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PARIS : Société – Aline PEUGEOT conditionne la réouve…

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PARIS : Société – Aline PEUGEOT conditionne la réouverture des maisons closes à un cadre protecteur

Aline Peugeot plaide pour l’intégration de l’expérience de terrain dans le projet de loi visant à rétablir les maisons closes sous statut coopératif.

Alors que la proposition de loi du Rassemblement National visant à autoriser la réouverture des maisons closes sous forme d’établissements coopératifs agite la classe politique, une voix singulière tente de se faire entendre. Aline Peugeot, ancienne travailleuse du sexe devenue autrice et conférencière, intervient dans ce débat de société pour rappeler une nécessité absolue : on ne peut légiférer sur l’intime sans consulter ceux qui l’ont vécu.

Une parole issue du terrain

Loin des postures idéologiques ou morales qui saturent l’espace médiatique, Aline Peugeot porte un regard pragmatique sur la réforme envisagée. Pour elle, le débat public souffre d’une lacune majeure : l’absence des premiers concernés. « La société française parle abondamment de prostitution, mais continue d’évacuer les réalités concrètes », déplore-t-elle. Son intervention vise à combler le fossé entre des décideurs politiques souvent déconnectés de cette réalité et la complexité des parcours des travailleurs du sexe.

Le modèle coopératif comme rempart au proxénétisme

Si elle ne s’oppose pas au principe de réouverture, Aline Peugeot pose des conditions strictes. Elle défend le modèle de l’établissement coopératif, seule structure capable selon elle d’éviter l’exploitation. Ce format permettrait de supprimer la figure du proxénète et d’empêcher l’État de devenir lui-même un bénéficiaire financier de « l’argent des passes ». L’objectif est de créer un cadre où l’activité s’exerce sans récupération économique tierce, centré sur l’autonomie des personnes.

Hygiène et accompagnement psychologique

Au-delà du statut juridique, l’autrice insiste sur les piliers sanitaires et humains indispensables à toute réforme. Elle pointe l’insuffisance des normes d’hygiène dans les pratiques informelles actuelles et réclame que les futures structures garantissent une protection sanitaire irréprochable. Plus novateur, elle appelle à systématiser l’accompagnement psychologique. Pour Aline Peugeot, la prostitution n’est pas uniquement une transaction physique ; elle implique une charge mentale et émotionnelle qui nécessite un suivi professionnel pour prévenir les risques psychosociaux.

Sortir du manichéisme

L’intervenante invite également à déconstruire les images d’Épinal. Elle refuse d’opposer systématiquement hommes et femmes ou de réduire la prostitution à une unique figure de victime. « La réalité est plurielle », affirme-t-elle, soulignant l’existence de parcours où le travail du sexe relève d’un choix assumé, voire d’une forme d’épanouissement personnel pour certaines. Elle rappelle par ailleurs le rôle social de la sexualité tarifée, qui peut agir comme un exutoire à des fantasmes ou des pulsions, à condition que le consentement reste la pierre angulaire de chaque interaction.

La sécurité et le consentement au centre

La protection contre les violences, qu’elles soient physiques ou institutionnelles, demeure la priorité absolue. Aline Peugeot met en garde : la réouverture des maisons closes ne sera un progrès que si elle assure la sécurité des travailleurs et le respect strict de leurs limites, notamment dans la pratique des jeux de rôles. « Rien ne doit se faire contre la volonté de chacun, le consentement conscient est la base d’une relation saine », conclut-elle, espérant que le législateur saura, cette fois, écouter la voix de l’expérience.