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PARIS : Valoriser les bois scolytés et de crise

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Floriane Dumont
16 Avr 2024

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PARIS : Valoriser les bois scolytés et de crise

Le terme scolyte regroupe environ 140 espèces différentes en France dont une dizaine d’espèces dommageables à la forêt.

Ces petits coléoptères sont inféodés à des espèces d’arbres. Par exemple, le typographe attaque les épicéas tandis que le curvidenté attaque le sapin. Les scolytes se développent aux dépens des arbres en creusant des galeries dans la partie vivante du tronc et des branches. Dans certains cas, à la faveur d’une sécheresse ou à la suite de tempêtes, les arbres sont affaiblis et certaines espèces de scolytes peuvent pulluler et engendrer des dommages économiques considérables dans les peuplements. Depuis 2018, les sécheresses successives et les fortes températures enregistrées dans le grand quart Nord-Est de la France ont déclenché des mortalités massives d’épicéas par le typographe.

Les dommages ont commencé en plaine, car les arbres étaient beaucoup plus fragilisés. Les conditions météorologiques ont permis le développement d‘une génération d’insectes en plus par an, avec un effet exponentiel sur la dynamique des populations et donc sur l’expansion des dégâts. Petit à petit, ce phénomène épidémique est monté en altitude pour atteindre désormais, depuis 2023, les zones naturelles de l’épicéa en montagne. Depuis 2018, on estime le volume de bois de crise à 37 M de m3 (22 en épicéa, 15 en sapin) et les surfaces touchées à 110 000 ha à rapporter aux 520 000 ha de peuplements d’épicéas et de sapins présents dans les régions concernées.

Les impacts sont donc visibles non seulement sur les paysages, sur les écosystèmes mais aussi sur la ressource bois avec des flux d’approvisionnement et une qualité des produits perturbés. Si des mesures d’observation et d’accompagnement ont déjà été mises en place depuis le début de la crise, l’ambition du présent plan est de rendre plus visible et mieux piloter les actions déjà mises en œuvre et en déployer de nouvelles.

Mieux valoriser les bois scolytés et de crise dans la construction

Quand ils sont identifiés précocement et abattus au bon moment, les bois scolytés sont tout à fait aptes à la construction, seule une légère coloration bleue pouvant parfois constituer un défaut visuel. Plusieurs travaux et publications scientifiques portant sur l’étude de la qualité des bois scolytés en vue de leur valorisation l’on démontré 1 . Le siège de l’ONF à Maisons-Alfort constitue également un bon démonstrateur, ayant utilisé des bois scolytés en provenance des forêts domaniales. Aussi, il y a lieu de mieux faire connaitre cette possibilité d’utilisation des bois scolytés, afin de favoriser le débouché de ces bois, de préférence sur le marché national, mais aussi potentiellement à l’export, notamment par la démarche professionnelle «  French timber  » Le guide ONF FNCOFOR sur l’usage des bois scolytés dans la construction est en particulier un outil utile à destination des prescripteurs de construction bois (acheteurs publics ou constructeurs privés) : https://www.onf.fr/onf/+/1d90::pourquoi-il-faut-utiliser-du-bois-scolyte-en-construction.html

Favoriser les débouchés pour les bois secs en élargissant les rayons d’approvisionnement des centrales biomasses

Quand il n’a pas été possible de récolter les bois assez rapidement, les bois sèchent. Ils ne sont plus alors utilisables en construction. S’il n’est pas possible de trouver une valorisation à proximité, une solution consiste à procéder à l’élargissement des rayons d’approvisionnement des centrales biomasse. Pour les installations ayant bénéficié d’une aide publique via les dispositifs Biomasse Chaleur pour l’Industrie, l’Agriculture et le Tertiaire (BCIAT) ou Biomasse Chaleur pour l’Industrie du Bois (BCIB) ou du Fonds Chaleur, cela consiste à délivrer un régime d’autorisation parallèle aux fournisseurs qui approvisionnent actuellement une installation fonctionnant à partir de biomasse forestière. Ces fournisseurs pourront ainsi se prévaloir de cette autorisation auprès des porteurs de projets ayant bénéficié de l’aide BCIAT (Biomasse Chaleur pour l’Industrie, l’Agriculture et le Tertiaire) ou BCIB (Biomasse Chaleur pour l’Industrie du Bois) ou Fonds Chaleur. Cette dérogation permet de remplacer du bois frais par du bois résineux de crise (sapin sec ou sapin scolyté ou épicéa scolyté) provenant de régions limitrophes à celles prévues initialement au sein de leur plan d’approvisionnement selon les principes suivants :

  • Une tonne de bois frais est substituable par une tonne de bois de crise (sapin sec ou sapin scolyté ou épicéa scolyté) ;
  • Tous les fournisseurs approvisionnant ces installations à biomasse peuvent bénéficier de cette dérogation ;
  • Sur ces tonnages, une dérogation au taux de certification de gestion durable (PEFC, FSC…) minimum inscrit dans la convention sera accordée.

Cette dérogation est ouverte dès à présent pour les plaquettes forestières provenant de BourgogneFranche-Comté, Grand-Est et Auvergne-Rhône-Alpes et provenant d’une commune figurant dans une liste établie par le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. Cette dérogation est limitée dans le temps, elle est délivrée pour une durée de 18 mois renouvelable sous conditions. Une communication faite par le MASA et l’ADEME viendra en préciser les conditions de mise en œuvre. Pour les installations de production d’électricité bénéficiant d’un contrat d’achat ou de complément de rémunération, le rayon et plus généralement le plan d’approvisionnement d’une installation pourra être modifié avec l’accord préalable du Préfet qui s’assurera que les nouvelles conditions ne remettent pas en cause la nature des équilibres constitués dans l’utilisation des ressources. Une variation annuelle de 15 % de la proportion de chaque composante (biomasse issue directement de forêt, connexes de l’industrie du bois, etc.) de l’approvisionnement (en pouvoir calorifique PCI des intrants dans la centrale de production d’électricité) préalablement définie sera tolérée.

Aider les propriétaires face à la nécessité de replanter les surfaces sinistrées

Les propriétaires forestiers dont les peuplements ont été sinistrés sont éligibles, sous certaines conditions, à une aide de l’État pour accompagner la reconstitution de leurs parcelles depuis l’année 2021 sur les crédits du plan de relance. Le guichet France 2030 a pris le relais depuis la mi-2023 et sera ouvert jusque fin mai 2024. Les crédits de la planification écologique viendront également poursuivre ces efforts. Dans le cadre du futur plan de renouvellement forestier, pour les peuplements sinistrés, une nouveauté majeure sera l’introduction d’un bonus pour les propriétaires dès lors que la coupe de bois répond à un certain nombre de critères d’éligibilité (seuil minimal de coupe ou coupe présentant des risques avérés en termes de sécurité, proportion de bois de crise supérieure ou égale à un certain seuil au regard de la coupe, critères en termes d’essences – sapin sec, sapin scolyté, épicéa scolyté – et de provenance…). Ce bonus permettra ainsi, sous conditions, de monter le taux de prise en charge maximum, qui est actuellement à 80 % pour les peuplements sinistrés, vers un taux de prise en charge de 100 % maximum, comme autorisé par la réglementation communautaire relative aux aides d’État.