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PARIS : Etat généraux de la santé – La société civile…

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PARIS : Etat généraux de la santé – La société civile reprend la main face à l’Etat

Face à l’essoufflement du système de soins et à la défiance croissante envers les pouvoirs publics, une coalition inédite de sept organisations lance une vaste consultation nationale pour refonder notre modèle social.

C’est un constat sans appel, presque un cri d’alarme qui résonne depuis Paris ce lundi 17 novembre 2025. Alors que les feuilles d’automne recouvrent les trottoirs de la capitale, c’est l’architecture même de notre protection sociale qui semble entrer dans un hiver rigoureux. Dans un mouvement d’une ampleur rarement égalée, sept piliers de la société civile ont décidé de ne plus attendre les solutions venues d’en haut. Sous l’impulsion de figures majeures telle qu’Eric Chenut, président de la Mutualité Française, les « États généraux de la santé et de la protection sociale » ont été officiellement lancés. L’objectif est clair, net et sans bavure : court-circuiter une technocratie d’État jugée déconnectée pour redonner la parole aux territoires et aux citoyens.

Le désaveu cinglant de la gestion étatique.

Il faut lire entre les lignes des chiffres révélés par le sondage Odoxa, publié à l’occasion de ce lancement, pour comprendre la gravité de la fracture démocratique qui s’opère. Le pacte de confiance entre les Français et l’État gestionnaire est rompu. Les données sont vertigineuses : seulement 26 % des Français font confiance à l’État pour formuler des propositions concrètes capables d’améliorer leur santé. À l’inverse, ils sont 59 % à plébisciter la société civile.

Ce basculement de légitimité n’est pas anodin. Il marque la fin du mythe de l’État-providence omniscient, capable de régler la question des déserts médicaux depuis un bureau ministériel. Eric Chenut et ses partenaires l’ont bien compris : la verticalité ne fonctionne plus. La crainte est palpable, puisque 88 % de nos concitoyens redoutent que le Projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2026 ne dégrade encore davantage la qualité des soins.

Le diagnostic posé par les co-porteurs de la démarche est lucide et brutal. Notre système, vieux de 80 ans, est désormais qualifié de « déficitaire » et « fragilisé ». Plus inquiétant encore, 82 % des sondés estiment qu’il deviendra inéluctable plus inégalitaire à l’avenir. Face à ce fatalisme ambiant, la coalition refuse la résignation et opte pour l’action directe.

Une coalition historique pour un changement de paradigme.

La force de frappe de cette initiative réside dans l’hétérogénéité et la puissance de ses membres. Ce n’est pas une simple tribune, c’est une armée pacifique qui se met en marche. Aux côtés de la Mutualité Française, on retrouve l’Association des Assureurs Mutualistes, la CFDT (Confédération française démocratique du travail), la FEHAP (Fédération des établissements hospitaliers et d’aide à la personne privés non lucratifs), l’Uniopss, l’UNPS (Union nationale des professions de santé) et l’Unsa.

Cette alliance sacrée regroupe tout ce que la France compte de forces vives : syndicats de salariés, gestionnaires d’établissements, professionnels de santé libéraux et acteurs de la solidarité. En unissant leurs voix, ces organisations envoient un message politique fort : la santé n’est pas une variable d’ajustement budgétaire, c’est un « bien commun ». L’ambition affichée est de « sortir du prisme réducteur de la seule approche budgétaire » pour revenir aux fondamentaux de l’intérêt général.

Pour garantir l’intégrité et la transparence de ce processus titanesque, deux personnalités scientifiques de premier plan ont été nommées garants : la professeure Agnès Buzyn et le professeur Antoine Flahault. Leur présence assure que la démarche ne sera pas instrumentalisée, mais bien guidée par une rigueur intellectuelle et éthique.

La méthode « bottom-up » : la parole aux territoires.

Loin des commissions parisiennes feutrées, la méthodologie adoptée pour ces États généraux prend le contre-pied des pratiques habituelles. Le calendrier est précis et s’articule autour d’une logique ascendante (« bottom-up »). Dès ce 17 novembre 2025 et jusqu’au 17 février 2026, la première phase s’ouvre via une consultation numérique massive sur la plateforme *placedelasante.fr*.

Mais c’est véritablement dans la deuxième phase, de mars à juillet 2026, que la « reprise en main » par les territoires va s’opérer. Des ateliers régionaux seront organisés partout en France, y compris dans les Outre-Mer. C’est ici, au plus près des déserts médicaux, dans les zones rurales oubliées et les quartiers périphériques, que les solutions devront émerger.

L’idée sous-jacente est révolutionnaire pour notre culture jacobine : admettre que la solution pour un village de la Creuse ou une banlieue de Marseille ne peut pas être uniforme. En invitant les citoyens, les professionnels de l’accompagnement et les élus locaux à co-construire les réponses, Eric Chenut et le collectif parient sur l’intelligence collective plutôt que sur la directive administrative. Comme l’indique le dossier, il s’agit de débattre « sans tabou ni totem ».

Des enjeux vitaux au cœur de la présidentielle.

Le timing de cette opération ne doit rien au hasard. Avec 96 % des Français qui font de la préservation du système de santé un enjeu clé de la prochaine élection présidentielle, ces États généraux entendent peser de tout leur poids dans le débat démocratique. Les citoyens sont clairs : pour 83 % d’entre eux, les propositions des candidats sur ce sujet auront un impact majeur sur leur bulletin de vote.

Les thématiques abordées balaient l’ensemble du spectre des angoisses françaises : le grand âge et la perte d’autonomie, la santé mentale, la prévention, mais aussi la gouvernance et le financement. Il s’agit de préparer un « big bang » salutaire. La phase de convergence, prévue de juillet à novembre 2026, aboutira à un forum national. L’objectif n’est pas de produire un énième rapport qui finira dans un tiroir, mais de livrer une liste de propositions « concrètes et systémiques » prêtes à l’emploi pour le futur exécutif.

En définitive, ces États généraux marquent une rupture. C’est le moment où la société civile, lassée des promesses non tenues et des replâtrages successifs, décide d’écrire elle-même la feuille de route de son avenir sanitaire. C’est une démarche de fierté, de responsabilité et de reconquête. Face à un État perçu comme impuissant, les citoyens, guidés par leurs corps intermédiaires, affirment haut et fort que la protection sociale est leur patrimoine, et qu’il est hors de question de le laisser s’effondrer sans combattre.