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PARIS : Mathieu VIDAL : « Le numérique n’est pas une simple option, c’est un choix de société »
À l’approche des élections municipales de mars 2026, le président de l’association Villes Internet exhorte les candidats à sortir la question numérique de l’angle mort du débat public pour en faire un véritable sujet de gouvernance locale.
Alors que les élections municipales et communautaires des 15 et 22 mars 2026 approchent à grands pas, la campagne électorale semble encore trop souvent ignorer une transformation pourtant structurelle de l’action publique. Pour Mathieu Vidal, président de l’association Villes Internet (https://www.villes-internet.net) et enseignant-chercheur, il est urgent de changer de paradigme. Dans une tribune incisive, le géographe rappelle que la technologie ne se limite pas à une modernisation technique, mais redéfinit en profondeur les rapports de pouvoir au sein de la cité.
« Qui gouverne la ville quand l’action publique passe par des données, des logiciels, des plateformes, des prestataires ? », interroge Mathieu Vidal.
Pour l’expert, ne pas débattre politiquement de ces choix revient à laisser la décision aux fournisseurs de matériels ou aux contraintes budgétaires.
« Le numérique n’est pas un simple sujet technique à intégrer dans quelques propositions symboliques des programmes. C’est une politique publique transversale qui redistribue des droits », insiste le président de l’association.
Un risque de fracture sociale et démocratique.
Le premier enjeu soulevé par cette tribune est celui de l’égalité d’accès. La dématérialisation à marche forcée risque de transformer l’outil technologique en barrière administrative. Le choix qui s’offre aux futures équipes municipales est clair : le tout-numérique ou le maintien d’un service public humain.
« Une municipalité peut moderniser l’accès aux services via la dématérialisation mais potentiellement transformer le numérique en filtre d’accès aux droits », prévient Mathieu Vidal.
Il plaide pour une « garantie d’égalité réelle » passant par le maintien du multicanal et la médiation humaine, des choix coûteux en ressources mais indispensables pour ne pas exclure les populations les plus fragiles.
L’impératif de la sobriété face au climat.
L’aspect environnemental constitue le deuxième pilier de cette réflexion. Loin d’être immatérielle, la transition numérique consomme des ressources énergétiques considérables. Les candidats de 2026 devront trancher entre une « fuite en avant » technologique, caractérisée par la multiplication des capteurs et le renouvellement incessant des équipements, et une trajectoire responsable.
« Il s’agit d’un arbitrage de mandature, pas d’un détail d’ingénierie », souligne l’enseignant-chercheur, qui appelle à lutter contre l’obsolescence et à intégrer des exigences environnementales strictes dans les marchés publics.
Reprendre la main sur la souveraineté locale.
Pour de nombreuses collectivités, l’illusion persiste qu’acheter un logiciel suffit à créer une politique publique. Or, l’enjeu réside dans le pilotage et l’indépendance vis-à-vis des géants du secteur. L’association Villes Internet encourage les élus à sortir de l’achat dispersé pour privilégier la mutualisation et la souveraineté des données.
« L’enjeu est la capacité à décider, à mutualiser, à évaluer, à rendre compte », précise Mathieu Vidal.
La sécurité, un risque systémique.
Enfin, la protection des données et des infrastructures devient vitale alors que les cyberattaques contre les communes se multiplient. Au-delà du fait divers, c’est la continuité du service public qui est menacée. Avec l’arrivée massive de l’intelligence artificielle, la responsabilité des élus est engagée.
« Gouverner, c’est prévoir : sécurité, clauses contractuelles, culture du risque et règles de décision sur l’automatisation sont essentielles », rappelle la tribune.
En vue du scrutin de mars prochain, Mathieu Vidal invite chaque liste candidate à clarifier ses positions via quatre engagements vérifiables concernant l’accès aux droits, la sobriété, le pilotage politique et la gestion des risques.
« En 2026, la question n’est plus de savoir si une commune sera connectée ; la question est de savoir si elle restera gouvernable par ses élus », conclut-il.

