PARIS : Sami SLIM : « La souveraineté des données devient u…
Partager :

PARIS : Sami SLIM : « La souveraineté des données devient un principe de conception à part entière »
Les experts de Telehouse dévoilent comment la souveraineté des données s’impose comme la clé de voûte de la conception des infrastructures numériques.
La transformation des écosystèmes numériques mondiaux marque un tournant décisif dans l’architecture informatique. Dans une récente tribune, les dirigeants de Telehouse (https://www.telehouse.fr/), pionnier mondial des datacenters, dressent un constat lucide : la simple capacité de stockage ne suffit plus. Désormais, la souveraineté des données dicte les règles du jeu.
Mark Pestridge, Vice-Président Exécutif de Telehouse Europe, Sami Slim, CEO de Telehouse France, et Takeyuki Yanagisawa de KDDI, analysent cette mutation profonde où les infrastructures doivent concilier collaboration internationale et respect strict des juridictions locales.
Un équilibre complexe à trouver
Pour les entreprises opérant à l’échelle globale, l’équation se complexifie. Il s’agit de maintenir une fluidité dans les échanges tout en naviguant à travers un maquis réglementaire de plus en plus dense. Les violations des lois sur la souveraineté coûtent cher, comme en témoignent les amendes records liées au RGPD en Europe. Cette tendance punitive s’étend désormais à l’Amérique du Nord, l’Asie-Pacifique et le Moyen-Orient.
« Des pays comme l’Inde, le Vietnam et le Brésil ont adopté des règles plus strictes, imposant que certains ensembles de données restent à l’intérieur de leurs frontières nationales », soulignent les experts. Face à ces contraintes, les clients exigent une transparence totale. La confiance prime désormais sur la simple performance technique.
L’importance des environnements neutres
Cette fragmentation juridique favorise l’émergence d’environnements multi-cloud et neutres vis-à-vis des opérateurs. Ces architectures permettent aux entreprises d’adapter leurs charges de travail en fonction des juridictions sans refonte complète de leur système. La localisation physique de l’infrastructure détermine le régime juridique applicable, influençant directement la protection de la vie privée et la gestion des revendications extraterritoriales.
« Les centres de données doivent être conçus pour être adaptables, capables d’évoluer au rythme des technologies et des réglementations », affirment les auteurs de la tribune.
Des exigences régionales disparates
Le paysage réglementaire mondial reste morcelé, obligeant les opérateurs à une vigilance constante.
En Europe, le règlement sur la résilience opérationnelle numérique (DORA), applicable depuis janvier 2025, a redéfini les standards pour le secteur financier, imposant une capacité de résistance accrue aux perturbations.
Les spécificités nationales demeurent fortes :
* En France : L’hébergement de données de santé nécessite la certification HDS, avec un stockage physique impératif au sein de l’Espace Économique Européen.
* Au Royaume-Uni : Les datacenters sont classés comme « Infrastructures Nationales Critiques », avec un cadre législatif en évolution sur la cybersécurité.
* Au Japon : Les lois sur la protection des informations personnelles ont été durcies pour contrôler strictement les transferts vers des pays tiers, tout en facilitant les échanges avec l’UE via des accords de partenariat.
Adapter l’architecture aux défis futurs
Pour répondre à ces évolutions, la conception même des centres de données change. L’approche modulaire gagne du terrain, permettant des mises à jour progressives sans interruption de service. Cette flexibilité sert également les objectifs écologiques. Les nouvelles zones à haute densité sont prêtes pour l’intelligence artificielle et le refroidissement liquide, optimisant ainsi l’efficacité énergétique (PUE) et la consommation d’eau (WUE).
« Les campus neutres vis-à-vis des opérateurs […] permettent aux entreprises de respecter les exigences réglementaires tout en limitant la dépendance à un fournisseur unique », précisent les dirigeants.
La force du collectif
La souveraineté des données ne peut reposer sur un seul acteur. Elle exige un écosystème interconnecté regroupant opérateurs télécoms, fournisseurs de cloud et experts en sécurité. Les points d’échange Internet (IXP) et les accès directs aux clouds privés garantissent des performances prévisibles et sécurisées, essentielles pour les technologies émergentes comme l’IA.
Au-delà de la technique, les outils juridiques comme les clauses contractuelles types (SCC) assurent la transparence nécessaire.
Pour conclure, Sami Slim et ses homologues insistent sur le changement de paradigme : « La souveraineté des données n’est plus un obstacle à contourner. Elle devient un principe de conception à part entière ». Une vision qui place la conformité et la sécurité au cœur de l’innovation numérique du 21ème siècle.


