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PARIS : Sexualité post-#MeToo – La Gen Z féminine, entre émancipation et nouvelles pressions

Une étude Ifop pour espaceplaisir révèle les paradoxes de la Gen Z féminine, émancipée en pensée mais encore contrainte dans sa vie intime.

Neuf ans après le début de la vague #MeToo, le rapport à la sexualité des jeunes femmes a-t-il réellement changé ? Une vaste enquête menée par l’Ifop pour espaceplaisir, acteur français du bien-être intime, dresse un portrait contrasté de la génération Z (15-29 ans). Réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 1 011 femmes, l’étude met en lumière une génération tiraillée : si les mentalités se sont affranchies de nombreuses injonctions historiques, les pratiques intimes, elles, restent marquées par la persistance de schémas traditionnels et de nouvelles formes de contrôle social, comme le phénomène du « bodycount » popularisé sur les réseaux sociaux.

Une émancipation notable dans les mentalités

Les résultats de l’enquête témoignent d’un rejet significatif des normes qui pesaient sur les générations précédentes. Le concept de « devoir conjugal » recule nettement : 48 % des 18-24 ans déclarent avoir déjà eu des rapports sexuels sans en avoir envie, contre 65 % en 2006. De même, la vision phallocentrée de la sexualité s’estompe : seules 23 % des 25-29 ans estiment aujourd’hui qu’un rapport sexuel implique nécessairement une pénétration, un chiffre divisé par deux en trente ans (49 % en 1992).

Cette émancipation s’étend au-delà de la sphère purement sexuelle, avec une dissociation croissante entre féminité et maternité. L’idée qu’« une femme peut vraiment réussir sa vie sans avoir d’enfants » est devenue quasi unanime chez les moins de 25 ans, passant de 53 % en 1990 à 87 % en 2026.

La persistance des scripts sexuels traditionnels

Malgré cette libération idéologique, la réalité des pratiques intimes peine à suivre. L’un des constats les plus frappants de l’étude est l’explosion de l’ennui sexuel : 62 % des 18-24 ans avouent s’ennuyer lors de leurs rapports, une hausse de 20 points par rapport à 1996 (42 %). « L’explosion de l’ennui sexuel est le symptôme d’une contradiction entre le récit d’une « libération sexuelle » et des pratiques qui résistent aux transformations culturelles en cours », analyse François Kraus, directeur du pôle « Genre, sexualités et santé sexuelle » de l’Ifop.

Cette inertie se retrouve dans la prise d’initiative, qui reste majoritairement masculine : seules 28 % des jeunes femmes disent la prendre le plus souvent, une proportion qui a à peine évolué depuis l’an 2000 (20 %). De plus, la capacité à assumer une sexualité purement récréative reste limitée. Si 28 % des 18-24 ans pourraient avoir des relations sexuelles sans être amoureuses, une nette progression par rapport à 2000 (8 %), elles restent une minorité.

Le « bodycount », un outil de contrôle social revitalisé

L’étude met en évidence l’impact d’un nouveau marqueur social : le « bodycount », ou nombre de partenaires sexuels. Popularisé sur les réseaux sociaux, ce concept est loin d’être anodin et réactive le stigmate de la « fille facile ». Le chiffre est éloquent : 70 % des femmes de la Gen Z considèrent qu’avoir eu un nombre de partenaires élevé tend à les dévaloriser.

Cette pression a des conséquences concrètes, puisque près d’un quart des sondées (24 %) affirment qu’un partenaire a déjà refusé de s’engager avec elles pour cette raison. Un double standard persiste, même s’il est limité : les jeunes femmes fixent le seuil à ne pas dépasser à 9 partenaires pour une femme, contre 11 pour un homme. Pour François Kraus, « le bodycount apparaît moins comme une norme morale abstraite que comme un dispositif concret de contrôle social ».

Un moment de transition

Pour Olivier Roche, CEO de espaceplaisir (https://www.espaceplaisir.fr/), l’étude illustre « un moment de transition » où deux mouvements coexistent : « une libération très visible dans les représentations et la culture, et une transformation plus lente des pratiques et des rôles sexuels ». Un paradoxe que François Kraus résume d’une formule : ces jeunes femmes sont « plus libres dans leur tête mais pas nécessairement dans leur lit ».

L’étude complète est disponible sur le site d’espaceplaisir (https://www.espaceplaisir.fr/presse-etude-ifop-gen-z-injonctions).

L’enquête a été réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 23 au 27 janvier 2026 auprès d’un échantillon de 1 011 femmes, représentatif de la population féminine vivant en France métropolitaine âgée de 15 à 29 ans.