PARIS : Sécurité au travail – L’INRS alerte sur…
Partager :

PARIS : Sécurité au travail – L’INRS alerte sur les dangers des nouveaux lasers manuels
L’INRS met en garde contre les risques chimiques et optiques des lasers de soudage et décapage, dont l’usage se répand dans les entreprises.
L’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) publie ce mardi une alerte majeure concernant les équipements laser manuels utilisés pour le soudage, le décapage et la découpe. Très prisés pour leur polyvalence et leur efficacité, ces outils en plein essor dans les ateliers industriels présentent des dangers spécifiques, souvent sous-estimés, liés à la proximité de l’opérateur avec la zone de travail. Une étude récente de l’institut révèle des risques chimiques et optiques sévères, rendant les mesures de prévention habituelles difficiles à appliquer.
Des risques multiples et souvent combinés
L’utilisation de ces lasers de forte puissance ne se limite pas au danger du faisceau principal. Les opérateurs et les personnes environnantes sont exposés à une combinaison de risques. Selon l’INRS, le procédé peut générer des émissions de rayonnements optiques parasites dangereux (ultraviolet, visible, infrarouge), directs comme réfléchis. S’y ajoutent des émissions de substances toxiques sous forme de fumées, de gaz ou de particules, issues des matériaux ou des revêtements traités. Enfin, l’énergie mise en jeu crée un risque non négligeable d’inflammation et de brûlures.
Des fumées toxiques et des particules ultrafines
Pour quantifier le risque chimique, l’INRS a mené une étude en laboratoire sur les fumées générées par le décapage laser de peintures sur acier. Les résultats sont préoccupants : les fumées sont principalement composées de particules fines et ultrafines, dont une proportion massive (50 % à 90 %) de nanoparticules de moins de 100 nanomètres, capables de se déposer profondément dans les alvéoles pulmonaires.
Ces fumées contiennent également un cocktail de composés chimiques dangereux, incluant des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), des isocyanates comme le diisocyanate d’hexaméthylène (HDI), de l’ozone, du benzène (cancérogène avéré) et du monoxyde de carbone.
« Les différentes simulations menées montrent que, dans des configurations réalistes telles que de petits ateliers peu ventilés ou des cabines de protection laser, lors d’un décapage continu, les valeurs limites d’exposition professionnelles de certains polluants peuvent être dépassées en seulement quelques minutes », explique Stéphanie Marsteau, responsable de laboratoire à l’INRS. L’institut précise que même une ventilation générale performante ne suffit pas à maîtriser ce risque chimique, qui reste donc majeur.
Des risques optiques sévères
Les lasers utilisés sont de classe 4, la plus dangereuse, avec une longueur d’onde dans l’infrarouge proche. Leur faisceau peut provoquer des lésions oculaires et cutanées sévères et irréversibles en moins d’un quart de seconde, y compris après réflexion sur une surface. La zone de danger pour les yeux peut ainsi s’étendre sur plusieurs centaines de mètres.
Au-delà du faisceau laser lui-même, le procédé génère des rayonnements parasites similaires à ceux du soudage à l’arc. Les analyses de l’INRS montrent que les niveaux d’exposition à ces rayonnements peuvent dépasser les valeurs limites professionnelles, entraînant des risques de brûlures de la rétine et de la peau (visage, mains) après seulement quelques minutes d’exposition. Lors du décapage, un risque supplémentaire lié au rayonnement UV s’ajoute pour les yeux et la peau.
La prévention passe par la conception et l’organisation
Face à ces constats, l’INRS insiste sur l’intégration de la sécurité dès la conception des équipements. Cela inclut des dispositifs de coupure automatique du laser en cas de perte de contact avec la pièce et un système de double action pour le déclenchement.
Sur le plan organisationnel, il est impératif de réaliser ces opérations dans un local dédié, avec un contrôle d’accès strict et une signalisation lumineuse. Le captage des polluants à la source est primordial, complété par une ventilation adaptée, particulièrement dans les cabines de protection de faible volume.
Lorsque les protections collectives sont insuffisantes, une protection respiratoire filtrant particules, gaz et vapeurs est nécessaire. La protection corporelle doit être intégrale : vêtements adaptés (veste et gants en cuir), et surtout un masque ou une visière certifiés pour protéger à la fois contre la longueur d’onde spécifique du laser et contre l’ensemble des rayonnements parasites émis. Enfin, une formation complète du personnel sur les risques et les moyens de s’en prémunir reste une condition indispensable à une utilisation sécurisée de ces technologies.


