PARIS : Sécurité en zone gendarmerie, fracture entre périur…
Partager :
PARIS : Sécurité en zone gendarmerie, fracture entre périurbain et rural
Dans un rapport publié début 2026, la Cour des comptes dresse un constat alarmant : alors que la population explose en périphérie des villes, les effectifs de gendarmerie restent historiquement concentrés dans les campagnes profondes, créant une véritable rupture d’égalité.
C’est un document qui fera date et qui résonne particulièrement fort dans nos territoires en pleine expansion démographique. La quatrième chambre de la Cour des comptes, présidée par Damien Cazé, vient de livrer une analyse sans concession du « modèle territorial de la gendarmerie nationale ». Le verdict est sans appel : l’institution militaire peine à suivre les mutations de la société française, et notamment le basculement de la population vers le périurbain.
Une iniquité territoriale flagrante.
Les magistrats financiers mettent en lumière des chiffres qui interpellent sur l’équité du service public. Alors que la « Zone Gendarmerie » a gagné 17 % de population depuis 1999 (contre seulement 8 % pour la zone police), les moyens humains n’ont pas suivi cette géographie.
Le rapport pointe des disparités majeures. D’un côté, des départements ruraux en déprise démographique comme la Lozère, le Cantal, la Creuse ou la Meuse bénéficient d’un maillage très dense, avec plus de 3 gendarmes pour 1 000 habitants. De l’autre, les territoires dynamiques de la façade atlantique ou du sud, tels que la Gironde, la Loire-Atlantique, la Vendée ou la Haute-Garonne, se retrouvent sous pression avec un ratio inférieur à 1,5 gendarme pour 1 000 habitants.
Le Var n’est pas épargné par ce constat. Le document classe explicitement notre département parmi les « dix groupements présentant les taux d’activité les plus élevés », aux côtés du Rhône ou de l’Hérault. Pourtant, la répartition des effectifs nationaux ne reflète toujours pas cette réalité opérationnelle, le système de calcul « R@tio » de la gendarmerie peinant à corriger les déséquilibres historiques.
Le périurbain, parent pauvre de la sécurité.
Cette fracture a des conséquences concrètes pour les résidents des ceintures urbaines. Ces zones ne sont plus les campagnes paisibles du 20ème siècle : elles subissent de plein fouet une délinquance en mutation (stupéfiants, violences intrafamiliales). Or, les unités y sont souvent sous-dimensionnées.
Selon le rapport, 10 % des brigades autonomes et des communautés de brigades ne disposent pas de l’effectif suffisant pour fonctionner correctement. Pire, près d’un quart des brigades de proximité comptent moins de 6 gendarmes. Une situation qui rend difficile la gestion des plannings, les patrouilles de nuit et l’accueil du public, alors que le nombre de faits constatés par gendarme explose dans les départements denses (jusqu’à 37 faits par militaire contre 7 dans les zones calmes).
Stopper l’éparpillement des moyens.
Face à cette situation, Damien Cazé et ses équipes se montrent très critiques envers le plan de création des 239 nouvelles brigades annoncé par l’Exécutif. Pour la Cour, ce projet accentue la « dissémination des ressources » au lieu de consolider l’existant.
Les magistrats citent des aberrations, comme la création d’une brigade à Zuydcoote (Nord) à seulement 5 minutes d’une unité existante, alors que tant de brigades manquent de bras. La recommandation est claire : il faut « geler » les projets de nouvelles brigades et rediriger les postes vers les unités existantes en souffrance, notamment celles où le ratio tombe sous les 1,5 gendarme. Pour les élus locaux et les habitants des zones périurbaines, l’urgence n’est plus au saupoudrage, mais au renforcement des brigades qui font face, au quotidien, à une délinquance bien réelle.