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PARIS : Trois questions à Jean-Michel GUIRAUD

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Floriane Dumont
7 Déc 2023

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PARIS : Trois questions à Jean-Michel GUIRAUD

Président de l’association Varian Fry France.

Jean-Michel GUIRAUD est Professeur agrégé d’Histoire, il a enseigné à Marseille au Lycée Saint-Exupéry. Il est l’auteur d’une thèse universitaire : La Vie Intellectuelle et artistique à Marseille (1940-1944), Prix de l’Académie de Marseille, éd. Jeanne Laffitte, Marseille 1998). Prix Littéraire de la Résistance 2018, avec Jean-Marie GUILLON, pour l’édition de Daniel BENEDITE : « Un Chemin vers la Liberté sous l’Occupation », éd. Du Félin, Paris 2017. Conseiller historique de plusieurs expositions sur Varian Fry à Washington et en France. Il est Président fondateur de l’Association Varian Fry-France en 1999.

L’Association Varian Fry-France

Un défi pour le XXIème siècle

1 – Pouvez-vous nous présenter votre association, sa composition et son action ?

L’Association Varian Fry-France est née il y a 23 ans, fin 1999, à la Maison des Associations à Marseille, où elle siège toujours aujourd’hui. Elle reste fidèle à son défi de départ qui devait permettre aux jeunes d’aujourd’hui un apprentissage de la citoyenneté et un accès à la culture par une connaissance de l’histoire locale, qui s’enracine dans nos traditions et notre patrimoine.

Nous avons choisi de privilégier la mission de Varian Fry, un journaliste américain, qui pendant la Seconde Guerre mondiale, s’est porté volontaire pour une mission de sauvetage des écrivains, des artistes, des syndicalistes, des politiciens réfugiés à Marseille, menacés d’être arrêtés par la Gestapo et transférés dans des camps de concentration en Allemagne par les nazis. Cette mission était non gouvernementale, elle avait été préparée par l’Emergency Rescue Committee (ERC) face à l’inquiétude des organisations culturelles américaines, comme le MoMA, la New School for Social Research, la Fondation Rockefeller, le New Word Ressetlement Found, inquiets de la signature de l’article 19 de la Convention d’armistice qui obligeait le gouvernement de Vichy à livrer sur demande les ressortissants allemands réfugiés en France. Livrer sur Demande, c’est le titre des mémoires de Varian Fry, parues en 1945.

On peut s’interroger sur les racines de notre association, dont l’existence s’inscrit bientôt dans un quart du vingt et unième siècle. Son action a-t-elle contribué à renforcer la mémoire de la « mission de sauvetage » du Comité de Varian Fry, le Centre américain de Secours (CAS) ? Le souvenir de Varian Fry est-il toujours vivace à ce jour ? Quels projets peut préparer l’Association Varian Fry-France actuelle pour 2024, anniversaire de la Libération de la France ?

Présentation de l’Association Varian Fry-France

L’idée de créer une association Varian Fry-France est née d’un groupe d’enseignants du Lycée Saint-Exupéry, à Marseille, dans le 15ème arrondissement. Les élèves du Lycée ont été nos premiers bénéficiaires de cette expérience transdisciplinaire, puisqu’elle touchait toutes les matières : histoire, philosophie, sciences, langues vivantes etc… Depuis cette date, la Région Sud a décidé d’appeler Varian Fry l’amphithéâtre du Lycée Saint-Exupéry.

Il y a eu alors conjonction entre mes travaux universitaires sur la vie culturelle à Marseille pendant la guerre (thèse dirigée par Emile Témime, historien de la Méditerranée) et mes activités de conseiller historique pour les expositions sur Varian Fry aux États-Unis et en France. J’avais déjà rencontré la plupart des survivants du Comité Fry lorsque Walter Meyerhof, professeur à l’Université de Stanford, m’a demandé de créer une association française, en partenariat avec « Varian Fry Fondation Project », l’association américaine qu’il dirigeait depuis la Californie.

L’Association Varian Fry-France est ainsi née en 1999, avec Jean-Marie Guillon, professeur d’Histoire Contemporaine à l’Université d’Aix-Marseille qui avait dirigé le colloque Varian Fry Du Refuge à l’Exil au Conseil Général des Bouches du Rhône. Notre Conseil d’administration rassemblait de nombreux professeurs de Lycée, le Comité d’honneur, des survivants du Centre Américain de Secours de 1940, des membres du Consulat des Etats-Unis à Marseille et Edmonde Charles-Roux, de l’Académie Goncourt, alors veuve de Gaston Deferre, maire de Marseille, qui avait été l’avocat du Comité Fry pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le premier acte de notre association a été d’obtenir des appuis des collectivités territoriales et d’obtenir de la mairie de Marseille (alors dirigée par Jean-Claude Gaudin) qu’une place de la ville porte le nom de Varian Fry devant le Consulat Général des États-Unis et qu’une stèle soit érigée en son nom. L’inauguration a eu lieu en présence de l’ambassadeur des États-Unis à Paris, Félix Rohatyn, de Samuel Brock, Consul Général à Marseille, du préfet de Région et des présidents des collectivités territoriales.

Nous avons divisé alors les objectifs de notre action soit vers la réalisation de projets créatifs, soit vers l’organisation de manifestations publiques, ou d’interventions dans les établissements scolaires, les associations ou les centres culturels de la Région Sud.

En ce qui concerne nos projets créatifs, nos réalisations principales ont été coordonnées par Jean Sérandour, Inspecteur Pédagogique Régional, Inspecteur d’Académie. Ce sont par exemple : la diffusion gratuite, en 2006, dans les établissements scolaires (lycées, collèges) d’une mallette pédagogique avec le documentaire sur Fry de Richard Kaplan, la traduction française par Edith Ochs du livre de mémoires de Fry (Assignment Rescue pour les jeunes) et un guide pédagogique détaillé avec l’apport des professeurs du Lycée Saint-Exupéry à Marseille. Nous avons créé alors un site Web https://www.varianfry-France.fr/ dans lequel ce livret est consultable en ligne (en partenariat avec le Centre Régional de Documentation, pédagogique (CRDP – aujourd’hui Réseau Canopé).

Nous avons réalisé également, en 2011, avec le partenariat du CRDP, une exposition itinérante, pédagogique et culturelle Varian Fry, un monde en exil (27 panneaux). Avec Jean Sérandour, puis Jutta B. Millas, nous avons été chargés de mission par le Conseil Général 13 d’organiser, avec le prêt de l’exposition, des interventions autour de Varian Fry auprès des enseignants et des élèves dans les collèges du Département (deux à cinq établissements par année scolaire). Nous avons élargi nos interventions aux Lycées avec l’appui de la Région Sud.

En ce qui concerne nos interventions, nous poursuivons notre action aujourd’hui en accueillant positivement les demandes des établissements scolaires (Collèges, Lycées), des associations culturelles ou des Maisons de quartiers. Cette année nous intervenons aux Collèges Pierre Puget et Louise Michel à Marseille, au Lycée Louis Lumière à la Ciotat, à la Maison de quartier de Mazargues, à l’association Rembrenço de Mollégès. Parmi nos intervenants : Jutta B. Millas, Jean Sérandour, Philip Breeden, ancien Consul Général des Etats-Unis, et moi-même.

Nos interventions se font directement auprès des élèves, avec les équipes de professeurs. C’est un échange qui s’accompagne du prêt de l’exposition créée par l’Association. Nous intervenons également en proposant un parcours dans les rues de Marseille, Dans les pas de Varian Fry, qui remporte un gros succès auprès des jeunes (échanges franco-allemands au Collège Pierre Puget et la Fritz Karsen Schule de Berlin) et d’autres groupes socioculturels de la région.

L’Association Varian Fry propose aux jeunes une réflexion sur les aléas du monde d’aujourd’hui face au regard du passé. L’histoire de Varian Fry a toujours suscité beaucoup d’interrogations ; elle brasse les thèmes les plus sensibles de l’actualité présente. Les relations franco-américaines, la question des réfugiés, celles des guerres, de la colonisation, du génocide, celle de la citoyenneté, celle de la remise en cause de la culture européenne. Parmi les réfugiés à l’époque, beaucoup de juifs menacés par l’Allemagne nazie et la législation antisémite des nazis et du gouvernement de Vichy.

Nous avons enfin organisé des manifestations publiques. La première, pour le centenaire de la naissance de Varian Fry en 2007, avec les derniers témoins survivants (comme Stéphane Hessel, Annette Riley Fry, venus à Marseille à cette occasion) en bénéficiant du partenariat du Mémorial du camp des Milles et de celui de la Shoah à Paris. Nous avons participé ensuite à Marseille-Provence, capitale européenne de la Culture 2013, et nous avons été sélectionnés par Manifesta 2020. A présent, les enfants de témoins répondent toujours à notre appel, notamment en septembre 2022, avec les rencontres Varian Fry, résister par l’art et la culture 1940-1945 : en présence d’Aube Breton, fille du leader des poètes surréalistes, Pierre Ungemach, fils de Daniel Bénédite, bras droit de Fry, Catherine Hénon, fille de Sylvain Itkine, acteur et écrivain, Irène Itkine, fille de Lucien, inventeur, avec son frère, du CroqueFruit, le « Fruit Mordoré », qui pouvait permettre aux artistes de résister à la pénurie alimentaire due à la guerre. Les historiens nous ont toujours rejoint lors de ces manifestations, notamment Jean-Marie Guillon (spécialiste de la Résistance), Éric Jennings (la filière martiniquaise), Alba Romano Pace (biographe de Jacqueline Lamba), des journalistes (Alain Paire), des écrivains, scénaristes, cinéastes ((Dan Franck, Sabrina Roubache, Valérie Manuel, Jean-Claude Bringuier).

Aujourd’hui l’action de Varian Fry et de son Comité permet de s’interroger sur la place de Marseille, en 1940, au cœur d’une Europe occupée par les nazis, elle permet de réfléchir sur la situation des réfugiés et sur la question juive à cette époque, elle permet d’analyser l’engagement citoyen et humanitaire dans la Résistance.

Varian Fry est un des rares personnages de l’Histoire à avoir été héroïsé après sa mort, survenue brutalement en 1967. Varian Fry n’a été investi d’aucune mission officielle du gouvernement américain. Il a répondu à l’appel d’un organisme humanitaire (Emergency Rescue Committee – ERC). C’était un homme intègre et rigoureux, qui a accompli sa tâche dans la plus grande humilité avec les jeunes gens de son Comité, comme Daniel Bénédite, Albert Hirschman, Jean Gemähling, Mary Jayne Gold et bien d’autres. Son attitude a été exemplaire et il est juste qu’un hommage lui soit rendu depuis plusieurs années dans mille lieux de notre monde.

2 – Quelle place tient Varian Fry dans la mémoire de la Seconde Guerre mondiale ?

Il est certain que Varian Fry a été volontairement effacé de la mémoire collective par l’administration américaine dès son vivant. Il a été expulsé de France en septembre 1941 par le gouvernement de Vichy, avec l’appui du Département d’Etat américain. Mais Fry ne se démonte pas à ce moment-là, il est « rebelle » et multiplie les conférences pour sensibiliser les Américains sur les conséquences de la guerre en Europe, les déportations massives, les rafles, l’extermination dans les camps nazis en Allemagne. Le texte de Varian Fry Le Massacre des Juifs, paru dans The New Republic du 21 décembre 1942 vaut bien celui de Paul Valéry après la 1ère Guerre mondiale : « aujourd’hui nous autres civilisations, nous savons que nous sommes mortelles… ». Fry écrit : « Il y a des choses tellement épouvantables que l’honnête homme ne peut y croire, tellement monstrueuses que le monde civilisé recule incrédule devant elles » (Varian Fry Livrer sur demande éd. Agone, Marseille 2008).

Le pari de Varian Fry, c’est justement d’écrire à chaud ses mémoires dès son retour aux États-Unis en 1942 ; elles paraissent en 1945, amputées d’une grande partie par l’autocensure de l’éditeur. Fry et ses compagnons sombrent alors dans l’oubli. Pourtant, en 1964, l’International Rescue Committee, issu de l’ERC, charge Varian Fry de préparer un volume de lithographies des peintres contemporains qu’il a aidés ou rencontrés, afin de commémorer leur sauvetage (The Flight Portfolio). Certains refusent de lui confier leurs œuvres ou de les signer, comme Marc Chagall, qui pourtant avait été sauvé par Fry de la déportation. L’oubli de ceux qu’ils ont aidé, leur manque de reconnaissance rongent Varian Fry et son équipe. De plus, Fry est saisi par la Commission McCarthy, c’est la chasse aux sorcières, qui l’accuse d’activités communistes anti-américaines (lui qui était antistalinien) dans les années 1950. Malgré une légion d’honneur décernée par la France à la fin de sa vie, Fry meurt en 1967 dans une relative solitude, après s’être séparé de son épouse. Sans doute est-il mort d’une crise cardiaque ; il est retrouvé gisant au milieu des pages dispersées de son dernier ouvrage, Assignment Rescue, un condensé de ses mémoires pour les jeunes, sa dernière préoccupation.

Varian Fry est mort dans la solitude et l’oubli, et pourtant, ce sont ses compagnons qui vont relancer son souvenir à travers leurs mémoires, surtout Daniel Bénédite, son adjoint administratif, qui va le remplacer après son expulsion, à la tête du Centre Américain de Secours et qui publie La Filière Marseillaise en 1984 (éd. Clancier Guénaud). L’ouvrage était incomplet et rédigé hâtivement, Jean-Marie Guillon l’a repris avec moi-même, et complété avec tout un appareil critique, ce qui nous a permis d’obtenir, en 2018, le Prix Littéraire de la Résistance, décerné à Paris, au Sénat, par Le Souvenir Français (Un Chemin vers la Liberté sous l’Occupation, éd. Du Félin, Paris 2017). Ce sont aussi des membres du Comité Fry, des acteurs du Centre Américain de Secours, ou des intellectuels réfugiés, qui publient leurs souvenirs dans les années 1980 : Marie Jayne Gold (Marseille, année 40), Hans Sahl, (Survivre est un métier), Lisa Fittko (Le Chemin des Pyrénées), Lion Feuchtwanger (Le Diable en France) après Victor Serge (Mémoires d’un révolutionnaire). A cela s’ajoutent quelques récits inspirés de l’action du Comité : Jean Malaquais (Planète sans Visa) Anna Seghers (Transit) où les personnages sont souvent dissimulés sous un nom d’emprunt.

L’opinion publique reste assez imperméable à cette histoire, même si Fry reçoit, post mortem, le titre de « Juste parmi les nations » à Yad Vashem en 1996. Il faut attendre les années 1990 pour assister à une résurgence de la mémoire au sujet de Varian Fry, le personnage est honoré, aux États-Unis. L’U.S. Holocaust Memorial Museum de Washington lui consacre sa première grande exposition en 1993 ; en France, le Conseil Général 13 ouvre, en 1999, deux expositions sur Varian Fry, l’une à Aix-en-Provence sur les peintres aidés par son Comité, l’autre à Marseille sur la mission de Varian Fry en 1940-42 (direction Michel Bepoix). Jusqu’au début des années 2000, les films documentaires se multiplient (Jorge Bundschuh, Jean-Claude Bringuier, Richard Kaplan, David Kerr, Valérie Manuel, Teri Wehn Damisch). On voit paraître même les premières fictions cinématographiques (Transit de René Allio, Les Milles, le train de la Liberté de Sébastien Graal, en France). Tandis que les archives de Varian Fry ont été confiées à la Columbia University à New York, l’Association Varian Fry-France a déposé aux Archives Départementales 13, celles de Daniel Bénédite, grâce à son fils Pierre Ungemach.

Actuellement, une résurgence de la prise de conscience de l’opinion publique se dessine ; les historiens y contribuent par leurs écrits en France, notamment Jean-Marie Guillon, Robert Mencherini, Renée Dray-Bensousan, Éric Jennings au Canada. Henri Rousso parle d’un réveil de la mémoire juive dans le Syndrome de Vichy. Aux États-Unis, les historiens américains s’interrogent sur leur passé : David S. Wyman (l’Abandon des Juifs), Henry L. Feingold (The Politics of Rescue).

A présent Varian Fry et les jeunes gens de son Comité sont popularisés par de nombreux romans, même s’ils sont décalés parfois de la réalité de l’époque. Le feuilleton Transatlantique, en sept épisodes (2023), tournés à Marseille pour la chaîne de télévision Netflix, a contribué aussi à cette popularisation en s’enfonçant totalement dans l’imaginaire et en falsifiant toute la réalité de l’action véritable de Varian Fry.

3 – Quelles actions comptez-vous conduire en 2024, année du 80ème anniversaire de la Libération de la France et plus largement de la victoire ?

Nos activités ne seront définies qu’en 2024, en fonction des demandes des adhérents et des opportunités. Pour le 80ème anniversaire de la Libération de la France, il serait possible d’organiser un voyage à la mi-août à Saint-Raphaël, où se dérouleront les commémorations du débarquement de Provence. Nous prévoyons aussi d’organiser un hommage à Banyuls-Cerbère sur les routes clandestines de l’exil des réfugiés avec une visite du Mémorial d’Argelès-sur-Mer (le Philosophe Walter Benjamin s’est suicidé à la frontière, croyant qu’il allait être arrêté, mais il y a eu aussi des traversées mémorables en présence de Varian Fry et de Lisa Fittko). Nous pensons aussi organiser un festival de films documentaires sur Varian Fry, peut-être avec le concours du FID Marseille, de la Cinémathèque Française et de l’INA. Tout cela sera précisé lors de notre prochaine Assemblée Générale.

La trajectoire de l’Association Varian Fry s’inscrit ainsi au moment où la civilisation occidentale connaît un grand tournant de son histoire. Le travail des historiens, le travail de nos bénévoles montrent que l’action de Varian Fry a été exemplaire. Les jeunes des collèges et des lycées en sont parfaitement conscients, comme le montrent leurs interrogations et leur curiosité. Les historiens aussi s’interrogent sur l’action de Varian Fry et des membres de son Comité, « au moment où la Résistance s’invente », comme l’écrit Jean-Marie Guillon. Cette forme de résistance peut être dénommée une résistance humanitaire, qui se distingue de la Résistance armée.

Bien entendu, les acteurs de cette résistance, des jeunes gens de vingt ans jusqu’à la trentaine, n’ont jamais pensé être des Résistants qu’on verrait avec des armes à la main. Ils ont été si modestes quand le Mémorial de l’Holocauste de Washington a rendu un hommage si vibrant aux survivants. Ils sont montés timidement sur l’estrade, presque gênés d’être là, en public. La guerre avait été pour eux un moment de leur vie, ils pensaient seulement faire leur devoir, modestement comme aurait dû le faire tout citoyen. Et leur devoir, c’était de tendre une main secourable à ceux qui fuyaient la barbarie nazie. Sans Varian Fry, que seraient devenus la culture occidentale, ses artistes, ses écrivains et une partie des hommes politiques ou des syndicalistes ?

L’histoire de Varian Fry et de ses compagnons restera une belle leçon de citoyenneté pour la jeunesse d’aujourd’hui, confrontée à l’histoire tragique du monde contemporain. Les jeunes sont sensibles aussi à l’abnégation de ceux qui, comme Daniel Bénédite, l’ont accompagné dans un monde en guerre, pour apprendre à survivre dans le refuge et l’exil, face aux dangers de la déportation et des discriminations raciales, avec la montée des totalitarismes dévastateurs, pendant la Seconde Guerre mondiale.

SOURCE : La lettre n°89 du Souvenir Français