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PARIS : Musée de l’Armée – L’exploration…

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PARIS : Musée de l’Armée – L’exploration, une affaire d’État entre science et souveraineté

Le musée de l’Armée retrace 300 ans d’explorations françaises, où science, pouvoir et armée s’entremêlent pour affirmer la souveraineté.

Le musée de l’Armée, au cœur de l’Hôtel national des Invalides, présente sa nouvelle exposition temporaire intitulée « Explorations : une affaire d’État ? », qui se tiendra du 15 avril au 16 août 2026. À travers une collection riche et variée, cet événement propose une plongée de près de trois siècles dans l’histoire des expéditions françaises, des grandes traversées du 18ème siècle aux nouvelles frontières des abysses et de l’espace. L’exposition met en lumière les liens indissociables entre la soif de connaissance, les ambitions politiques et le rôle central des militaires dans ces entreprises audacieuses.

****Un enjeu de puissance et de savoir**

L’exposition prend pour point de départ le tournant de 1763. Au lendemain de la coûteuse guerre de Sept Ans, la France perd son premier empire colonial en Amérique et en Asie. Face à la domination maritime anglaise et hollandaise, la monarchie française cherche à réaffirmer son statut de grande puissance. La solution réside alors dans le soutien à de grandes expéditions scientifiques et géographiques. L’objectif est double : répondre aux grandes questions scientifiques de l’époque, comme la forme exacte du globe, et cartographier des territoires encore inconnus des Européens pour, parfois, les revendiquer.

Des figures emblématiques telles que Louis-Antoine de Bougainville, Jean-François de La Pérouse ou encore Jules Dumont d’Urville incarnent cette ambition. Leurs missions, périlleuses et éprouvantes, visent à percer les secrets du Pacifique et à prouver ou infirmer l’existence d’un mythique continent austral, la *Terra Australis Incognita*. Ces voyages, financés et commandités par l’État, s’appuient sur les compétences multiples des militaires : navigateurs, ingénieurs, cartographes, médecins et garants de la sécurité des équipages.

****Nicolas Baudin, l’explorateur ambigu**

L’exposition consacre une partie de son parcours à l’expédition menée par Nicolas Baudin vers les Terres australes au départ du Havre, le 19 octobre 1800. À bord des navires *Le Géographe* et *Le Naturaliste*, une équipe pluridisciplinaire composée de savants, dessinateurs, botanistes et zoologistes a pour mission de cartographier les côtes de la Nouvelle-Hollande (Australie) et d’étudier les populations autochtones avec une approche anthropologique novatrice. Baudin, conscient de l’impact des contacts, prend des précautions pour ne pas perturber les équilibres locaux.

Cependant, le voyage révèle une face plus sombre. La vie à bord est d’une dureté extrême, marquée par la dysenterie, le scorbut et les pénuries. Le comportement autoritaire de Nicolas Baudin, qui se livre à du commerce pour son propre compte avec le matériel de l’expédition, sème la discorde au sein de l’équipage. Plusieurs membres d’équipage meurent ou sont débarqués, malades. Baudin lui-même succombe à la tuberculose en 1803 avant la fin de la mission. Malgré ces drames, le bilan scientifique de l’expédition, qui s’achève en 1804, est exceptionnel : plus de 23 000 spécimens rapportés, 2 500 espèces botaniques inconnues collectées et des relevés qui seront utilisés plus tard par des figures comme Charles Darwin.

****De l’instrument colonial aux frontières modernes**

Au fil des siècles, les motivations des explorations évoluent. Le 19ème siècle voit les missions scientifiques, sur le modèle de la campagne d’Égypte de Bonaparte, devenir un instrument au service de l’expansion coloniale, notamment en Afrique et en Asie. Les militaires sont alors chargés de délimiter des frontières, de passer des traités avec les autorités locales et d’étudier les ressources de territoires destinés à passer sous influence française.

Après la Seconde Guerre mondiale, le champ d’exploration se déplace. La course à la puissance se joue désormais dans les profondeurs sous-marines et dans l’immensité de l’espace, nouveaux théâtres de la rivalité géopolitique. Aujourd’hui, l’exploration continue d’être une affaire d’État, axée sur la défense de la souveraineté, la préservation des écosystèmes menacés dans les pôles ou les abysses, et la maîtrise des nouveaux environnements numériques.

****Une scénographie immersive et didactique**

Pour raconter cette épopée, l’exposition réunit une grande diversité d’objets provenant de prêteurs prestigieux comme la Bibliothèque nationale de France, le Muséum national d’Histoire naturelle ou le Service historique de la Défense. Le public pourra découvrir des cartes anciennes, des instruments scientifiques et techniques, des maquettes, des archives, des œuvres d’art et des témoignages qui illustrent les défis logistiques, technologiques et humains de ces aventures. La scénographie invite le visiteur à s’interroger sur ce que signifie « explorer » aujourd’hui, à l’heure où le monde semble entièrement cartographié mais où de nouvelles frontières, matérielles ou immatérielles, restent à conquérir.