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ROUEN : Evemarie : « Les violences physiques et morales n’é…

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ROUEN : Evemarie : « Les violences physiques et morales n’étaient pas normales, ni hier ni aujourd’hui »

L’autrice Evemarie publie une BD autobiographique sur les violences scolaires et y révèle le nom d’un pensionnat rouennais mis en cause.

Ce mercredi 18 mars 2026 paraît aux éditions Robinson le roman graphique autobiographique *L’école est finie*. Signé par l’autrice Evemarie et préfacé par Fabcaro, l’ouvrage porte un regard à la fois lucide, mordant et teinté d’humour sur le système scolaire des années 90. À travers son parcours personnel, elle aborde de front les thèmes du harcèlement, du décrochage et des violences institutionnelles, un témoignage qui entre en résonance directe avec de récentes affaires qui secouent le monde de l’éducation.

Un témoignage sans concession

*L’école est finie* retrace la scolarité atypique d’une jeune fille qui, dès l’âge de 10 ans, rêve de devenir autrice de bande dessinée. Entre les cours séchés dans le public, une flemme assumée et un redoublement, son parcours dérape et la conduit dans un établissement privé où l’autorité et la violence s’imposent. Le récit explore les mécanismes qui peuvent conduire au décrochage, mais aussi le chemin vers la reconstruction, que l’héroïne trouvera finalement en Belgique.

Loin du pamphlet ou du règlement de comptes, Evemarie choisit l’humour pour mettre en lumière ce que l’institution préfère parfois ignorer. La bande dessinée se veut le porte-voix des élèves que le système laisse de côté, tout en offrant une perspective d’espoir.

Révélation et mise en cause d’un établissement lasallien

Le livre prend une dimension d’actualité particulière car l’autrice y nomme l’établissement privé catholique où elle a vécu une expérience traumatisante, décrivant « un climat de terreur institutionnalisé ». Il s’agit du pensionnat Jean-Baptiste-de-La-Salle à Rouen.

Cette révélation intervient alors que le réseau des écoles lasalliennes est au cœur d’une tourmente médiatique. Plusieurs anciens élèves ont récemment brisé le silence pour dénoncer des faits de violence. Un collectif a recensé 165 victimes d’agressions au sein de ce réseau depuis les années 1950, ce qui a conduit deux députés à interpeller le ministre de l’Éducation nationale sur ce sujet. Le témoignage d’Evemarie vient donc s’ajouter à un dossier déjà sensible, illustrant par un cas personnel une problématique plus systémique.

« Ce n’était pas normal, ni hier ni aujourd’hui »

Interrogée dans le dossier de presse de son livre, Evemarie explique comment l’actualité a ravivé ses propres souvenirs. « En entendant les derniers scandales touchant à l’école, cela m’a rappelé des souvenirs de mon passage dans un collège privé. À l’époque, j’avais l’impression que les violences physiques et morales étaient “normales” dans ce cadre », confie-t-elle. Elle ajoute : « C’est en commençant à raconter cela sur Instagram et en recevant une vague de réactions que j’ai réalisé deux choses : d’abord, que non, ce n’était pas normal, ni hier ni aujourd’hui ; ensuite, qu’il y avait là un vrai sujet ».

Si elle espère avant tout divertir ses lecteurs, elle souhaite que sa bande dessinée puisse « ouvrir la discussion ». Pour elle, son histoire est aussi une preuve qu’un autre chemin est possible, comme en témoigne son épanouissement ultérieur dans une école d’art en Belgique.

Un miroir des maux du système scolaire

Au-delà de ce parcours singulier, *L’école est finie* met en perspective des chiffres alarmants sur l’état de l’école en France. En 2023, 7,6 % des 18-24 ans avaient quitté le système prématurément, et chaque année, ce sont près de 110 000 jeunes qui sortent du cursus scolaire sans diplôme ni qualification.

Le harcèlement est une autre réalité prégnante. Une enquête de l’Ifop a estimé que 16 % des collégiens et lycéens en ont déjà été victimes. Plus précisément, 5,6 % des élèves subissent une forme de harcèlement, ce qui équivaut en moyenne à un élève par classe. En donnant une voix et un visage à ces statistiques, le récit d’Evemarie rappelle que derrière les chiffres se cachent des histoires humaines. L’autrice conclut avec un message fort pour les jeunes qui se sentent en marge : « Faites ce que vous aimez et n’écoutez pas trop ceux qui vous disent que ce n’est pas possible, c’est eux qui ont raté leur vie ! ».