Skip to main content

RAMATUELLE : À l’approche de Noël, l’heure est aux pardon…

Print Friendly, PDF & Email
Floriane Dumont
19 Déc 2023

Partager :

RAMATUELLE : À l’approche de Noël, l’heure est aux pardons et pourquoi pas aux réconcilations

Aujourd’hui, un extrait de mon roman Tous les prénoms ont été changés, une histoire d’amour et de passion, ou comment mon héroïne Madeleine a choisi le pardon et l’oubli, un médicament qui soigne et console bien des chagrins.

— J’ai été abusée enfant, violée à 19 ans, et avant-hier soir, Victor, l’homme que j’aime, m’a frappée.

Madeleine vacille. Elle se mord la lèvre inférieure.

— Je suis désolé, murmure l’inconnu en baissant les yeux.
— Laissez-moi parler.
— Oui, oui, bien sûr, excusez-moi.
— Vous n’avez pas à vous excuser, sinon je me tais.
— Non, je vous en prie, continuez, et merci de me faire ces confidences, c’est donc que je vous inspire un peu confiance, ajoute-t-il, n’arrivant pas à s’interrompre. Je suis touché. Et si vous voulez porter plainte, je vous accompagnerai au commissariat.
— Je ne veux pas porter plainte, s’offusque Madeleine.
— Mon ex-femme, qui malgré tout ce que je vous ai raconté n’avait pas que des défauts, avait été, mais je crois vous l’avoir déjà dit, psychologue. Elle soutenait qu’arriver à accuser était un premier pas libérateur.
— Mais ça libère de quoi ? se défend Madeleine. Il faut arrêter avec ces idées reçues que nous sommes tous bâtis de la même façon et que ce type de démarche va nous faire du bien. C’est faux. Et incomplet. La psychologie, comme les mathématiques, a un nombre infini de possibilités qui, certes, obéissent aux mêmes règles, mais suivant les variantes et les équations, les résultats diffèrent. Je suis désolée pour votre ex-femme, mais je ne suis pas d’accord avec beaucoup de psychologues qui pensent avoir tout compris, alors que justement l’on ne comprend jamais rien.
— Vous êtes très habile pour changer de sujet.
— C’est vous qui m’avez éloignée de mon récit avec vos histoires de plaintes et de commissariat. Mais pour vous être aimable, cher inconnu, je vais aller dans votre sens. Donc, je me rends au commissariat. Imaginez un instant la scène. Et pour ne pas être de mauvaise foi, je vais vous la raconter dans le meilleur des cas. Comme vous êtes un gentleman, vous m’accompagnez, vous ne rentrez pas avec moi car vous ne voulez pas me déranger, mais vous me demandez de vous téléphoner dès que j’aurai terminé car vous désirez m’emmener déjeuner en Espagne afin de me changer les idées. Donc, je pénètre dans le commissariat et je dis que je viens faire une déposition. Si tout va bien, je n’attends pas trop longtemps, et, là, un policier ou une policière me fait entrer dans un bureau et me demande mes coordonnées. Puis il ou elle commence à taper avec deux doigts, comme au cinéma, ma déposition. Mais croyez-vous sincèrement, s’énerve Madeleine, que ces abus qui ont détruit mon enfance, mon adolescence, ma jeunesse, ma féminité, mon plaisir, croyez-vous vraiment qu’ils doivent se terminer avec un policier ou une policière qui les tape avec deux doigts ? Ce serait pitoyable que ma douleur se résume à une déposition au commissariat. Et si ce policier ou cette policière me fait comprendre que c’est n’importe quoi de faire une déposition quarante-neuf ans après les faits, je ferai quoi ? Hein, je ferai quoi ? Eh bien, je m’écroulerai. Et si je m’écroule, personne ne sera là pour me ramasser.

L’inconnu se lève pour faire un pas vers Madeleine mais celle-ci lui intime l’ordre de ne pas bouger. Il se rassied aussitôt.

— Moi, je vous ramasserai, renchérit-il, Madeleine, comme tout à l’heure sur la plage où je vous ai sortie de l’eau, je serai là si vous vous écroulez. J’ai presque envie de dire que je suis prêt à vivre avec vous rien que pour vous ramasser en permanence.
— Mais arrêtez de dire n’importe quoi, vous seriez incapable de me supporter, je suis invivable, il n’y avait qu’un homme comme Paul qui le pouvait. Et puis, ce n’est pas le sujet.
— Peut-être, mais au moins j’ai dit ce que j’avais sur le cœur, grâce à Émilie, j’ai appris à parler, alors ne m’engueulez pas.
— Vous avez raison, se calme-t-elle, mais c’est un petit peu précipité comme déclaration, on se connaît depuis à peine quelques heures. Bon, soupire Madeleine, reprenons là où nous en étions. Où en étais-je, d’ailleurs ?
— Que vous ne vouliez pas vous écrouler, mais que si cela arrivait, je serais là pour vous ramasser, plaisante-t-il.
Madeleine lève les yeux au ciel.
— Au commissariat, vous pourriez peut-être commencer par leur dire ce qu’il vous est arrivé avec Victor, vous leur montreriez vos bras, votre hanche, vos cuisses couverts de bleus, ce serait un début.
— J’en suis incapable, murmure Madeleine.
— Et si j’avais été mis sur votre route pour vous aider ?
— Mais alors sans prières et sans commissariat.

Sylvie Bourgeois Harel

REGARDER LA VIDÉO

Marcelline l’aubergine une chaîne YouTube de Sylvie Bourgeois