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RAMATUELLE : Sylvie Bourgeois Harel : « Le patron m’a balan…

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RAMATUELLE : Sylvie Bourgeois Harel : « Le patron m’a balancée dans la chambre froide »

Dans une chronique, l’auteure Sylvie Bourgeois Harel raconte son été mouvementé à 20 ans sur la presqu’île de Saint-Tropez, entre galères de saisonnière et une agression.

Dans le huitième volet de ses « Chroniques du monde d’avant », l’auteure Sylvie Bourgeois Harel livre un récit poignant de son premier été de saisonnière dans le golfe de Saint-Tropez, à l’âge de 20 ans. Un témoignage brut où le rêve de liberté se heurte à une réalité faite de précarité, de rencontres improbables et d’une violence insoupçonnée.

Une fuite pour trouver la paix

L’histoire commence à Besançon, après « deux mois idylliques, seule, avec mes parents ». Ce bonheur est brisé par l’arrivée de son frère Vincent. « Il est beau, gentil, intelligent […] mais il ne va pas bien psychologiquement », écrit-elle, précisant que personne ne la croit lorsqu’elle évoque ses problèmes psychiatriques. Elle décrit un quotidien devenu infernal : « le matin, si je lui disais non, il me mordait le bras pour que je lui donne de l’argent, la nuit, il écoutait trois radios à fond ». Cinq ans plus tard, il sera diagnostiqué schizophrène. Ne se sentant pas « en état de le supporter », elle décide de fuir la maison familiale, le cœur lourd de quitter des parents qu’elle aime. Elle contacte les offices de tourisme de Deauville, Megève et Saint-Tropez, trois destinations qui l’attirent, et décroche une promesse d’embauche dans une pizzeria tropézienne en se faisant passer pour un serveur confirmé.

Saint-Tropez, entre rêve et désillusions

Son arrivée sur la Côte d’Azur donne le ton de cet été mouvementé. Son train écrase une vache – « peut-être une vache qui, comme moi, s’était sentie obligée de quitter sa famille aimante pour avoir la paix », songe-t-elle – et elle arrive avec quatre heures de retard à Saint-Raphaël, où elle se fait réprimander. La désillusion se confirme en découvrant son logement : un dortoir de huit lits superposés. « Non seulement, ça pue des pieds, mais il m’est impossible de me coucher dans une telle promiscuité », raconte-t-elle.

Refusant de dormir là, elle retourne voir son patron qui compte sa recette et lui annonce qu’elle dormira chez lui s’il ne lui trouve pas d’hôtel. Face à son refus, c’est finalement le chef de rang, pris de pitié, qui lui cède sa chambre individuelle. La nuit venue, elle part explorer un Saint-Tropez en pleine effervescence, « une boîte de nuit géante ». En dégustant des pains au chocolat chauds, une habitude nocturne, elle raconte ses mésaventures à un jeune homme qui, fasciné, lui propose de l’héberger dans le grand appartement de ses parents à Port-Grimaud.

Un été de tous les dangers à Pampelonne

Après une brève et malheureuse expérience comme cuisinière à La Bouillabaisse, où elle doit à nouveau fuir un hébergement ambigu, elle trouve enfin le poste idéal : serveuse au restaurant Le Planteur, sur la célèbre plage de Pampelonne à Ramatuelle. L’endroit est parfait : « je suis logée dans un bungalow pour moi toute seule au bord de la mer où je me baigne matin et soir avec Frantz, le gentil plagiste de mon âge ». La clientèle est composée d’« habitués bien élevés ».

Mais la tranquillité est de courte durée. Le restaurant est tenu par deux associés, dont un « ancien légionnaire ou mercenaire, le genre à ne pas aimer être embêté ». Un jour, les deux patrons, ayant trop bu la veille, sont incapables d’assurer le service. Face à l’impatience des clients, la jeune femme, du haut de ses 45 kilos, tente de les motiver. « Allez, hop, les mecs, je leur dis en riant, il faut vraiment vous mettre au boulot, sinon je vais avoir une mutinerie », lance-t-elle avec une assurance qui scelle son sort.

La réaction de l’ancien militaire est foudroyante. « Non mais, la princesse, je rêve, tu crois vraiment que tu vas me donner des ordres […] ce n’est pas une jolie poupée comme toi avec son petit minois qui vas commencer à me transformer en toutou à sa maman », hurle-t-il avant de la soulever de terre.  « Il m’a balancée dans la chambre froide entre les morceaux de viande et les plaquettes de beurre, et l’a refermée en râlant qu’il avait encore soif », écrit-elle. Elle ne devra son salut qu’à l’inquiétude de son ami plagiste, Frantz, qui alertera l’autre patron, moins enclin « à commettre un crime ».

Ce souvenir, à la fois terrifiant et emblématique d’un été d’apprentissage, est à retrouver parmi les autres récits de l’auteure. L’ensemble des chroniques de Sylvie Bourgeois Harel est disponible sur son site : Avec Sylvie on s’aime pour la vie (https://avecsylvieonsemepourlavie.us21.list-manage.com/track/click?u=188923363dbd8e8524835f112&id=732d45c528&e=6e81823000).