pris le parti de s’écarter du programme initial. La démolition n’est jamais un geste neutre. Transformer l’existant permet de préserver la mémoire des lieux tout en limitant l’empreinte environnementale des projets », explique Corinne Vezzoni. « Si cette approche est aujourd’hui de plus en plus partagée, elle mérite encore d’être pleinement intégrée dans l’ensemble des politiques d’aménagement. À l’heure des enjeux climatiques, elle ne devrait plus être une alternative, mais un principe de base dans la conception des projets. Le projet de Vigneux met en lumière la nécessité de mieux articuler les objectifs de transition écologique avec les cadres de conception des projets ».
Une philosophie appliquée à d’autres projets
Cette conviction n’est pas nouvelle pour l’agence marseillaise. Elle s’est déjà manifestée dans d’autres propositions de projets qui, bien que non retenues, témoignent d’une même philosophie. À Toulon, dans le cadre d’un concours pour la rénovation du Palais de justice, l’agence avait conçu une approche visant à préserver l’édifice historique tout en y intégrant des interventions contemporaines pour en améliorer le fonctionnement. De même, à Sèvres, un projet pour les réserves de la Cité de la Céramique démontrait comment une architecture nouvelle pouvait valoriser un patrimoine existant sans l’effacer, dans un dialogue respectueux entre les époques.
Un double enjeu, patrimonial et environnemental
Au-delà de la seule mémoire des lieux, l’enjeu est également écologique. Le secteur du bâtiment est l’un des plus grands émetteurs de gaz à effet de serre, représentant près de 40 % des émissions mondiales liées à l’énergie. Dans ce contexte, réhabiliter plutôt que démolir pour reconstruire apparaît comme un levier essentiel de la transition écologique, permettant de réduire considérablement l’empreinte carbone des projets urbains. Le cas de Vigneux-sur-Seine pose ainsi une question fondamentale : comment renouveler la ville sans effacer son histoire et sans aggraver la crise climatique ?
Dirigée par Corinne Vezzoni, Pascal Laporte et Maxime Claude, l’agence Corinne Vezzoni et Associés intervient depuis plus de vingt ans sur des projets d’architecture et d’urbanisme. Connue pour ses réalisations majeures comme le Centre de conservation du MuCEM à Marseille ou le quartier Chalucet à Toulon, elle défend une architecture contextuelle, durable et respectueuse de l’existant. Plus d’informations sont disponibles sur le site de l’agence (https://www.vezzoni-associes.com/).


