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PARIS : Philippe DE CRECY : « La paralysie des hubs crée une rupture dans les flux de fret »

L’offensive en Iran paralyse le fret mondial : TLF Overseas alerte sur la fermeture des hubs aériens et du détroit d’Ormuz, menaçant la logistique.

Le monde du transport international se réveille ce mardi 3 mars 2026 sous le choc d’une crise géopolitique majeure. L’offensive militaire lancée conjointement par les États-Unis et Israël contre l’Iran, le 28 février dernier, a plongé la région dans le chaos. La mort du Guide suprême iranien, Ali Khamenei, lors de ces opérations, a entraîné une riposte immédiate de Téhéran, bouleversant l’équilibre des échanges commerciaux planétaires. TLF Overseas, l’organisation représentative des métiers du transport et de la logistique internationale, dresse un premier bilan alarmant de la situation.

Une onde de choc géopolitique et économique

Depuis le déclenchement des hostilités il y a trois jours, la riposte iranienne ne s’est pas fait attendre. Outre des frappes ciblées contre plusieurs pays de la région, l’Iran a annoncé la fermeture du détroit d’Ormuz, artère vitale de l’économie mondiale. Cette escalade militaire impacte directement deux corridors stratégiques : l’espace aérien du Golfe et les routes maritimes de la mer Rouge. Pour les opérateurs français et internationaux, les conséquences sont immédiates et s’annoncent durables.

Le fret aérien à l’arrêt

La fermeture en cascade des espaces aériens de la Syrie, de l’Irak, du Koweït, de l’Iran, d’Israël et des Émirats arabes unis a provoqué une paralysie quasi totale du trafic. En l’espace de 24 heures, les statistiques affichées par les autorités de régulation donnent le vertige : 19 000 retards de vols et plus de 2 100 annulations ont été enregistrés.

Cette situation a entraîné une contraction brutale de 18 % de la capacité mondiale de fret aérien. Les grandes compagnies ont suspendu leurs rotations, laissant à l’arrêt les hubs névralgiques de Dubaï, Doha et Abu Dhabi. Ces plateformes, essentielles pour les connexions entre l’Europe, l’Océan Indien et l’Asie, sont désormais inopérantes, et les solutions de contournement (rerouting) s’avèrent extrêmement limitées.

« La paralysie simultanée des trois principaux hubs du Moyen-Orient crée une rupture dans les flux de fret aérien dont nous ne mesurons pas encore pleinement l’étendue. L’incertitude autour de la durée et de l’évolution du conflit rend difficile la planification des transit times, la gestion des capacités et l’anticipation des congestions portuaires et aéroportuaires », analyse Philippe de Crécy, Président de TLF Overseas.

Pour les entreprises, cela se traduit par des délais allongés et des pénuries ponctuelles d’espace dans les soutes, complexifiant considérablement la chaîne d’approvisionnement.

Le transport maritime face au blocage d’Ormuz

Sur les mers, la situation est tout aussi critique. Le détroit d’Ormuz, passage obligé pour 20 % des flux mondiaux de pétrole et de Gaz Naturel Liquéfié (GNL), est désormais fermé sur décision de Téhéran. Face à ce risque majeur de sécurité, les géants du transport maritime tels que CMA-CGM, Maersk, MSC ou Hapag-Lloyd ont suspendu leurs escales dans la zone. Les navires ont été déroutés vers des zones d’abri, en attendant une visibilité plus claire sur la sécurité des routes.

Les conséquences financières sont immédiates : des surcharges allant de 2 000 à 4 000 dollars par conteneur ont été annoncées pour pallier l’explosion des coûts opérationnels, des primes d’assurance et du carburant.

« Une fermeture du détroit d’Ormuz aurait des répercussions structurelles immédiates sur l’ensemble des chaînes logistiques maritimes mondiales. Les principaux hubs de conteneurs du Golfe Persique — Jebel Ali, Port Khalifa, Port Hamad et Port Shuwaikh — constituent des nœuds de transbordement critiques pour les flux commerciaux entre le Moyen-Orient, l’Asie et l’Europe », prévient Anne-Sophie Fribourg, Vice-Présidente de TLF Overseas.

Vers une congestion des ports asiatiques

L’effet domino redouté par les experts commence à se matérialiser. La mise hors circuit des hubs du Golfe provoque un réacheminement massif du fret régional. Anne-Sophie Fribourg souligne que ce basculement va générer « une congestion en cascade jusqu’aux plateformes asiatiques de Singapour et de Port Klang ».

L’Union TLF (https://www.e-tlf.com), qui fédère l’ensemble des métiers de la chaîne logistique (transport routier, messagerie, multimodal, maritime et aérien), reste mobilisée. Représentant près d’un tiers des salariés de la branche en France, l’organisation continue de suivre l’évolution du conflit heure par heure pour informer les opérateurs d’un secteur vital pour l’économie française, désormais pris en étau dans une guerre dont l’issue reste incertaine.