TOURS : Bertrand Fougère : « La réussite n’est pas de repou…
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TOURS : Bertrand Fougère : « La réussite n’est pas de repousser le vieillissement, mais de grandir avec lui »
Le gériatre Bertrand Fougère publie un ouvrage pour déconstruire les idées reçues sur l’âge et invite à préparer sa vieillesse dès la jeunesse.
Dans une société où le jeunisme règne souvent en maître, le vieillissement est fréquemment perçu comme une fatalité, voire un naufrage. C’est contre cette vision pessimiste que s’élève le professeur Bertrand Fougère, gériatre au CHU de Tours, dans son nouveau livre *L’âge, c’est dans la tête*. À paraître le 12 mars aux éditions Vuibert, cet ouvrage se veut un manuel de résistance positive face au temps qui passe. L’expert y défend une thèse audacieuse : vieillir n’est pas un déclin, mais une opportunité de se réinventer, à condition de s’y préparer le plus tôt possible.
Changer de paradigme : l’adaptation plutôt que la lutte.
Le message central de l’ouvrage est limpide : « Si on veut être un vieux en bonne santé, il faut d’abord être un jeune en bonne santé ». Pour l’auteur, l’enjeu n’est pas de chercher à rester éternellement jeune, une quête illusoire et épuisante, mais de rester « vivant, authentique et pleinement soi-même » à chaque étape de l’existence.
Bertrand Fougère insiste sur la notion d’adaptation. Selon lui, ce sont nos capacités à nous ajuster aux changements qui font la différence. « Vieillir ce n’est pas lutter contre le temps, c’est apprendre à l’apprivoiser et à l’accompagner », explique le professeur. Cette philosophie implique d’accepter certains renoncements pour mieux conquérir de nouveaux territoires, qu’ils soient intellectuels, relationnels ou émotionnels. L’immobilité est l’ennemi ; le mouvement, sous toutes ses formes, est la clé. Comme le résume une formule choc du livre : « On ne s’arrête pas quand on vieillit, mais on vieillit quand on s’arrête ».
Le paradoxe du bien-être : heureux à 65 ans.
L’un des points les plus surprenants relevés par le gériatre est ce que les scientifiques nomment le « paradoxe du bien-être ». Contrairement à l’imaginaire collectif qui associe l’avancée en âge à la tristesse et à l’isolement, les courbes de bonheur démentent ces préjugés. S’appuyant notamment sur les travaux d’Olivier de Ladoucette, l’auteur rappelle que c’est autour de 65 ans que l’on se sent, en moyenne, le plus heureux.
Comment expliquer ce phénomène ? Les recherches en neurosciences et en psychologie suggèrent une amélioration de la régulation émotionnelle avec les années. L’expérience permet de mieux gérer le stress, de relativiser les tracas du quotidien et de faire preuve de plus de tolérance envers soi-même. « Avec l’âge, on apprend à dire non sans culpabilité, on distingue l’essentiel du superflu », analyse Bertrand Fougère. Cette capacité à trier, à conserver les relations nourrissantes et à écarter ce qui épuise inutilement, constitue un atout majeur de la maturité.
Déconstruire les mythes médicaux et sociaux.
Le livre s’attaque méthodiquement aux clichés qui collent à la peau des seniors. Le professeur Fougère passe au crible les idées reçues pour rétablir des vérités scientifiques rassurantes.
Sur le plan cognitif, l’idée selon laquelle nous perdrions irrémédiablement des neurones est battue en brèche. La neurogenèse, c’est-à-dire la production de nouveaux neurones et la formation de nouvelles connexions, se poursuit jusqu’à 90 ans, pour peu que l’on stimule son cerveau.
Concernant la vie intime, l’auteur rassure : la sexualité ne disparaît pas, elle se transforme. Moins axée sur la performance, elle devient souvent plus libre, laissant place à une meilleure connaissance de soi et à une communication accrue.
Le sport n’est pas non plus à bannir, bien au contraire. « Le sport, ce n’est plus de mon âge » est une phrase que le médecin considère comme contre-productive. L’activité physique reste le levier principal pour préserver la masse musculaire, l’équilibre et même l’humeur. L’impératif est simplement d’adapter sa pratique, car la sédentarité demeure le véritable danger.
Des clés concrètes pour une prévention active.
Au-delà de la philosophie, l’ouvrage se veut un guide pratique articulé autour de huit grandes thématiques : le sommeil, l’alimentation, l’activité physique, la mémoire, le poids, la sexualité, la santé mentale et les transformations hormonales. L’objectif est de donner au lecteur les moyens de comprendre ce qui se joue dans son corps et d’ajuster ses habitudes « sans injonction ni culpabilité ».
Le gériatre aborde également la question du poids, précisant que grossir n’est pas une fatalité liée à l’âge, mais souvent la conséquence d’un décalage entre un métabolisme qui change et des habitudes alimentaires qui stagnent. De même, il démystifie la fameuse « crise de la cinquantaine », expliquant que le malaise vient moins de l’âge que du sentiment de ne plus progresser.
Le regard complice d’Antoine de Caunes.
La préface est signée par Antoine de Caunes. Avec l’humour qu’on lui connaît, l’animateur et comédien apporte son témoignage personnel. « Du haut de mes soixante-douze balais », écrit-il, il valide l’approche du médecin. Pour lui, vieillir est « une nouvelle aventure, la dernière de toute évidence », qui s’enrichit de toutes les précédentes.
Antoine de Caunes met en garde contre un poison violent : la nostalgie. « C’est gluant la nostalgie. Ça vous empêche de voir ce que la vie a de merveilleux », affirme-t-il, invitant à regarder devant soi sans amertume. Une vision qui rejoint celle de Bertrand Fougère : considérer le temps devant soi comme un privilège et une infinité de possibles.
Professeur de gériatrie à l’Université et au CHU de Tours, Bertrand Fougère est une figure reconnue de la prévention de la perte d’autonomie. Chroniqueur pour le magazine *Vieux* et intervenant régulier dans *Le Magazine de la santé* sur France 5, il livre ici une ordonnance de vitalité accessible à tous.