Passer au contenu principal

PARIS : MisterMV, Clément Viktorovitch, le gameur et l’univ…

Partager :

PARIS : MisterMV, Clément Viktorovitch, le gameur et l’universitaire, un conte internet

Ces deux figures de l’internet français seront parraines du prochain festival Frames, dédié à la création web. L’occasion de retracer leur parcours respectif, bien plus similaire qu’il n’y paraît au premier abord.

« Tu vas clairement bosser plus que moi ! » La petite blague, lâchée autour d’un café, est de MisterMV, streameur et « vieux monsieur » de l’internet français. Elle est adressée à son voisin de table, le professeur et auteur Clément Viktorovitch. « C’est vrai que je vais devoir préparer un concours d’éloquence ! », répond ce dernier, amusé.

Car cette année, le festival Frames, dédié depuis 2016 aux créateurs de contenus, a décidé de proposer aux deux hommes le rôle de parrain. Les 13 et 14 avril, ils seront présents à Avignon pour animer plusieurs événements et « présenter le web qu’ils aiment ».

Mais si ces deux enfants des années 1980 se sont trouvés grâce à internet, rien, au départ, ne laissait penser que le chemin se croiserait un jour.

Des deux côtés de Paris

« C’était un fiasco au début pour moi », confie d’emblée Xavier « MV » Dang, qui a grandi dans le 92 avec un contexte difficile, des  “parents handicapés, et une mère maniaco-dépressive”. Malgré des facilités à l’école, son parcours bascule un jour en sixième. “J’avais mangé trop de bonbons, et j’ai vomi en classe. J’ai développé une phobie scolaire très lourde.” Une souffrance qui le pousse à rejoindre un hôpital de jour, où il suit des cours et valide quelques équivalences, notamment en anglais, mais éprouve des difficultés à nouer des liens. “J’avais mes amis d’enfance heureusement, mais pour rencontrer des gens, ça a longtemps été très compliqué.”

Clément aussi se décrit comme un introverti. Pour autant, son parcours scolaire est plus traditionnel. Fils d’une institutrice et d’un assureur, né aux Lilas, il suit la filière scientifique, comme beaucoup de garçons bons élèves à l’époque. Obsédé par les trous noirs, l’ado rêve longtemps d’une carrière d’astrophysicien. “Mais en rejoignant le journal du lycée, quelque chose a profondément résonné en moi. J’ai découvert une passion pour l’écriture, pour les mots.” Écrire sur l’actualité, la politique et le monde le convainc de se réorienter vers le journalisme. Il se lance dans des études où s’entrecroisent Histoire et Sciences Politiques. Mais malgré une thèse soutenue dans ce dernier domaine, le jeune docteur trouve finalement sa vocation dans l’analyse du discours. “C’était comme devenir un paria, à Sciences Po on me demandait si je ne voulais pas faire quelque chose d’intéressant à la place, se souvient-il, dans un sourire. Mais j’avais besoin de fonctionner au plaisir, au feeling.” Étape par étape, au gré des cours qu’il donne, et surtout des projets d’éducation populaire et des concours d’éloquence à destination des jeunes, il trouve peu à peu sa voie.

Xavier et Clément traversent donc les années 1990 et 2000 avec un cheminement bien différent. Mais dans leur chambre, discrètement, tous les deux nourrissent une passion pour un univers encore mal vu à l’époque : la culture geek.

“Pour nous, c’était jeux vidéo, musique, manga”

“Il y a une légende urbaine qui dit que j’étais admirateur de Robert Badinter au lycée, alors que c’est venu plus tard, raconte Clément. Je suis de la génération Nintendo. Je jouais même à Bomb Jack sur Amstrad.” A douze ans, il ne jure que par la science-fiction ou Dragon Ball et Les Chevaliers du Zodiaque, qu’il dévore dans le Club Dorothée. “Il ne  faut pas oublier que cette culture-là n’était pas cool, déjà auprès du milieu intellectuel français, mais aussi au sein même de notre génération”, rappelle l’auteur, vite approuvé par MV.

Lui aussi enfant des années 1980, il plonge dans les univers virtuels avant même de savoir lire parfaitement, grâce à la sortie de la NES en 1986. Son premier jeu, Zelda II, le traumatise mais le marque à vie, tout comme Final Fantasy III, auquel il consacrera plus de mille heures. Quant à Sonicraconte-t-il chez Konbini, il le découvre en 1991 grâce à deux camarades, des jumeaux revenus du Japon avec une copie dans leur sac de voyage.

Le second choc pour MV survient en 1997, lorsqu’il débarque sur internet. Il découvre les chats en ligne et s’affranchit des frontières de sa chambre. “Internet m’a sauvé la vie à une époque où c’était le lieu de retrouvaille des rebuts sociaux, confie-t-il en souriant. Je ne parlais qu’à des étrangers, pour m’ouvrir au monde. Je me souviens même d’une femme de l’île de Guam qui dépensait des fortunes pour m’appeler. C’était des histoires de zinzin.” Grâce à des passionnés sur IRC, le jeune homme comprend qu’il peut extraire les sons de ses musiques de jeux vidéo préférés, et décide  de se former à la composition assistée par ordinateur. Peu à peu, après des années de petits boulots à faire “le minimum pour avoir de la thune”, il entrevoit ce qui finit par devenir son premier métier passion. Il passe ses nuits sur son ordinateur, réalise plusieurs projets musicaux, mais aussi et surtout des bandes-sons de jeux vidéo. Son travail pour Crazy Frog Racer sur Nintendo DS, deviendra culte chez ses abonnés.

Pour autant, c’est une autre facette du jeu vidéo qui va faire basculer sa vie : le speedrun. Cette pratique, consistant à finir un jeu le plus rapidement possible, avec ou sans l’aide de bugs, explose grâce à internet. Au début des années 2010, Xavier se distingue par ses compétences hors normes, sur des jeux comme Super Meat Boy ou Final Fantasy VI. C’est cette activité qui va l’amener progressivement vers le commentaire de speedruns en live, notamment grâce à des personnalités du milieu comme Ken Bogard, et plus particulièrement sur Justin.tv, puis Twitch.tv. “C’était une époque où je pouvais préparer un live pendant quinze heures pour au final me retrouver avec une audience de 20 à 100 personnes maximum au bout d’un an d’activité.”

Pourtant, au milieu des années 2010, et notamment grâce à sa participation à des WebTV comme la ZTV de Zerator ou GamingLive chez Webedia, son compteur d’abonnés décolle. Parmi eux, un certain Clément Viktorovitch.

LIRE LA SUITE

SOURCE : La lettre Astérisque de la Scam – été 2024.