PARIS : « L’inflation verte peut être pilotée »
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PARIS : « L’inflation verte peut être pilotée »
La politique et les dispositifs mis en place au niveau du gouvernement visent à intégrer les coûts des transitions environnementales dans un modèle économique vertueux.
Explications par Julia Nguyen, directrice de projet industries agroalimentaires à la Direction générale des entreprises*.
Nous constatons déjà des exemples d’augmentations de prix liées à la transition environnementale. C’est le cas avec les différentes taxes sur le carbone, dont certaines ont un effet direct sur la facture des consommateurs, alors que d’autres sont moins directement perceptibles. Les entreprises, soumises à la tarification carbone depuis les années 2000, se sont déjà familiarisées à cet enjeu.
Dans le secteur des PGC, il faut toutefois remettre les choses en perspective. La transition environnementale n’est pas le principal responsable de l’inflation observée ces dernières années. Celle-ci a été d’abord causée par le renchérissement de l’énergie fossile et des intrants agricoles, lié aux crises géopolitiques. Selon l’IGF¹ et l’OFPM², ces deux facteurs expliquaient près de 90 % de la dynamique des prix agricoles et 70 % des coûts industriels en 2022. Il faut donc faire attention quand on parle d’inflation verte : la transition environnementale va bien sûr générer des coûts, mais de manière beaucoup plus progressive et plus incrémentale que l’inflation générale, qui est marquée par des pics extrêmes, imprévisibles et non maîtrisables. Enfin, l’augmentation des dépenses liées à la transition sera très variable d’un secteur à l’autre, nécessitant un suivi attentif et différencié.
Investissements payants
Rappelons d’abord que face aux risques écologiques la non-action a un coût collectif important. Un certain nombre d’études indiquent qu’elle coûterait plus cher que l’action (non-atténuation des crises, inadaptation des activités) et aurait des conséquences délétères à long terme : plus nous attendons, plus cela peut coûter cher. Selon la Banque de France et le réseau NGFS, en France un scénario de statu quo ferait perdre 11,4 points de PIB d’ici à 2050, tandis que pour la Cour des comptes chaque euro investi permettrait d’économiser jusqu’à 3 euros de dommages.
Les entreprises de PGC, en particulier les agroalimentaires, doivent agir dans plusieurs dimensions : efficacité énergétique, décarbonation, gestion de l’eau, économie circulaire, biodiversité, empreinte de l’amont agricole… Toutes ces dimensions ne présentent pas des perspectives identiques de retour sur investissement. L’efficacité énergétique et la décarbonation, par exemple, offrent un retour sur investissement, plus ou moins rapide, en particulier pour les entreprises soumises au systèmes d’échange de quotas d’émissions de l’UE comme celles de la première transformation agricole : toute opération de décarbonation réduit le montant de quotas carbone payé chaque année.
SOURCE : ILEC – La Voix des marques.