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RAMATUELLE : Marcelline et Sylvie vous souhaitent un déli…

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Gilles Carvoyeur
23 Déc 2023

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RAMATUELLE : Marcelline et Sylvie vous souhaitent un délicieux Noël !

Douce nuit sainte nuit chantée par Marcelline pour souhaiter Joyeux !

Hier, je me demandais ce que Noël représentait pour moi lorsque des dizaines de souvenirs m’ont assaillie : enfant quand je descendais avec ma mère en 2CV à Cap-d’Ail où il n’y avait pas de chauffage dans notre maison de vacances. J’aimais me coucher dans les draps gelés car je savais que ma mère allait m’apporter une bouillotte brûlante. Avant de sortir de ma chambre, elle ajoutait quelques bûches dans la cheminée. Je m’endormais hypnotisée par les flammes. Le matin, la lumière du Sud, les bains dans la mer froide et la perspective de la messe de minuit à Monaco, où je suis née, me submergeaient de joie. Puis sont arrivées les images des Noël à la Béridole, une ferme que mes parents louaient dans le Haut-Doubs où la température pouvait atteindre moins 30 degrés. Nous faisions du patin sur le fleuve gelé. Avec les habitants des environs, nous nous donnions tous la main afin qu’il n’y ait pas de danger si un trou perçait dans la glace. Sam, mon chien de traîneau, un samoyède tout blanc, insistait pour dormir dehors alors qu’à Besançon, il était plutôt du genre à préférer les canapés en cuir Knoll de mes parents. Le matin, je le cherchais englouti sous un mètre de neige pour lui passer son harnais et qu’il me tire en haut de la montagne avec ma luge en bois. Le soir, il retrouvait ses instincts de chasseur et hurlait comme les loups dont il descendait.

Mais le plus beau de mes Noël a été l’année de mes 7 ans lorsque ma maman m’a expliqué qu’il serait généreux de ma part que j’offre une partie de mes jouets aux enfants des Founottes, un quartier de Besançon où vivaient les familles défavorisées. Quand des petits de mon âge, habillés avec des vêtements troués, sont venus m’embrasser pour me dire merci, je me suis sentie fière de comprendre que savoir donner était le plus beau des cadeaux.

Puis sont venus les Noël où ma mère invitait ceux qui n’avaient pas de famille. Pendant que mon père cuisinait des crevettes au caramel avec la belle princesse cambodgienne que mes parents avaient recueillie lorsqu’elle avait fui son pays et Pol Pot qui avait décimé sa famille, je préparais un koulibiak pour faire plaisir à monsieur Volkof, le directeur de la Slava, une usine de montres que mon père architecte avait dessinée pour les Russes. Il y avait aussi Roland, le délicat et timide poète homosexuel, des étudiants en rébellion avec leur milieu social qui aimaient parler de Marcuse et de Marx avec mon père, et un ou deux papas divorcés malheureux d’être séparés de leurs enfants pour Noël.

À 17 ans, j’ai fui l’amour chaleureux de mes parents et j’ai passé des réveillons à travailler au vestiaire dans des boîtes de nuit, à Méribel et à Monaco. Quand j’ai commencé à vivre à Paris, je me suis retrouvée à dîner le 24 décembre au Palace avec un copain iranien et à danser chez Régine avec des amis libanais. Après toutes ces péripéties, j’ai enfin retrouvé le goût des Noël en famille, je revenais à la maison, les bras chargés de cadeaux, j’adorais gâter mes parents. En me remémorant la joie de ma mère de nous tous recevoir, j’ai mal de l’avoir laissée faire ses courses de Noël toute seule, acheter des jolies nappes rouges, des serviettes dorées, des guirlandes lumineuses, pour nous faire plaisir. J’aurais dû l’accompagner, quitter mon travail, prendre plus de jours de congés pour rester avec elle. Je lui manquais. Elle me le disait, mais je ne l’entendais pas. Je ne m’aimais pas, alors comment pouvais-je croire que ma mère m’aimait ?

Puis Noël s’est assombri. En 1994, mon père a eu un AVC au mois de septembre. Il est paralysé et ne peut plus s’exprimer. Les infirmiers nous le déposent le 25 décembre au matin dans une chaise roulante. J’ai toujours la photo où il est tout beau malgré sa mâchoire déformée dans son pull bleu roi que je lui ai offert pour l’assortir à la couleur de ses yeux inquiets de comprendre que sa vie est finie, et que sans l’amour de ma mère, il n’est plus rien. Quand les ambulanciers viennent récupérer mon père à 17 heures pour le ramener dans l’institut spécialisé où il doit faire sa rééducation, je pleure pour qu’il reste avec nous. Mais non, ils nous l’arrachent, c’est le protocole, il doit souffrir encore trois mois loin de sa maison.

En 1996, papa n’est plus là depuis le 4 octobre et je viens d’apprendre que maman est condamnée d’un cancer généralisé, elle n’en a plus que pour quelques mois à vivre. Sur la photo de ce Noël, le visage de ma mère est plongé dans une tristesse qui ne la quittera qu’à sa mort.

Dans mon roman En attendant que les beaux jours reviennent, mon héroïne veut passer la soirée du réveillon sur la tombe de sa mère, elle demande à son mari de l’accompagner.

– Pourquoi tu veux y aller le soir de Noël ?
– Pour retrouver la douleur.
– Comment ça ?
– Je viens de là.

Depuis, j’ai repris la tradition de ma mère, tous les ans, j’organise un Noël où j’invite mes amis et amis de mes amis qui n’ont pas de famille.
Sylvie

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Marcelline l’aubergine une chaîne YouTube de Sylvie Bourgeois.