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PARIS : Rétrospective Sessue Hayakawa du 20 mars au 16 avril

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Floriane Dumont
24 Fév 2024

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PARIS : Rétrospective Sessue Hayakawa du 20 mars au 16 avril

Un hommage inédit à une star mondiale du cinéma.

Aujourd’hui oublié, Sessue Hayakawa fut un immense acteur. Né en 1889 au pays du Soleil-Levant, il fut une vedette mondiale du cinéma muet, aussi important que Chaplin ou Fairbanks. En 1915, son rôle dans Forfaiture de Cecil B. DeMille fit de lui une star. Véritable empereur à Hollywood, il réussit parfaitement le passage vers le cinéma parlant, son rôle dans Le Pont de la rivière Kwaï où il incarne l’odieux colonel Saïto en est une parfaite illustration. Chassé des Etats-Unis par le vent mauvais du racisme antijaponais, il se rendit en Europe et tourna en France avec Max Ophuls et Marcel L’Herbier pour finir ses jours dans un monastère bouddhiste de Toyama. Du 20 mars au 16 avril 2024, la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé rendra hommage à la carrière muette de cet immense acteur, injustement oublié.

Pour le grand public, l’acteur japonais Sessue Hayakawa restera à jamais le sadique colonel Saïto dans Le Pont de la rivière Kwaï (The Bridge on the River Kwai/, 1957, David Lean). Pour les cinéphiles avertis en revanche, c’est sa performance dans Forfaiture (The Cheat, 1915, Cecil B. DeMille) qui marquera encore longtemps l’histoire du cinéma. Louis Delluc ne disait rien d’autre lorsqu’il écrivait dans la revue Le Film d’août 1917 : « de Hayakawa on ne peut rien dire : c’est un phénomène » !

Immigré aux États-Unis en 1907, Sessue Hayakawa emprunte le chemin du cinéma par l’entremise d’une actrice qui deviendra son épouse en 1914, Tsuru Aoki. Elle incarne le premier rôle dans O Mimi san (1914, Charles Miller), métrage dans lequel Hayakawa fait sa première apparition à l’écran. Produit par la New York Motion Picture Company dirigée par Thomas H. Ince, le film témoigne d’un goût prononcé pour un exotisme extrême-oriental, alors en vogue. Pour la firme, l’acteur tient indifféremment des rôles de personnages asiatiques, dans La Colère des dieux (The Wrath of the Gods, 1914, Reginald Barker et Raymond B. West) et L’Honneur japonais (The Typhoon, 1914, Reginald Barker) par exemple, aussi bien que des personnages d’Amérindiens comme dans The Last of the Line (1914, Jay Hunt) et The Death Mask (1914, Thomas H. Ince).

En 1915, Sessue Hayakawa signe un contrat auprès de la Jesse L. Lasky Feature Play Company. Cecil B. DeMille en est le directeur artistique, signe d’une qualité de mise en scène (cadrage, mouvements de caméra, éclairage) qui permet au jeu de Sessue Hayakawa de s’épanouir. Le comédien s’impose dans The Cheat et intègre ainsi le star system aux côtés de Charlie Chaplin, Douglas Fairbanks ou encore William S. Hart. Là encore, Hayakawa alterne des rôles de personnages d’origine variée avec, toujours, un jeu tout en retenue et précision comme dans The Secret Game (1917, William C. DeMille) et Le Sacrifice de Sato (Forbidden Paths, 1917, Robert T. Thornby).

Cette notoriété acquise, Hayakawa fonde en 1918 sa propre société de production cinématographique, la Haworth Pictures, qui lui permet de mieux imposer sa position de premier rôle. Fils d’amiral (His Birthright, 1918), Âme hindoue (The Man Beneath, 1919), Abnégation (The Dragon Painter,1919), Le Lotus d’or (The Tong Man), tous réalisés par William Worthington, marquent clairement un changement de statut pour l’acteur. La condition des immigrés asiatiques aux États-Unis empêche malheureusement Hayakawa de poursuivre sur sa lancée. De passage en France, l’acteur est remarqué dans un beau film d’espionnage, La Bataille (1923, Édouard-Émile Violet), adaptation d’un roman de Claude Farrère.

Passé la période muette, la carrière de Sessue Hayakawa faiblit. Après quelques années passées au Japon, l’acteur revient en France tourner aux côtés de cinéastes de renom. Il incarne notamment un coolie prêt à tous les sacrifices pour sauver l’honneur de sa patronne dans Yoshiwara (1937), mis en scène par Max Ophüls, et une reprise de son fameux rôle de The Cheat dans un remake français, Forfaiture (1937), signé par Marcel L’Herbier. L’acteur japonais tourne encore quelques films français jusqu’au milieu des années quarante, série de films qui ne laissera pas de grandes traces dans les mémoires cinéphiles, avant de connaître un lent déclin que le succès public du Pont de la rivière Kwaï n’endigue pas.

Texte de David Auvray

Doctorant à l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 dont les recherches de thèse explorent les singularités du jeu de Sessue Hayakawa

Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

73 avenue des Gobelins, 75013 Paris

http://www.fondation-jeromeseydoux-pathe.com/

Tarifs :

Billet couplé 1 séance de cinéma + accès aux espaces d’exposition :

Tarif plein : 7 € ; Tarif réduit : 5,50 € ; Moins de 14 ans : 4,50 €

Carte 5 places (valable 3 mois) : 20 €

Horaires Salle Charles Pathé et Expositions :

Mercredi et jeudi 14h – 19hMardi et vendredi 14h – 20h30Samedi 11h30 – 19h